25.07.2008
tea-time chez philo-Sophie
Une philo-sophie ne prend pas l’eau. Elle ne devrait donc pas s’inquiéter du temps qu’il fait. Une averse orageuse en jjuillet, c’est normal. Enfin un truc de météo qui se passe de façon adéquat et prévu. Et pourtant, nous voilà dans une situation paradoxale : cette évidence météorologique nous étonne un peu. De la pluie en été !
De la même façon, la bouilloire sur le feu. J’ai beau savoir que l’eau va chauffer très rapidement, à chaque fois c’est à grands bruits qu’elle me prévient que ça y est, c’est bouillu. J’ai pas eu le temps d’éteindre le feu avant que l’eau ne s'échappe…
Il y a des choses comme ça que l’on sait par cœur : en orage d'été il pleut au milieu du soleil ; tout corps liquide porté à température élevé finit par se barrer de la casserole, et pourtant quand ces choses normales arrivent, on se sent surpris.
Est-ce qu’on est bête ? Non, sûrement pas, la philo-sophie part du principe que chaque humain a sa chance et on est ici pour regonfler les egos meurtris. (bon dans certains cas, genre moi et ma bouilloire, on frôle je vous l’accorde la catastrophe naturelle. La catastrophe étant moi.)
Donc pourquoi ?
Serait-ce que la normalité nous berce ? Serait-ce que nous croyons tout savoir quand les journées se suivent et se ressemblent ? Serait-ce cette répétition des gestes qui nous fait piloter en automatique ?
Reprenons la démonstration.
Je sais que - je sais que - je sais que - et pourtant quand ça va arriver, je vais me dire « oh ben merde alors ! » (voilà un postulat de départ que Socrate aurait sans doute apprécié, lui qui partait du principe que je sais que je ne sais pas) (il l’aurait évidemment pas dit comme ça).
L’inattendu. Voilà la réponse.
Les penseurs modernes ont trouvé judicieux d’intégrer à toute situation cette notion vertigineuse qu’est l’inattendu. Tu pars du constat que tout est comme tu l’as prévu, que rien ne se passe ou que tout se passe comme d’habitude, mais tu rajoutes à ça : la surprise, le truc qui va déraper, la réaction qui change tout, la phrase qui tue, le détail qui fait basculer…
En d’autres termes :
Tenez vous prêts, ça va déborder à un moment donné.
Sachez que l’inattendu le plus inattendu provient en général de l’humain lui-même, qui représente à lui tout seul une somme de surprises particulièrement effarantes. Et puis vient en suivant la météo. Et enfin ma bouilloire.
Alors en théorie, forte de cette philo-sophie, je devrais pouvoir désormais faire le thé sans être obligée d’éponger toute l’eau qui s’est barrée du récipient.
La suite au prochain épisode…
09:58 Publié dans Les "philo-sophie" | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : earl grey, socrate, meteofrance.fr, inondation, littérature, philosphie, étourdie
21.06.2008
I love Eric Chevillard
Sur son site, l'autofictif, parmi les nombreuses phrases qui me font sourire, celle-ci :
"J’ai une fois encore eu le dernier mot (ensuite il a continué à parler, mais je ne l’écoutais plus)."
08:39 Publié dans Les envies | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, autofictif, phrases, j'adore
16.06.2008
Le duel : lire ou lire ?
Ce matin, j'écoute la pluie et France Inter sur le thème de "Reste-t-il une place pour la littérature à la télévision ?"
Frédéric Ferney dit que le succès d'un écrivain ne se mesure pas au nombre de livres vendus.
200 livres sortent par jour.
En tête des meilleures ventes, Lévy et Musso (2 chacun dans les 10 meilleures ventes), au milieu Mary Higgins Clark…
J'ai jamais lu, ni Lévy, ni Musso.
L'assemblée nationale a choisi de garder le prix fixe du livre. Il semble que cela soit une bonne nouvelle.
J'ai lu le dernier de Siri Huvsdet Élégie pour un américain.
