29.10.2009
Mon père n'est pas mort à venise : pressbook
Mon Père n'est pas mort à Venise
Sophie Poirier
Ana Éditions
ISBN : 978-
EAN : 9782915368086
14 x 21 cm, 100 pages
12,00 euros
° Critique de Liliba sur son site Les lectures de lili
"(...) J'ai beaucoup aimé suivre cette femme qui fouille dans le passé de son père, qui cherche à comprendre, à canaliser l'angoisse, à répondre aux questions non formulées. J'ai également retrouvé avec grand plaisir ton écriture fine et sensible, mais plus maîtrisée, plus construite que dans ton premier ouvrage. On sent que tu as mûri, grandi et je pourrais même dire que par ce livre, on comprend tout de suite qu'on a à faire à un vrai écrivain, et non pas à une jeune femme qui aurait juste eu le coup de bol d'être choisie pour un premier ouvrage, et qu'un seul. J'ai trouvé dans cet ouvrage un humour qui répond tout à fait à ce que j'aime, j'ai souvent souri ; j'ai aimé cette femme et les mouvements et bruits des trains, j'ai adoré le détective, et la fin est si belle... Bref, un très beau moment de lecture ! Merci encore Sophie !"
° Critique de Léon Mazella sur son site kallyvasco
À bord du père fantôme
Le second roman de Sophie Poirier règle les comptes avec ces pères, jeunes "adultes en chantier" en 68, devenus matznéviens, comme on a pu être hussard ou mao. De ces pères libertins et désinvoltes, amateurs de chair fraîche, cyniques et finalement pathétiques, que le destin –appelé justice par les médisants au regard torve-, rattrape un jour ou l’autre. Ils ont négligé les enfants qu’ils ont faits avant de mûrir, et à côté desquels ils sont passés, préférant courir, égoïstes au cœur d’artichaut sec, après des chimères pour pub Lolita de Lempicka. C’est la fille de l’un d’eux qui parle. Sans concessions. Avec la douleur en elle et au bout du stylo, comme des hameçons plantés au cœur et à la lèvre.
Sophie Poirier nous avait déjà donné La libraire a aimé. Là, elle se lâche avec un bref roman admirablement construit, aux accents que je persiste à trouver durassiens, enrichi d’une écriture plus serrée encore, plus sûre, plus dense et sachant rebondir d’une idée l’autre ; à la manière d’un chat. Sujet : le père, encore jeune, n’en finit pas de mourir, sur sa chaise roulante. Sa fille Marianne va avoir quarante ans. En visite chez lui, elle « tombe » sur un carnet contenant une liasse de coupures de presse faisant état d’étranges disparitions de jeunes femmes. Le doute l’étreint. Elle engage un détective pour savoir, davantage que pour faire la lumière, sur une possible et innommable horreur. Stop…
Comment se construire à l’ombre d’une telle image du père, de l’homme, lorsqu’on est une fille qui porte le prénom du premier amour de papa, et que l’on est devenue femme, puis mère? Sophie Poirier a le tact de ne pas tirer sur l’ambulance. C’est un cri d’amour qu’elle pousse, mais avec une infinie pudeur, le cri d’une qui veut comprendre. C’est un long cri poignant. Car elle en est là : « Avec la peur des hommes. Un manque de confiance impossible à combattre. »
Alors Marianne fout le camp à Venise. Pas pour provoquer en duel, et Byron et Casanova. Pour ne plus voir dans la glace, au creux de son visage, « ces minuscules stries, la vie d’avant (...) les rêves, les promesses, les illusions. » Elle y fera le point. Sur elle –pour s’en sortir. Et sur ces pères inachevés. Au lieu d’attendre fébrilement un seul mot d’amour, le mot gentil, la fierté qui viendra, ou pas, de la part du père, ce modèle, elle accuse une génération perdue, victime d’une certaine insouciance de vivre. « Autrefois les hommes, et la solidité des métiers, organisaient la vie de tous. Puis ils sont devenus les premiers chômeurs, les premiers divorcés, et maintenant les premiers à mourir, nos pères se désagrégeaient, incapables de montrer la route. » Il est terrible, ce roman. Et Sophie Poirier, terriblement juste.
° Article de Christine Jeanney sur le site Pages à Pages
« Au commencement, il y a toujours nos pères.Celui-ci aimait les vieilles choses, les brocantes, les oublis sur les poubelles, les livres de Modiano écrits avec des réminiscences, les énigmes de vies aperçues dans des agendas de 1952 trouvés par hasard, les musiques qui craquent, les tableaux sans signature un peu croûtés. Il organisait la décoration avec des bibelots et des restes de la vie des gens, achetés aux puces le dimanche. »
Le père de Marianne est impotent, immobilisé dans un fauteuil roulant. Il a chargé sa fille de trier ses livres, ses souvenirs, ses papiers. C’est lors de ce rangement qu’elle trouve un carnet à spirale à « couverture noire. Le genre de carnet qui ne doit pas tomber entre toutes les mains ».
