03.04.2009
Merci monsieur Carrère
Je n'ai pas pleuré, jamais, en lisant un livre.
15 pages avant la fin, j'étais trop bouleversée pour finir. Je me suis levée, j'ai tourné un peu en rond, et puis j'ai soufflé un grand coup pour reprendre les dernières pages.
Je n'ai jamais lu ça : un livre et la vie en même temps, exactement en même temps. Pas de l'autofiction, pas de la métafiction ou autres concepts à cases, juste ce que je viens d'écrire :
UN livre et LA vie à la fois, exactement.
Il fallait absolument que je lui dise. Je lui ai écrit. Comme les rares fois où j'écris à un auteur, je vais jusqu'à mettre la lettre dans l'enveloppe, écrire l'adresse de l'éditeur, parfois je colle le timbre (sur celle pour Paul Auster, j'ai mis le timbre) (pour Reinhart, après avoir lu Cendrillon, j'ai écrit la lettre dans ma tête, plusieurs fois). Là, je crois que je vais la poster.
Il fallait absolument que je vous le dise, vous qui lisez tant. Ce livre est différent.
Biensûr, il est beau aussi parce qu'il choisit l'amour, pour le meilleur et pour la douleur.
Mais pas seulement. La vie est là, pas sous nos yeux comme à chaque livre, mais là, en soi-même.
À ceux qui écrivent aussi, il fera quelque chose. Il fera l'envie d'écrire encore, librement.
10:40 Publié dans Les lectures | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : lire, emmanuel carrère, d'autres vies que la mienne
09.01.2009
Symbole, soldes et droits d'auteur
Je vais recevoir mes premiers droits d'auteur…
Et l'argent se met à avoir tout à coup une odeur. Odeur de quelque chose qui a pris une place dans ma vie d'une façon que je n'imaginais pas. Quelquefois les gens me parlent en disant "auteur, écrivain".
L'écriture comme le nez au milieu de la figure.
Évident pour quelques-uns depuis la publication de La libraire.
Sortir le nez de sa cachette.
Et puis en parler davantage, expliquer, écouter, donc grandir, apprendre. Impression qu'en quelques mois, on avance beaucoup. On se libère.
Je vais recevoir mes premiers droits d'auteur.
Comment dépense-t-on cet argent-là ? Comment dépense t-on l'argent d'un symbole ?
J'ai pensé à ouvrir un Livret A, mais c'est de l'argent qui dort et qui rêve qu'il devient de l'argent à banquier. Alors il se réveille la nuit en hurlant du fond d'un coffre-fort virtuel et m'appelle :
"Délivre-moi des griffes du marché financier, je ne veux pas aller me perdre dans les paradis fiscaux, et puis disparaître brutalement, finir dans l'oubli ou dans les poches d'un retraité californien… Non, non, retire-moi, dépense-moi, utilise-moi tout de suite avant que je ne perde toute ma valeur !
Donc Livret A, basta.
Il y a bien la facture de gaz, qui va arriver bientôt. Chaque jour, inversement proportionnelle au froid dehors j'augmente la température de la chaudière, et je rajoute une paire de chaussettes au collant. Facture grimpe aussi. C'est mécanique.
Mais l'argent symbole alors me crie :
"Non, non, je ne mérite pas ce destin sans panache et sans gloire, me donner à Gaz de Bordeaux, quelle déchéance…"
Bon, bon.
Il y a des bottes aussi. J'adore les chaussures, surtout les bottes. Mais c'est les soldes. Justement, me direz-vous ! Et non, justement.
Car je suis une maudite du solde : pas ma taille, plus la couleur, rien qui va, et mon oeil qui lorgne sur la nouvelle collection, toujours posée là comme par hasard. C'est pas le moment du tout.
Ça va m'énerver, me frustrer, et je vais repartir avec mes sous dépensés dans un truc inutile que je me mettrais jamais.