Une élégie c'est le nom qu'on donne à un long poème qui serait comme une plainte douloureuse, une sorte de mélancolie. L'effondrement des hommes avec pour image récurrente l'effondrement des 2 tours et ces êtres humains qui se sont jetés par les fenêtres…
Et puis aussi je lis Bangkok, recueil de nouvelles de James Salter. Écriture lumineuse (on dit ça, une écriture lumineuse quand c'est écrit simplement mais parfaitement). Pendant quelque temps, c'est un livre de lui que j'offrais beaucoup : Un bonheur parfait. Il faut que je le relise, mais je l'ai prêté à ma voisine. En échange, elle m'en a glissé un autre dans ma boîte aux lettres avec un post-it dessus "l'abus de littérature ne nuit pas à la santé".
J'ai croisé une dame qui collectionne les livres cons. Elle leur réserve une place de choix dans sa bibliothèque. Elle m'a dit aussi qu'elle allait acheter le mien. J'espère que je finirais sous son lit plutôt que dans son espace réservé à la connerie en littérature. Déjà que je fais partie du Club "petit éditeur régional publie petit auteur bordelais"… Je voudrais pas cumuler les étiquettes…
Le monde du livre est étrangement compliqué. Je ne suis pas assez calée en Histoire littéraire pour savoir s'il en a toujours été ainsi. Je sais qu'on a fait des procès à Baudelaire, à Flaubert pour Emma Bovary.
On se demande comment sauver le plaisir de lire. On se demande ce qu'est la littérature. On se demande ce que va devenir le livre en tant qu'objet. On se demande qui gagnera de l'écran ou du papier. On se demande qui gagnera du people ou de l'auteur, de l'écrivain ou de la romancière (notez au passage que seul le mot romancier accepte le féminin).
Dans d'autres endroits du monde, on se demande comment on va trouver à manger.
Moi je dévore des livres, mais en mangeant du chocolat… Alors je ne me plains de rien. Je lis, je vis, j'écris.
10:42 Publié dans La libraire a aimé | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, lumière, écrire un roman de gare, lire beaucoup, gourmandise, la faim dans le monde
23.05.2008
philo-sophie en librairie
Il y a des rêves que l’on a. Longtemps on ne sait pas ce qui tient du rêve (au sens irréel, imaginaire, qui ne se réalisera jamais) et ce qui tient du ventre (c’est-à-dire qu’on voudrait vivre ça absolument, cela semble impossible de ne pas-jamais).
Il y a aussi des heures de travail que l’on fait. Avec le plaisir, les doutes, les questions, l’envie tout le temps. Trimballer un petit cahier, tout arrêter pour y noter un mot, une phrase.
Il y a les découragements.
Je me souviens d’un rendez-vous professionnel très très raté, avec la pluie sur moi et mes jolis cheveux tout bien coiffés à l’aller, collés au visage à cause de la pluie au retour, et cette lettre qui était arrivée pendant le rendez-vous misérable qui disait « gna gna pas assez, trop, bref pas notre ligne éditoriale ».
Alors, pitoyable, devant mon miroir, tous mes refus en main et en tête, le brushing disparu, je regardais ce qu’en l’espace de 2 heures j’avais perdu comme espoirs et comme confiance. « T’es même pas belle ! », je me suis murmurée… (ça m’a fait un peu sourire du coup) (et après j’ai pleuré) (enfin à ma façon, parce que je fais partie de la secte de ceux qui pleurent à l’intérieur) (c’est pour ça que j’adore éplucher les oignons et faire de la moto très vite, parce que ça fait couler les larmes sur les joues)
Et la vie a continué.
Il y a aussi la réalité qui prend forme. Qui devient un texte. Fini. Un objet. Fini.
À lire, à commenter, à diffuser, à assumer, à offrir, à expliquer, à vendre…
Je ne savais pas que cette étape contenait avec l’excitation autant de trouilles. (j’aurais pû m’en douter, vu que je suis la fille du monde qui a le plus peur tout le temps).
En philo-sophie, on considère que l’expérience des uns va bien aux autres – et vice versa – donc,
Il y a de la panique à finir les choses (et oui, c’est d’un confortable de jamais rien finir, de rester vaguement dans son rêve, zéro risque de se planter…)
Il y a du désir d’être aimé dans chacun de nos gestes (ah, ce serait tellement bien d’être une sorte de personne idéale qui fait l’unanimité, de ne jamais décevoir personne…)
Il y a du bonheur à faire-être-vivre comme on aime (ça, c’est pas évident à organiser, mais faut pas se résigner, faut s’acharner et s’obstiner malgré les petits moments affreux seul devant sa glace et le cheveu qui dégouline et la terre entière qui nous comprend pas)
Mon livre se vend dans des librairies.
