09.01.2009
Symbole, soldes et droits d'auteur
Je vais recevoir mes premiers droits d'auteur…
Et l'argent se met à avoir tout à coup une odeur. Odeur de quelque chose qui a pris une place dans ma vie d'une façon que je n'imaginais pas. Quelquefois les gens me parlent en disant "auteur, écrivain".
L'écriture comme le nez au milieu de la figure.
Évident pour quelques-uns depuis la publication de La libraire.
Sortir le nez de sa cachette.
Et puis en parler davantage, expliquer, écouter, donc grandir, apprendre. Impression qu'en quelques mois, on avance beaucoup. On se libère.
Je vais recevoir mes premiers droits d'auteur.
Comment dépense-t-on cet argent-là ? Comment dépense t-on l'argent d'un symbole ?
J'ai pensé à ouvrir un Livret A, mais c'est de l'argent qui dort et qui rêve qu'il devient de l'argent à banquier. Alors il se réveille la nuit en hurlant du fond d'un coffre-fort virtuel et m'appelle :
"Délivre-moi des griffes du marché financier, je ne veux pas aller me perdre dans les paradis fiscaux, et puis disparaître brutalement, finir dans l'oubli ou dans les poches d'un retraité californien… Non, non, retire-moi, dépense-moi, utilise-moi tout de suite avant que je ne perde toute ma valeur !
Donc Livret A, basta.
Il y a bien la facture de gaz, qui va arriver bientôt. Chaque jour, inversement proportionnelle au froid dehors j'augmente la température de la chaudière, et je rajoute une paire de chaussettes au collant. Facture grimpe aussi. C'est mécanique.
Mais l'argent symbole alors me crie :
"Non, non, je ne mérite pas ce destin sans panache et sans gloire, me donner à Gaz de Bordeaux, quelle déchéance…"
Bon, bon.
Il y a des bottes aussi. J'adore les chaussures, surtout les bottes. Mais c'est les soldes. Justement, me direz-vous ! Et non, justement.
Car je suis une maudite du solde : pas ma taille, plus la couleur, rien qui va, et mon oeil qui lorgne sur la nouvelle collection, toujours posée là comme par hasard. C'est pas le moment du tout.
Ça va m'énerver, me frustrer, et je vais repartir avec mes sous dépensés dans un truc inutile que je me mettrais jamais.
Heureusement, dans ma vie il y a Paul Auster…
Son nouveau livre sort aujourd'hui. En homme parfait qui vient toujours à ma rescousse. Je vais acheter son "Seul dans le noir" et alors ce sera une sorte de boucle, très économie solidaire, j'équilibre, je recycle, tout ça reste entre nous, écrire, lire, éditer…
Symboliquement, je ne pouvais pas rêver mieux.
Et avec l'argent qui reste, on ne sait jamais, peut-être qu'une paire de bottes m'attend au milieu des baskets et talons aiguilles, divines, faites pour moi, soldées, à ma taille, parfaites… La fin de la malédiction.
12:51 Publié dans La libraire a aimé | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : sophie poirier lit paul auster, bottes de mes rêves, écrire, lire, littérature
28.11.2008
Et alors google devint poète…
J'ai lu la liste des mots clés qui ont fait atterrir des gens sur mon blog : j'imagine leur tête…
Il y avait parmi ces mots : expérience bonheur
Que cherchait exactement cette personne ? Des témoignages ? Que le bonheur existe vraiment ? Une preuve ? Savoir ce que ça fait le bonheur ? Parce qu'il/elle ne sait pas ? Ne sait absolument pas ce que c'est d'être heureux, même un peu, un tout petit peu ?
Ou alors c'est pour vérifier ? Vérifier que ce qu'elle/il a ressenti, c'est ça ? Qu'il/elle ne se trompe pas, ne confond pas bonheur avec joie, bien-être, satisfaction, enthousiasme, exaltation, plénitude ? Parce que chaque mot en renvoyant à sa définition signifie que ça dure plus ou moins longtemps, il y a des états plus éphémères que d'autres, plus ou moins fiables. Il/elle voulait être sûr que c'était ça, du bonheur, du vrai, et pas autre chose.
C'est étrange de taper dans un moteur de recherche Expérience bonheur
Et forcément, moi, ça me donne envie d'écrire une histoire…
10:05 Publié dans Les envies | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : être heureux, expérience bonheur, écrire, questions nombreuses
08.11.2008
38 !
