20.07.2009

Provoc, sex-toys & présumés innocents

Parmi les moments aimés de l’été, depuis très longtemps il y a la lecture dans Libé de la Semaine d’un écrivain.
Ce samedi, c’était Atiq Rahimi.
Tout à coup, au milieu des articles (Le festival d’Avignon, le tour de France, Carla en gougeate au G8, le PS qui pense que le plus important c’est d’avoir des idées et d’être rassemblé), et de ce style journalistique, il y a l’écriture différente avec cette façon unique qu’ont les auteurs de regarder le monde. Leur manière de dire l’actualité toujours mêlée à des détails de vie, des sensations. Beaucoup de questions aussi.
Je n’ai rien contre l’écriture d’un journaliste, et il y a d’ailleurs dans Libé souvent de beaux portraits, mais celle des écrivains parle une autre langue. Ils interrogent, ils ressentent, et les bribes de ce qu’ils condensent dans cette page me donnent toujours à penser.
Atiq Rahimi, aujourd’hui, parle de son voyage au Brésil. Il est avec Sophie Calle, Grégoire Bouiller (et je comprends qu’il est le monsieur de « Prenez soin de vous », ils vont se parler en public, Atiq Rahimi raconte ça, cette rencontre), il y a aussi Catherine Millet. Il parle, comme chaque écrivain dans cette page systématiquement, du pouvoir de la littérature. Pas de ce pouvoir dont on use pour asservir l’autre, mais ce pouvoir qui est une puissance, une énergie, une incomparable force à soulever les montagnes, les hautes devant soi et celles du dedans…
Je lis cette page depuis longtemps avec au fond l’envie secrète de raconter un jour moi aussi ma semaine d’écrivain.
Et aller moi aussi au Brésil avec les artistes français et dire des choses du monde et de la vie.
Me promener en bateau avec Sophie Calle et Catherine Millet.

Dans le train pour rejoindre Avignon (pour le festival 2009, on parle de Jan Fabre, de son énième provocation, les acteurs commencent le spectacle en se masturbant sur scène face au public, puis plus tard l’un d’eux s’enfile dans le cul le canon d’un fusil. Un ami acteur me dit son ras-le-bol de cette provocation qui pour lui n’en est plus/pas une – Pour dire quoi ? Oh, les gars faut passer à autre chose - Et il m’explique que pour lui, aujourd’hui, c’est la réalité qui est provocante. Il cite le spectacle qu’il a vu, Ticket, Avignon Off, 45 minutes d’embarquement dans la vie d’un clandestin aux mains des passeurs. En 45 minutes, tu comprends quelque chose, tu te questionnes, tu envisages l’horreur de la situation.)
Je reprends… Je suis dans le train, je roule vers Avignon, je lis à présent Les Inrocks, un article sur le procès de Présumés Innocents, exposition qui eut lieu à Bordeaux au CAPC. J’ai vu cette expo, de loin une des plus fortes vues dans ce musée. On accuse les organisateurs de "
Diffusion de messages violents, pornographiques ou contraires à la dignité humaine susceptibles d'être vus par un mineur "

Je ne comprends pas que le monde de l’Art ne soit pas dans la rue à brandir des pancartes pour défendre la liberté des œuvres, à travers ici les organisateurs accusés.
Je ne comprends pas que la Justice joue le jeu d’une association comme La Mouette qui s’érige en moralisateur de musée et qui est à l’origine de la plainte.
J’ai l’impression qu’il y a à Bordeaux une relative indifférence à ce sujet. Mais je suis peut-être mal informée. (dans le magazine municipal "Bordeaux Culture" de l'été : pas un mot. Par contre, des tas d'autres mots sur Evento, la nouvelle manifestation culturelle bordelaise. J'y reviendrai)
Je pense que notre nouveau ministre de la Culture pourrait faire là son premier grand acte, courageux et honorable, en prenant la défense de cette exposition. J’ai vu des atteintes à la dignité des adolescents qui ne dérangent personne : des parents qui conduisent bourrés, une société qui en fait des petits consommateur-chômeur-futursurrendettés-malbarrésurlaplanète sans se soucier si tout ça est digne ou non…
Et puis même, je crois profondément que l’Art est le seul espace de Liberté, où la morale n’a aucune place. La morale prend la définition de l’état qui l’applique, la morale change en fonction de ceux qui dirigent, la morale est une donnée subjective qui se prend pour le roi. L’Art n’a aucun rapport avec la morale.