Depuis une vingtaine d’années, quand je disais « j’écris », immédiatement après on me posait cette question : « vous avez édité quoi ? », question à laquelle je répondais « rien ». Flop.
Désormais je pourrais répondre La libraire a aimé.
(c’est trop stylé, comme dirait mon fils, qui lui focalise sur cet aspect-là de l’événement) (mais au fond c’est peut-être lui qui a raison…) (ce « trop stylé » contient en lui-même ma joie immense que j’ai encore un peu de mal à exprimer).
Il y a matière ici à reprendre du magnésium… et à vous remercier de participer à l’aventure de toutes ces écritures !
22:40 Publié dans Les "philo-sophie" | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : la libraire a aimé, avoir la trouille, brushing, oignons, littérature
08.05.2008
philo-sophie vraiment bien !
Ce matin, je voulais parler des nourritures affectives, du bonheur quand il se diffuse à ce point-là, de l’émerveillement du débutant face aux réflexes du professionnel, du sourire idiot qui ne me quitte pas depuis vendredi (un peu sainte-sophie doublée de la face béate du merlan frit), d’une grand-mère qui au milieu de sa résignation à être vieille et rangée dans une maison de retraite sourit de tout son dentier en disant « mais c’est vraiment ton nom écrit sur la couverture ».
Je voulais parler des émotions (tellement), de la fierté d’une petite jeune fille parce que c’est son premier livre dédicacé qui n’est rien comparée à la mienne de la voir repartir avec mon livre serré dans la main, d’une lecture à voix haute qui raconte ma musique…
Je voulais parler enfin du sentiment d’être vraiment bien, vraiment bien et pas juste bien, et de se sentir comme à sa place (penser à vous dire qu’on peut être soi-même et émue, que le trac n’empêche pas de parler, que Sartre l’avait dit « On est ce qu’on fait » et que j’ai vérifié) (c’est un vrai bon tuyau, le truc de Sartre, si tu fais rien il ne se passera rien de toutes façons)
Et puis je me suis dit, mais comment fait-on la différence entre un truc "bien" et un truc "vraiment bien" ?
Démonstration par l’exemple.
Je développerai un cas peut-être davantage approprié aux filles.
(mais pour les garçons plus binaires qui seraient parmi les lecteurs, je conseille l’exemple du match de foot : "bien" c’est aller jusqu’en finale de la Coupe du Monde et perdre aux penaltys, "vraiment bien" c’est la victoire de 1998) (ce qui est bien avec les personnes binaires, c’est que c’est moins compliqué à expliquer, si on choisit les bons termes, ça leur parle tout de suite. Et ça, pratiquer la pensée binaire, je m'y essaie régulièrement, ça me fait des vacances) (un peu comme quand on vous conseille de prendre un bain pour vous relaxer)
Donc pour les autres, filles et toutes personnes compliquées qui se vautrent dans la nuance, je prendrais le cas de l’achat de la paire de chaussures.
« Vraiment bien » : c’est la nouvelle paire de chaussures qui va avec tout. Les magiques, faites pour redonner de la valeur à toute une garde-robe, on les enfile et cette jupe qui ne ressemblait à rien devient soudain la pièce maîtresse d’un dressing en désuétude, même le tee-shirt H&M a l’air siglé Chanel du coup. Cet événement grandiose se vit d’abord en face à face avec soi-même. Puis avec son miroir (et on se les regarde ses godasses toutes neuves, de face, de profil, d’en haut…) Et enfin nous voilà avec des ailes ! Marchant dans les rues comme un top model avec en plus l’assurance délicieuse du combattant qui affronte le parcours !
« Bien » : c’est la nouvelle paire de chaussures (hyyyyper belles) qui va avec… RIEN.
Vous mesurez ici immédiatement l’immense différence.
Alors, pour résumer, en ce moment j’ai l’impression de m’acheter la paire de bottes de 7 lieues, celles avec des grandes ailes sur le côté, tous les quarts d’heure !