Il est rempli d’articles découpés dans des journaux, uniquement des photos de jeunes filles, avec la mention Avis de recherche ou Portée disparue. Marianne engage alors un détective – « Marc Devin. Devin, pour un détective, c’était bien. Il y a des gens qui coïncident avec leur nom de famille » – car elle a besoin de savoir ce que sont devenues ces jeunes filles. Pourquoi son père a-t-il réuni ces coupures de presse ?… Et s’il les avait tuées ? « Marc avait un doute quant à sa capacité à mener une enquête de cette sorte. Il ne parlait d’ailleurs pas d’enquête, lui. Il disait Intervention, il expliquait : en ce moment j’interviens sur telle affaire. Ce mot, comme pour les réparateurs de photocopieurs, lui semblait plus adapté à la situation. »
Le travail de Marianne l’oblige à voyager constamment en train. La construction du livre suit ce déplacement, avec des titres de chapitre en forme de consigne de sécurité, comme « Les voyageurs sans titre de transport sont priés de se signaler », ou « Tout bagage non marqué sera considéré comme abandonné » C’est une sorte mouvement vers l’avant, inéluctable, qui pousse Marianne en direction de son père d’abord, de Marc Devin ensuite, puis de toutes ces filles pistées, esquissées, retrouvées… Jusqu’aux pères multiples de ces filles enfuies.
Ces pères « avaient quelque chose des ogres. Celui du Petit Poucet, c’était ses propres filles qu’il tuait, trompé par la couleur des bonnets. Des pères mangeurs d’enfants, des hommes consommateurs de jeunesse »
Questionnant une génération, celle des pères des années 70, Sophie Poirier oscille entre constat désenchanté et pèlerinage. Son personnage, Marianne, doit s’entretenir avec la figure du père, en pointer les contradictions.
« Dans le film, le vieil homme s’éteignait seul sur sa chaise, écrasé par le soleil. À Venise. En réalité, il n’y avait ni plage, ni ville italienne, ni beauté. Beaucoup mourraient à l’hôpital, dans une chambre blanche, avec autour des enfants perdus. »
C’est un livre court, très personnel que nous offre ici Sophie Poirier. Avec ses portraits de personnages, son style délicat et dénonciateur, Mon père n’est pas mort à Venise possède un charme indéniable. Des blessures et des espoirs s’y mêlent, entre « train fantôme » et « Porte ouvrant sur la voie »…
° Un lecteur : R.B.
"Je me suis régalée de ce nouveau livre de Sophie Poirier, je n'ai pas pu le lâcher. Tout d'abord l'idée excellente pour évoquer tant de personnages, très bien écrit comme pour le précédent. De l'humour pour dépeindre par exemple le détective Marc Devin, de l'ambiance ; j'ai également aimé comme elle règle ses comptes avec les pères, ce qui n'est pas habituel. Son livre est original comme le précédent mais celui-
19:14 Publié dans Mon père n'est pas mort à Venise | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sophie poirier, mon père n'est pas mort à venise, ana éditions
03.10.2009
Mon père n'est pas mort à venise : interview imaginaire
Sophie Poirier, vous pouvez nous dire en quelques mots le sujet principal de votre dernier roman, « Mon Père n’est pas mort à Venise » ?
(Une journaliste feignante… Pfff… C’est bien ma veine. Je suis sûre qu’elle ne l’a même pas lu. Ah, par contre, elle fume comme un pompier et elle me taxe toutes mes clopes. Non, mais qu’est-ce qu’elle croit ? Je suis pas Marc Lévy moi, j’ai un petit salaire. Bon, allez, je réponds. Je vais pas faire ma star dans une interview imaginaire, j’aurais l’air de quoi…)
- Oui, bien sûr. Ça parle des pères, des pères qui disparaissent. Celui de Marianne disparaît à cause de sa maladie. Elle trouve un carnet dans ses affaires, avec des articles découpés dans le journal. Des avis de recherche, classés par ordre chronologique, de jeunes filles qui ne sont pas rentrées chez elle. Marianne va chercher à savoir pourquoi son père a fait cette collection un peu morbide… Elle engage un détective qui pourrait lui répondre…
Ce deuxième roman contient une part d’autobiographie, non ?