Je repense à ce petit garçon âgé de 5 ans, Jackson de son nom de grande famille, dont le père prétend aujourd’hui qu’il a été victime d’un meurtre et dont il est sans doute le premier assassin…
Dans le même Libé du jour, on lit également qu’aux USA plus de 50% des femmes ont déjà utilisé un vibromasseur (sex-toy pour ne pas heurter, sont forts en marketing les vendeurs du monde), les hommes aussi à 30%. On y parle de trucs immenses enfoncés dans l’anus, c’est une étude scientifique qui permettra, entre autres, de préparer les médecins à retirer des objets de nos fondements de plus en plus souvent. Peut-être que Jan Fabre a voulu parler de ça, de l’évolution de la médecine… L’article est drôle, assez bien écrit. Mais il ne dit rien d’autre que ça.

L’écrivain, lui, envisagera les possibles, les ombres, les expériences, les pudeurs dépassées et les interdits bousculés. Il imaginera le rouge aux joues des premières aventures avec l’objet, les cachettes secrètes pour enfouir le jouet coquin, les plus pervers, les découvertes hasardeuses, les envies tûes avec un époux et expérimentées avec un amant…
Il aura le souffle de poser des mots ailleurs, de laisser rêveur un lecteur, d’intriguer le monde avec des énigmes qui parlent de désir.

Pendant ce temps, Atiq Rahimi faisait du bateau au Brésil avec Sophie Calle et Catherine Millet. Des femmes sans burqua avec un pakistanais qui a désormais des papiers français. Les artistes sont des gens libres. Heureusement pour nous.

 

PS : vous pouvez signer la pétition en ligne pour la défense des accusés et lire le manifeste "présumés innocents"

04.05.2009

vue de ville

Bordeaux ex-aequo avec Marseille depuis hier soir. La Provence l’avait annoncé la semaine dernière : "le vrai rival, c’est Bordeaux !"

Dans ma rue (c’est une rue pleine de rebondissements) (une rue qui se veut éthique, en passe de devenir la rue équitable de la ville) (mais c’est de l’équitable version contemporaine, c’est-à-dire pas si équitable que ça…) (une rue coincée entre l’église saint-eloi, catholique intégriste, et une place bruyante, bobo intégriste. Au milieu on y vend du thé – le monde entier des thés - , du bijou artisanal, du bijou artisanal et du bijou artisanal)
Bref dans ma rue, hier, des gens avaient tracé une zone de gratuité (vous voyez, c’est la rue So éthique). Dans cette zone, on pouvait poser des objets ou en prendre. Comme ça. Pour la beauté du geste.

Hier, promenade sur des quais nouvellement aménagés, côté populaire de la ville. Ça fonctionne, cerf-volant, foot ou basket, freesbee et pique-nique. La ville se mélange, les dames voilées bavardent sur les bancs et les bobos se remettent allongés dans l’herbe de leur samedi soir arrosé.

En apparence, on dirait que bordeaux est devenu une ville de gauche… (ah, ah, ah, riez, riez)

10.03.2009

Dans LA librairie

DSCN0906.JPG

INVITATION - PALPITATIONS - SÉQUENCE ÉMOTIONS


31.01.2009

L'homme au chapeau crie en silence

monsieurmanif1.JPG Il avance au milieu des autres. monsieurmanif2.JPG

 

 

 

 

 

 

Il n'est pas perdu. Il est là, avec les 100 000 en colère.

(au passage, on voit les façades bordelaises quand elles ne sont pas ravalées, et cette sculpture hideuse de marbre rose qui trône sur la Place de la Victoire)

monsieurmanif3.JPGIl a fabriqué sa pancarte. Son message est clair. Il est vraiment lassé, fatigué. Juste le courage et la force de la pancarte tout seul, ce jour-là.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi les vus et entendus :

"Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux"

Le SLIP (Syndicat des Livreurs Indépendants de Pizza)

Des vieux qui disaient : "C'est bien parce qu'il y a des jeunes."
Des jeunes qui disaient : "C'est bien parce qu'il y a des vieux."

"Le savoir coûte cher : essayez l'ignorance."

Et le désormais culte :


ET LÀ, TU LA VOIS LA GRÈVE ?