Ce qui ne m’empêche pas de lorgner sur une paire de nu-pieds argentés, toutes simples donc d’un prix indécent. Parce que l’être humain est un être de désir… Mais ceci est une autre philo-sophie.
À suivre…
18:03 Publié dans Les "philo-sophie" | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : chaussure, zidane, littérature, chat botté
07.05.2008
vie privée 5.
Pour peu qu’on n’oublie pas qu’on est « un homme fait de tous les autres et qui les vaut tous ».
Jean-Paul Dubois citant Jean-Paul Sartre
Je suis un écrivain. Je ne le dis à personne, de temps en temps en chuchotant je dis que j’écris un peu… Mais je sais au fond de moi que je suis un écrivain. Il y a 10 ans j’ai envoyé un manuscrit chez Gallimard. Dans une enveloppe kraft, avec écrit dessus Gallimard et l’adresse. Une femme m’a téléphoné 3 semaines après. Elle s’appelait Mme Lemarchand, elle était bouleversée à cause de mon texte. Mais il y avait un circuit à respecter, une autre lecture nécessaire avec une autre personne.
J’ai décidé d’aller à Paris pour la rencontrer.
Elle était surprise quand au téléphone je lui ai dit que j’étais là, dans la rue de la maison d’édition. Elle m’a demandé de l’attendre au café qui fait l’angle. Elle est venue et nous avons parlé un peu. Elle disait que c’était bien, que l’écriture faisait la musique qu’elle aime, qu’il y avait quelques défauts, ceux des débutants. J’ai souri, elle était gentille cette dame. C’est la première fois qu’on m’accordait une attention. Après elle m’a fait visité les bureaux, et elle m’a offert des livres.
Le deuxième lecteur, il n’a pas aimé. Le troisième non plus. Elle m’a dit ça ne fait rien, vous m’envoyez le prochain.
Quelques mois ont suivi et j’ai posté une nouvelle enveloppe Kraft. Il y avait écrit Gallimard, et en dessous à l’attention de Mme Lemarchand et puis l’adresse. Elle m’a téléphoné un soir, il était tard et je l’entendais mal. Sa voix était rassurante, douce. Dans mon souvenir, elle était émue. Je ne peux pas dire qu’elle pleurait, mais il y avait quelque chose d’étranglée. Elle a répété, comme la première fois, c’est bouleversant, et puis comme si je devais promettre : surtout n’arrêtez jamais d’écrire…
Quelquefois aujourd’hui je me dis que j’ai rêvé, que j’ai tout inventé, cette dernière phrase surtout qui est énorme, une phrase démente.
Depuis je n‘ai plus de nouvelles. Une jeune femme au standard chez Gallimard m’a dit qu’elle était en congé maladie, c’est tout ce que j’ai pu savoir à ce moment-là. Et puis elle a disparu. Il n’y a pas de Mme Lemarchand qui travaille ici.
Je pense qu’elle est morte.
Je ne la connaissais pas vraiment, elle a été aimable avec moi, accueillante et polie. Sauf au téléphone, les deux fois, là elle était passionnée. Le mot qu’elle a utilisé la dernière fois que je l'ai entendue, c’est « bouleversé » : « je viens de lire votre texte, je suis bouleversée ». Ça m’a tétanisé. Encore maintenant quand je pense à cette phrase, je reste figé quelques secondes. Depuis, je n’ai envoyé aucun manuscrit à personne. J’imagine qu’il n’arrive pas deux fois la même chose. C’était ma chance.
J’ai oublié sa voix. Depuis 10 ans, c’est normal. Quelquefois, en rigolant, je me dis que j’ai quand même pas de bol, je tombe sur une professionnelle du livre que je bouleverse et elle meurt sans rien dire.
17:58 Publié dans les fictions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : fiction, gallimard, retour à la case départ, enveloppe kraft, littérature
28.04.2008
Au théâtre ce soir : philo-sophie !