(cette journaliste, qui s’occupe d’habitude des pages locales, est donc une débutante en interview littéraire. Elle n’a sans doute pas lu l’article sur le site du buzz littéraire qui dénonce cette question récurrente – et inutile - faite aux auteurs : fiction ou réalité ?)
- Celui qui écrit parle du monde, des êtres humains, pose des questions, observe. Il a pour plaisir le fait d’archiver ce qui passe à toute vitesse. Est-ce que c’est important le « vrai » dans un roman ? Et puis le vrai est-il là où on croit le lire ? Ah, Ah, Ah ? La vie propose un matériau à écrire, la mienne m’offre des perspectives, celle des autres vient les rejoindre ou m’en évoquent d’autres… Écrire, c’est ça : soulever tous les possibles.
Mais lorsque vous écrivez sur le père malade, vous n’avez pas peur de blesser votre entourage ?
(Elle est débutante, mais perspicace, sans doute à la recherche d’un scoop, d’une révélation. De quoi faire une polémique, façon Beigbeder. Je suis tombée sur une maline, peut-être qu’elle veut entrer comme journaliste chez Voici… Bon, je note pour plus tard,quand je serai riche et célèbre, ou célèbre et riche, on verra, je note : se méfier de celle-là)
- Écrire demande de se sentir libre… J’ai voulu vérifier si je l’étais vraiment. Libre d’écrire, malgré tout. Quant à mon père, il aime assez le fait d’avoir une carrière de personnage de livre. Il a d’ailleurs trouvé que ça ne parlait pas assez de lui. Il trouve dommage que le personnage du détective lui vole la vedette.
C’est un roman policier ?
(ah, ah, je l’ai intriguée… Mais, bon, si je lui dis Oui, elle va être déçue après. Parce que c’est pas vraiment un polar. Un détective, c’est un personnage intéressant parce que c’est un mec qui cherche. Son métier, c’est parfait, juste chercher. Beckett disait que l’important était là, seulement dans la lutte, dans la recherche. Pas dans les réponses. J’imagine sa tête si je me mets à lui citer Beckett. Remarque, ça la changera des articles sur les kermesses et les travaux de la voierie…)
- Non, pas exactement. C’est une enquête, ce qui revient à parler de quête. Marianne cherche, questionne, interroge. Le détective, lui, pose les questions qu’elle n’ose pas poser.
À un moment donné, vous écrivez : « Dans le film, le vieil homme s’éteignait seul sur sa chaise, écrasé par le soleil. À Venise. En réalité, il n’y avait ni plage, ni ville italienne, ni beauté. Beaucoup mourraient à l’hôpital, dans une chambre blanche, avec autour des enfants perdus. » Vous êtes cynique, là ?
(Elle a sélectionné le même extrait que l’article dans PagesàPages, alors c’est pas une preuve qu’elle a lu mon livre… Elle s’est surtout contentée de lire l’article, bien fait d’ailleurs, et voilà ! Elle commence à m’agacer à se la jouer grande journaliste intello. Où je suis cynique ? Non, pas du tout, j’ai connu des hommes qui se nourrissaient de vies fantasmées. La réalité, à la fin, à la toute fin, est laide. La mort, c’est laid. Qu’est-ce que je vais répondre, moi ?)
- Oui, peut-être. Mais en même temps, non. « Mon père n’est pas mort à Venise » parle de cet écart-là : dans le film – en réalité. Et comment certains s’imaginent dans le film… jusqu’au moment où la réalité, c’est soi, tout seul, avec la mort, et les enfants qui pleurent.
Votre roman se déroule beaucoup dans les trains. D’ailleurs les titres des chapitres sont des phrases volées au réseau ferroviaire. Vous voyagez souvent ?
(Non, non, j’ai juste fait ça pour obtenir le prix littéraire de la SNCF… Elle va pas faire une grande carrière de journaliste, celle-là. Ou alors elle espère bosser pour TGV Magazine. Je l’ai feuilleté une ou deux fois. Dans le TER que je prends, il n’y a pas de presse offerte…On est déjà bien content si y’a la clim)
- Oui, ça m’arrive. On peut dire que c’est un élément autobiographique !
Cette journaliste n’existe pas. Je l’ai inventée.
Sophie Poirier est réelle. Née de son père et de sa mère.
Le roman, Mon père n’est pas mort à Venise, est édité chez Ana Editions.
(cet exercice s’appelle « Auto-interview toi toi-même comme ça t’es tranquille »)
09:49 Publié dans Mon père n'est pas mort à Venise | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : mon père n'est pas mort à venise, interview, sophie poirier est interrogée
03.09.2009
Le sentiment de Bomarzo
Le sentiment de Bomarzo est une nouvelle écrite cet été pour le magazine Causette.