Heureusement, dans ma vie il y a Paul Auster…
Son nouveau livre sort aujourd'hui. En homme parfait qui vient toujours à ma rescousse. Je vais acheter son "Seul dans le noir" et alors ce sera une sorte de boucle, très économie solidaire, j'équilibre, je recycle, tout ça reste entre nous, écrire, lire, éditer…
Symboliquement, je ne pouvais pas rêver mieux.
Et avec l'argent qui reste, on ne sait jamais, peut-être qu'une paire de bottes m'attend au milieu des baskets et talons aiguilles, divines, faites pour moi, soldées, à ma taille, parfaites… La fin de la malédiction.
12:51 Publié dans La libraire a aimé | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : sophie poirier lit paul auster, bottes de mes rêves, écrire, lire, littérature
10.11.2008
Un peu de soir et de relectures à prévoir.
J'avance page à page dans Pourquoi êtes-vous pauvre ? et je ne sais pas quoi dire. C'est une lecture agréable et triste, intelligente et en même temps comme avec l'auteur qui s'interroge on se sent impuissant et finalement on se dit qu'on a de la chance. Alors on se sent un peu voyeur. Et puis, les gens qui lisent ce livre ne sont pas ceux qui ont le pouvoir de changer le monde, et ceux qui le lisent sont forcément déjà un peu ceux qui tendent un sourire et quelquefois une pièce, une clop, un truc… Je me dis qu'au moins en l'achetant, j'ai participé à son projet puisqu'il a rétribué chaque personne pauvre rencontrée en échange de son histoire. Mais je vais devoir trouver une autre réponse personnelle.
Il est 23h, et des jeunes (ceux qui sont tous sapés pareils à la ville, avec les coupes de cheveux énormes et les jeans minuscules) des qui ont des airs bien élevés font une fête à côté. Ils sont déjà tous hystériques, crient dans la rue. Je sens que ça va mal finir. Sont déjà trop bourrés pour assurer minuit. En plus, je ne suis pas vraiment dans un quartier qui leur ressemble, alors c'est sûr avec leur fiesta à moitié dans la rue, ils vont attirés plein d'autres jeunes. J'aurais dû prévoir les boules quiès. D'habitude, c'est tranquille le lundi soir ici. Mais demain, ils n'ont pas école ;-)
Parce que demain, c'est le 11 novembre.
J'ai très envie de relire Un bonheur parfait de James Salter. J'adore son écriture précise, simple. Donc j'en parle après. Mieux.
Victoire du soir : j'ai été plus rapide que la bouilloire.
Je résume : donc il y a du bruit dehors qui va s'amplifier (parce qu'après ils vont vomir aussi sous ma fenêtre) (et chanter) ; il y a des poilus qui sont morts dans les tranchées, des poilus qui étaient imberbes souvent ; il y a des pauvres qui me racontent leur vie et j'essaie de comprendre le monde, mais je n'y arrive toujours pas ; il y a un livre extraordinaire sur ma table de nuit et un thé vainqueur à côté ; et puis c'est le soir…
Bonsoir.
23:25 Publié dans Les envies | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : lire, commémoration, le bruit dehors, boire du thé, bonne nuit les petits
28.10.2008
blog/critique/et ta mère
Vu d'ici et de ma lorgnette (petit bout donc)
Il y a des gens qui s'expriment sur les blogs au sujet des critiques, des critiques au sujet des blogs, des critiques de blogs sur des blogs de critiques, des blogs critiques au sujet des critiques pas blog - blog, blog, pas blog -
Il paraît qu'à Paris (la capitale, m'sieurs dames) les critiques sont agacés par les maisons d'édition qui sont agacées par les critiques qui sont agacés par les blogs qui sont agacés par les maisons d'éditions… Ah.
Et pendant ce temps-là, il y en a qui écrivent des livres (en français, that's the problem) (parce qu'il paraît que la littérature française ne se lit pas en américain, alors que la littérature américaine se lit très bien en français)
C'est compliqué la littérature l'édition la vie parisienne le marketing le monde merveilleux des livres la vente bon, bref, c'est compliqué de toutes façons…
19:19 Publié dans La libraire a aimé | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : lire, écrire, sophie poirier se mêle de ce qui ne la regarde pas