Sur une scène de théâtre, les acteurs ont le droit de fumer. Pourtant, c’est très public comme endroit le théâtre, puisqu’il y a un public justement. Il existe, je vous l’accorde, comme autrefois dans les bars et restaurants, une frontière invisible qui sépare en deux l’espace : fumeur et non-fumeur. Mais le théâtre l’a compris depuis le début, cette frontière a toujours été totalement inefficace. Le texte passe de la scène aux fauteuils, le spectateur ressent, respire et profite de la fumée…
Tout d’un coup, ce simple geste d’un acteur qui tire sur la clope et les volutes qui se mélangent à la lumière, me rappelle qu’ici (là où ça crée, ça invente, l’art avec le A petit ou grand) c’est ni un espace public, ni un espace privé : c’est un espace de liberté. Le seul qui reste, ou le seul qui perdure envers et contre tout, l’art c’est sans doute aussi à ça que ça sert, à être de la liberté. Liberté utilisée par des gens qui sont un peu dingues d’être libres à ce point-là et qui nous font du bien.
Sans eux, nous serions emprisonnés.
( quand je dis qu’ils sont dingues, évidemment, je relativise ) ( je me souviens d’une époque où je travaillais à vendre des choses sans grand intérêt et je passais des journées entières à régler des problèmes qui n’en étaient pas et il ne me restait que le temps de dormir et tout le monde trouvait ça normal comme vie)
Donc, voilà, je savais, mais tout d’un coup devant le spectacle, je me suis souvenue un peu plus qu’il y a des endroits où la liberté se respire.
Bon, en philo-sophie, on sait qu’on peut toujours voir les choses sous un autre angle (thèse, anti-thèse, synthèse) : au théâtre, la tragédie servait aux grecs de catharsis (en gros, voir le spectacle de la souffrance permettait aux citoyens de l’Antiquité de se débarrasser de leurs propres angoisses et de se faire un peu d’auto-morale : voilà bien tout ce qu’il ne faut pas faire en vrai si on ne veut pas finir fou ou mourir). Donc voir fumer l’acteur devrait me permettre de fumer à travers lui… Ah, mais si la vie était si simple ça se saurait !
Croyez-moi, il y a matière ici, à sortir de chez soi…
10:29 Publié dans Les "philo-sophie" | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : littérature, dieu est un fumeur de gitane, théâtre, fumer fait réfléchir
03.04.2008
vie privée 4.
Pour peu qu’on n’oublie pas qu’on est « un homme fait de tous les autres et qui les vaut tous ».
Jean-Paul Dubois citant Jean-Paul Sartre
Ma vie a changé depuis que j’ai rencontré le Docteur Barquet. C’est un homme qui a un chakra violet, la couleur de l’amour spirituel. Son savoir sur l’être humain est immense. Il a vu en moi le blocage de mon inconscient avec mon corps : j’ai une sorte de machin psy qui s’est coincé dans ma petite enfance et depuis je suis fâchée avec mon enveloppe charnelle. Tout est sensation…
Tout passe par le corps, et dans nos sociétés ultra aseptisées on a dangereusement séparé le mental de la matière. Je dois ouvrir mes chakras, car tout est sensation…
Je suis très douée, il me l’a dit tout de suite. Il lisait en moi. Et mon fluide énergétique lui a même donné des frissons sur le bras. Il m’a montré sa peau avec la chair de poule, vous voyez, les sensations…
Depuis je travaille sur moi. Nous sommes le résultat (jamais figé) d’une construction sur plusieurs siècles, comme les cathédrales. Un édifice qui retient en lui les traces de toutes nos vies. Car nous avons eu des tas de vies. Cette réincarnation successive est souvent l’explication de nos douleurs mystérieuses. Le Docteur Barquet m’explique tout ça pour favoriser mon développement personnel.
La psychologie, c’est intuitif, chez moi en tous cas, c’est hyper présent. C’est comme ça, mon karma en quelque sorte, je sens les gens. Sans faire exprès.
Si je veux devenir une sorte de professionnel du coaching, je dois faire ce travail sur moi. Pour gagner plus. Plus de confiance, plus de connaissances. Et alors je pourrais aider les autres.
Car je suis très tournée vers les autres. Je les ressens tellement fort.
Grâce au Docteur Barquet, j’ai compris d’où venait mon mal au genou. Je l’ai depuis la naissance, depuis toute petite c’est certain. Je n’ai jamais eu de blessure pourtant. Et dès que le temps devient humide, mon genou se met à me lancer. Le docteur m’a aidée à faire mes vies antérieures. C’est important de savoir d’où on vient. De connaître tous ses passages et alors on peut déterminer certains points en nous qui réagissent presque de façon autonome.