Le 7 novembre 2008
Aujourd’hui c’est mon anniversaire, je me suis installée en 1ère classe.
Etrange d’écrire sur le clavier, de voir les mots s’inscrire sur l’écran en même temps que le paysage qui défile.
Je sais déjà que je vais rater ma correspondance. Ça ne peut pas être cadeau à chaque étape.
Le paysage est très jaune, comme un couloir repeint.
D’un côté j’aperçois les Pyrénées, de l’autre on passe devant un de mes moments préférés : le cimetière des tracteurs.
Est-ce que je fais un bilan ? Est-ce que ça sert à quelque chose ?
J’ai 38 ans, bon, vieux/jeune, tout ça est relatif. Impossible à dire. Si les rides, etc… Mais en même temps un sacré bonheur. Alors on s’en fout des rides. (là, tout de suite, on s’en fout, mais vu que je suis une gonzesse, il y a des moments où forcément devant la glace, je ne m’en foutrais pas du tout) (mais là, je fais la maline, c’est mon anniv, je suis un peu un super héros).
J’ai envie d’écrire encore plus. J’écris encore plus, toujours.
(ah j’approche d’un autre moment que j’adore : quand le train longe la Méditerranée… Et les bateaux qui quittent le port de Sète. Avec quelquefois les flamands roses de l’autre côté)
(une fois j’ai écrit un texto qui disait « c’est le matin, il est 8h, je vois la mer, tout va bien. »)

Bon, pas de bilan.
Des envies pour aller jusqu’à 39 ?
Les mêmes choses, qu’elles se poursuivent. La vie tranquille. La vie d’amour.
Des résolutions (je suis pile entre la rentrée et la nouvelle année) ? Bof. Je n’ai aucune volonté. Juste du courage. Mais pas tout le temps.
Est-ce que j’ai peur ? Ça change pas, ça. Of course, j’ai la trouille.
Est-ce que c’est grave ? Non. Je FAIS, avec.
Ah, Montpellier. 45 mn de retard. J’ai raté le train pour Avignon.
Bon, ben, considérons alors que le voyage ne fait que commencer…
14:56 Publié dans Les envies | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : anniversaire, tracteur, avignon, anti-rides, écrire
28.10.2008
blog/critique/et ta mère
Vu d'ici et de ma lorgnette (petit bout donc)
Il y a des gens qui s'expriment sur les blogs au sujet des critiques, des critiques au sujet des blogs, des critiques de blogs sur des blogs de critiques, des blogs critiques au sujet des critiques pas blog - blog, blog, pas blog -
Il paraît qu'à Paris (la capitale, m'sieurs dames) les critiques sont agacés par les maisons d'édition qui sont agacées par les critiques qui sont agacés par les blogs qui sont agacés par les maisons d'éditions… Ah.
Et pendant ce temps-là, il y en a qui écrivent des livres (en français, that's the problem) (parce qu'il paraît que la littérature française ne se lit pas en américain, alors que la littérature américaine se lit très bien en français)
C'est compliqué la littérature l'édition la vie parisienne le marketing le monde merveilleux des livres la vente bon, bref, c'est compliqué de toutes façons…
19:19 Publié dans La libraire a aimé | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : lire, écrire, sophie poirier se mêle de ce qui ne la regarde pas
13.10.2008
rêver, lire et alors, ouvrir les yeux…
Comment est la réalité aujourd'hui ?
Complexe, déroutante, souvent on se cogne contre.
Dans la réalité, on demande aux citoyens d'être plus responsables que les responsables. D'avoir une éthique, une hauteur, de mesurer les actes en fonction des conséquences. D'être conscient que le monde est un tout, quand il est si difficile déjà de se concentrer sur soi, d'y croire (en soi)…
On avait bien inventé quelque chose comme l'état, la chose publique pour nous transcender, mais il semble que soit venu le temps où nous devons être plus matures que CE qui était censé nous dépasser…
Le rêve aussi est bizarre souvent, avec une imagination qui libère, qui ouvre des portes, qui ne fige rien. Le rêve n'a pas de conséquences dans le réel : juste un trouble quelquefois au réveil qui dure un peu, une impression de vie parallèle, pouvoir discuter avec un mort qu'on aimait tendrement, visiter un lieu qui n'existe pas, embrasser sans autorisation, inventer des monstres…
Le rêve se contente de dire quelque chose de la réalité : comme une lecture. Qu'on traîne avec soi, avec cette couleur particulière donnée à ce qui vient…
09:13 Publié dans Les petites résistances | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écrire, romans, crise financière et économique et tout et tout, la peur, se réfugier dans les livres
23.09.2008
le train de la peur !
