28.03.2009

Fin du suspense

Si tu vas chez Ikea, il y a une petite porte discrète appelée accès direct au libre-service. Si tu passes par là, déjà tu évites le voyage guidé à travers les pièces idéales que tu n’auras jamais (tant mieux) et point de départ du désir créé à l’intérieur de toi.
Après tu marches vite, le regard fixe, tu n’as pas pris de gros sac jaune, tu te diriges vers le rayon luminaire. C’est comme un objectif vital, le reste est sans importance, tu n’as aucun besoin à satisfaire en petites cuillères, photophore et autres boîtes à pulls.

Là tu réalises que ta lampe n’existe plus. Tu t’adresses à un vendeur pour qu’il t’aide à choisir la bonne ampoule. Il te répond « ben faut démonter votre lampe et revenir ». Donc tu te débrouilles seul. Déductions faites (c’est assez simple chez Ikea), tu prends un lot de 4 ampoules, et grâce à ce vendeur aimable tu n’as plus aucune envie de dépenser de sous ici.

Maintenant il y a des caisses libre-service
.
Celles qui ont une « douchette  pour scanner » (à qui je décerne la médaille de l’expression la plus moche de la terre). Tu te diriges vers celle qui n’est pas prise et une autre employée aux couleurs tournesol te demande sur un ton de maîtresse d’école d’où tu viens. Tu réponds : ben là, elles étaient toutes occupées, alors j’ai fait le tour vers une libre . Elle répond « Bon, ça va. » J’ai cru qu’elle allait me demander mes papiers et mon extrait de naissance.
Ils se sont donc organisés pour m’aider à réussir mon challenge.
Je sors de chez Ikéa avec 4 ampoules.

Dans ma cuisine, c’est l’été. Ça tombe bien, dehors il pleut.

26.03.2009

Ikéa : le suspense !

zoomSoul.JPG
Il manque une ampoule dans la cuisine, et une dans le salon. Pourquoi partout où j’habite les lumières explosent aussi vite ?
Du coup, ça fait des ambiances claires-obscures. C’est joli dans un tableau, en vrai c’est chiant d’y voir moins bien. Mais bon, je n’ai pas attendu ma pénurie d’ampoules pour découvrir qu’il y avait un écart entre la réalité et la fiction. Celui de l’esthétisme en l’occurrence.
Bref. Le problème est que pour une lampe en particulier (qui est accrochée au plafond) si je ne lui donne pas pour se remplir d’énergie une ampoule IKEA (de là où elle vient), l’ampoule tombe (et donc se casse).
Je ne veux pas croire que le concept soit poussé à ce point, mais j’en suis à deux tentatives qui aboutissent au même résultat : ça se fracasse sur le carrelage (ce qui n’est pas du tout la raison d’être d’une ampoule).
Donc, bête que je suis, je m’en va retourner au grand magasin gigantesque pour acheter une ampoule. Sauf que.
Il s’agit d’aller chez Ikéa pour acheter UNE ampoule.
Vous entrevoyez le gigantisme du défi ?
Vais-je résister à la tentation, là où tout est organisé pour que je sois soudain submergée de tas de désirs que je n’avais pas jusque là ?
Saurais-je rester droite et digne au milieu des allées ?
Reviendrai-je de chez Ikéa avec une taie d’oreiller à rayures, une poubelle de table en plexi orange, un lot de bougies parfumées à la vanille, et les indispensables serviettes en papier vertes très tendances ?
Ah, ah, ah…
En ces temps à la fois consuméristes et in crisis, je m’offre un challenge !

 

l'ampoule peinte(extrait d'un tableau)©lexa

07.05.2008

vie privée 5.

Pour peu qu’on n’oublie pas qu’on est « un homme fait de tous les autres et qui les vaut tous ».
Jean-Paul Dubois citant Jean-Paul Sartre

    Je suis un écrivain. Je ne le dis à personne, de temps en temps en chuchotant je dis que j’écris un peu… Mais je sais au fond de moi que je suis un écrivain. Il y a 10 ans j’ai envoyé un manuscrit chez Gallimard. Dans une enveloppe kraft, avec écrit dessus Gallimard et l’adresse. Une femme m’a téléphoné 3 semaines après. Elle s’appelait Mme Lemarchand, elle était bouleversée à cause de mon texte. Mais il y avait un circuit à respecter, une autre lecture nécessaire avec une autre personne.
J’ai décidé d’aller à Paris pour la rencontrer.

Elle était surprise quand au téléphone je lui ai dit que j’étais là, dans la rue de la maison d’édition. Elle m’a demandé de l’attendre au café qui fait l’angle. Elle est venue et nous avons parlé un peu. Elle disait que c’était bien, que l’écriture faisait la musique qu’elle aime, qu’il y avait quelques défauts, ceux des débutants. J’ai souri, elle était gentille cette dame. C’est la première fois qu’on m’accordait une attention. Après elle m’a fait visité les bureaux, et elle m’a offert des livres.
Le deuxième lecteur, il n’a pas aimé. Le troisième non plus. Elle m’a dit ça ne fait rien, vous m’envoyez le prochain.
Quelques mois ont suivi et j’ai posté une nouvelle enveloppe Kraft. Il y avait écrit Gallimard, et en dessous à l’attention de Mme Lemarchand et puis l’adresse. Elle m’a téléphoné un soir, il était tard et je l’entendais mal. Sa voix était rassurante, douce. Dans mon souvenir, elle était émue. Je ne peux pas dire qu’elle pleurait, mais il y avait quelque chose d’étranglée. Elle a répété, comme la première fois, c’est bouleversant, et puis comme si je devais promettre : surtout n’arrêtez jamais d’écrire…
Quelquefois aujourd’hui je me dis que j’ai rêvé, que j’ai tout inventé, cette dernière phrase surtout qui est énorme, une phrase démente.
Depuis je n‘ai plus de nouvelles. Une jeune femme au standard chez Gallimard m’a dit qu’elle était en congé maladie, c’est tout ce que j’ai pu savoir à ce moment-là. Et puis elle a disparu. Il n’y a pas de Mme Lemarchand qui travaille ici.
Je pense qu’elle est morte.

Je ne la connaissais pas vraiment, elle a été aimable avec moi, accueillante et polie. Sauf au téléphone, les deux fois, là elle était passionnée. Le mot qu’elle a utilisé la dernière fois que je l'ai entendue, c’est « bouleversé » : « je viens de lire votre texte, je suis bouleversée ». Ça m’a tétanisé. Encore maintenant quand je pense à cette phrase, je reste figé quelques secondes. Depuis, je n’ai envoyé aucun manuscrit à personne. J’imagine qu’il n’arrive pas deux fois la même chose. C’était ma chance.

J’ai oublié sa voix. Depuis 10 ans, c’est normal. Quelquefois, en rigolant, je me dis que j’ai quand même pas de bol, je tombe sur une professionnelle du livre que je bouleverse et elle meurt sans rien dire.