J’ai été une célèbre danseuse dans mon avant-dernière vie. Ma carrière a été stoppée brutalement à cause d’un accident sur scène. Mon genou s’est brisé net pendant une représentation. Je n’ai pas supporté et je suis devenue une grosse femme dépressive et abandonnée de tous. C’est cette souffrance morale que je porte en moi et mon genou aujourd’hui me crie cette insupportable injustice. Il faut que je fasse la paix avec ce moi d’avant. Tout est sensation… Il suffit de lâcher prise, et tout sort de soi.
Durant mon stage de « découverte de mon enfant intérieur », j’ai rencontré des participants passionnants. Et j’ai pu partager avec eux mes expériences ultra-sensorielles. Tout le monde ne comprend pas, certaines personnes sont même très rationnelles. Elles imaginent qu’elles sont à l’abri sûrement avec leurs explications scientifiques et matérialistes. Comme je plains ces gens. Ils ignorent tellement sur eux-mêmes, les pauvres… Et puis souvent ils mélangent tout. Moi je ne suis pas une folle dingue qui croit le premier gourou qui passe, je me renseigne et je n’adhère qu’aux pratiques qui ont des appuis solides. Le Docteur Barquet cite souvent les théories jungiennes par exemple. C’est pas n’importe quoi.
J’apprends beaucoup sur ma personnalité, je me réconcilie avec mon corps, et du coup mes histoires avec les hommes sont différentes. D’ailleurs j’ai changé de look. Avant je n’aurais jamais porté de jupe, j’étais toujours cachée dans mes jeans et mes grands pulls. Maintenant je suis une femme : j’adore les talons aiguilles. C’était impensable avant, mon père n’en revient pas. Il ne dit pas que je suis devenue une belle femme, quand même pas, ça lui écorcherait la gueule (non pas de haine, il ne faut pas que je le déteste, le Docteur Barquet me le répète souvent, je peux évacuer ma colère autrement, je ne dois pas la diriger en mots sur la figure paternelle, je ne dois pas non plus chercher à le séduire mais c’est encore difficile parce que mon enfant intérieur est fragile, je dois travailler plus. Pour gagner plus d’autonomie. Et de paix.) Mais c’est une belle victoire.
Aujourd’hui les hommes me regardent quand je marche dans la rue. Tout est sensation…
22:33 Publié dans les fictions | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : réincarnation, mauve, genou, littérature, coaching
16.03.2008
(nous sommes tous des auteurs invisibles)
« 1 français sur 4 se rêve en écrivain »
12:39 Publié dans La libraire a aimé | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : l'homme invisible, littérature, alien, science-fiction
15.03.2008
millionnaire
Le ciel gris foncé s’assortit très bien avec les feuilles vert pâle des derniers arbres qui résistent dans le centre-ville.
(le décor)
Le monsieur du tabac au téléphone : « c’est comme quand tu grattes un ticket de millionnaire. Soit tu gagnes le gros lot, soit tu gagnes un peu, soit tu gagnes rien du tout. Tu perds rien à essayer. »
(le personnage principal)
Il dit cette phrase pendant que j’attends qu’il raccroche pour daigner me vendre des cigarettes. Son métier, c’est vendre des cigarettes, des Las vegas, des bics et des malabars. Au lieu de ça, il m’envoie des proverbes chinois à la figure, alors que je n’ai rien demandé. Même pas mes clopes. J’essayais de vivre un samedi tranquille, détachée, dans cette atmosphère que j’aime bien de pluie dehors et de lumière chaude dedans. Juste il me manquait les cigarettes et tout était parfait.
(la scène d’exposition)
Tu perds rien à essayer… Pas certaine de ça. Quelquefois on perd des plumes. Des plumes qu’on utilise après. Pour se fabriquer des ailes ou pour écrire des trucs.… Ouais donc je perds rien à essayer…
(l'intrigue)
C’est agaçant quand un buraliste malpoli se prend pour mon coach personnel.
(la chute)
14:47 Publié dans La libraire a aimé | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : coach, malabar, gagner au loto, littérature, écriture, humeur