Il vient de sortir en kiosque (septembre-octobre 2009)
Le sentiment de Bomarzo est un sentiment inventé, et inspiré d'un lieu étrange et ancien. Un jardin italien peuplé de statues gigantesques, daté du 16ème siècle et redécouvert dans les années 1960.
Il y avait dans le village du Sud où j'étais (il y a encore quelques jours : Argh !), une exposition de photos datant de cette re-découverte des Monstres de Bomarzo, en Italie. Quelques jours plus tard, je trouvais dans un vide-grenier un livre (épuisé… je l'ai payé 5 €… vrai trésor donc) avec les photos de ce monsieur photographe Glasberg et des textes de Pieyre de Mandiargues.
Ce jardin-là avec ses sculptures géantes aurait eu pour vocation d'entourer un tombeau d'amour, celui de la "belle" italienne aimée par le Duc Orsini…
Tout ça s'est donc mélangé dans ma tête, donnant le titre à la nouvelle et j'ai fait de ce Sentiment de Bomarzo un état à la fois fou et mélancolique, celui qui envahit une jeune femme à la sortie de l'école. Elle attend son fils, regarde sa vie, et rejoint un homme assis sur un banc…
L'illustration de la nouvelle est parfaite. Et j'adore quand des images apparaissent à côté de mes phrases…
10:04 Publié dans Mon père n'est pas mort à Venise | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : sophie poirier, mon père n'est pas mort à venise, causette, bomarzo
28.08.2009
Réflexions d'un matin d'été
C'est la rentrée littéraire : au moins autant de lignes consacrées au "phénomène" que sur les livres.
C'est ici qu'on mesure aussi les 2 mondes : l'Édition… et la petite édition.
J'envie (oui c'est de l'envie, oui, je sais c'est moche comme sentiment) ceux qui écrivent et qui ont la place d'exister (1/4 de page dans le Monde des Livres).
Si l'instant Rentrée renvoie à cette problématique de la communication, du paysage et de la place qu'on y occupe (ou pas), invariablement il ramène l'auteur débutant à sa propre légitimité, à son talent ou non, à son travail.
D'où les questions suivantes (entre autres) : est-ce que mon livre à moi a du sens ? Mérite-t-il des lecteurs ? Pourquoi lui et pas moi ?
Être publié est un vide quand les lecteurs n'existent pas, un vide encore plus fou que gribouiller dans son coin.
Vous pouvez mettre haut le courage de l'écrivain, il n'empêche que son livre à la Une du Monde des Livres doit procurer un frisson de plaisir incomparable, et cet amour reçu sur papier journal doit donner des élans comme on a des ailes quand on est amoureux.
Celui qui crée et qui montre, qui met sous le regard des autres, demande un accord à vivre, à être de cette façon qui lui est particulière. Il ne faut pas croire ceux qui disent le contraire.
On s'arrange avec les silences pourtant, les amoureux aussi connaissent des chagrins et des indifférences, mais quand même recevoir la passion…
Avec l'été qui s'en va, et toutes ces rentrées à vivre, on voit bien qu'il y a tant à faire et les souvenirs à ranger.
J'ai aimé beaucoup encore tous ces jours, et au milieu il y a eu des phrases : les doutes de Camus, le beau roman "Sur le sable" de Michèle Lesbre, une blague racontée avec maestria par un petit garçon (Un jour, on a tous été nés, enfin, tu vois, nous on a toujours été nés. Sauf un qui a pas été né. Qui ?… Le poisson pané !), les confidences au milieu des fêtes, et puis un "Mon amour" inoubliable… Mes ailes à moi.
11:19 Publié dans Mon père n'est pas mort à Venise | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : mon père n'est pas mort à venise, sophie poirier, rentrée littéraire, ou pas
21.08.2009
Nouvelles pages…
Voilà, après l'aventure de La libraire a aimé, c'est le moment du deuxième livre : Mon père n'est pas mort à Venise.
"Marianne découvre parmi les archives de son père un étrange carnet. Il contient des pages entières d’avis de recherche découpés dans des journaux. Avec ces filles perdues qu’il faut bien retrouver, cela devient aussi l’histoire de Marc, le détective engagé par Marianne.
Et puis il y a les pères, partout. Comme des ombres inquiétantes.
Ces pères qui ont traversé 68 et qui n’ont transmis à leurs enfants, pour se défendre, qu’un certain goût pour la liberté…"
Sortie en juillet 2009, chez ANA ÉDITIONS.
14:51 Publié dans Mon père n'est pas mort à Venise | Lien permanent | Commentaires (36) | Envoyer cette note | Tags : sophie poirier, mon père n'est pas mort à venise, ana éditions, la libraire a aimé