Il y a, en France, toutes sortes de gares avec chacune son charme ou sa grisaille, ses quais à ciel ouvert où on peut descendre fumer une clope ou attendre 1h30 que le train redémarre… Mais il en existe une particulièrement spéciale, qui ressemble à un autre monde (on a tendance à penser le futur), bétonnée parfaitement où tout à coup allumer la cigarette interdite donne l’impression de commettre un attentat (d’ailleurs c’est la seule fois où un contrôleur m’a dit « Pas ici, c’est fermé »).
Cette station souterraine habillée en abri anti-atomique dessert Marne La Vallée.
Il était une fois…
Au pays magique de Marne La Vallée, la majorité des voyageurs qui montent dans les wagons sont des enfants avec des oreilles de Mickey. Et des parents fatigués.
Il faut voir ça une fois dans sa vie, un train rempli d’enfants-souris…
Qui sont sur le mode cris et pleurs, propres à tout enfant de moins de 10 ans plongé une journée entière dans l’univers féerique (hystérique) d’un gigantesque parc d’attraction.
Ils croyaient passer une bonne journée, les parents, l’innocence des Bambi, le rose bonbon des robes de princesses, un lapin géant et des maisons en forme de champignons… Mais au retour, enfin assis (debout, galopant, sautillant) dans le train, les enfants sont énervés, se transforment en « Minnies Mouse » survoltées, exigeantes et toutes-puissantes.
(de quoi passer l’envie d’en faire des bébés, même à la plus poule de toutes les futures mamans) (j’ai ressenti la même sensation dans la salle d’attente d’un ophtalmo apparemment réputé pour les cas d’oeils troublés de 0 à 6 ans, où les combats à coup de tyrannosaures et de tracteurs transforment la pièce en véritable chambre de l’enfer)
Peut-être que cet agacement leur vient, inconsciemment, qu’un monde qui ressemblerait à celui qu’ils viennent de quitter ne leur voudra pas que du bien, qu’il y a sous l’apparence merveilleuse de Disney comme une supercherie, que les parents sont des drôles d’adultes de vouloir à tout prix les faire consommer déjà - comme ça - là.
Et que des contes de fées il faudra se méfier… (surtout ceux qui naissent à Marne La Vallée)
Ah du temps des wagons-fumeurs, on pouvait espérer voir débarquer Hercule Poirot qui désignait le coupable au milieu d’un silence confondant…
19:36 Publié dans Les conversations | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : mickey, dingo, minnie, clarabelle, pluto, philosophie, écrire
12.09.2008
La libraire a aimé, la charcutière aussi.
C'est le titre de l'expérience à venir.
(déjà le titre, ça peut faire grincer les dents de madame La Littérature)
Mais, voilà, la dame avec qui je vais partager cette aventure, est une sorte de peintre charcutière. C'est-à-dire qu'elle charcute, par une sorte de dessin alambiqué, les textes qui lui passent sous les doigts.
En particulier, elle "gribouille" Télérama chaque matin en buvant son café. Parfois elle relève une phrase qu'elle note sur le blanc des pages, elle commente, elle remplit de ses traits torturés des pages entières du magazine. Chaque matin, elle le fait.
Quand je lui dit "Allez-y, faites-le sur La libraire a aimé.", j'ai vu ses yeux se remplir de gourmandise.
Quand j'ai vu mes mots ainsi planqués soudain sous ses coloriages, j'ai souri de soulagement.
Nous avons commencé une correspondance, échangeant alors nos questions et nos tracs.
Le 18 septembre, à 19h, nous lirons ces lettres, et "l'exposition" montrera le travail de Sylvie Iguiniz.
La rencontre a lieu à La Maison des Femmes, à Bordeaux. C'est cette maison qui nous a proposé d'être le premier événement culturel de leur rentrée.
Je ne sais pas si nous serons à la hauteur (car sylvie et moi-même sont deux petites bonnes femmes pas très sûres d'elles), mais il m'a semblé que cette façon-là de présenter mon livre changerait de cette curieuse coutume qui consiste à poser un auteur derrière une table, caché par une pile de livres fermés…
Si vous êtes par là, vous pouvez venir !
09:28 Publié dans La libraire a aimé | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écrire, télérama, charcutière, avoir le trac
13.08.2008
So VIP in the Lub !
14:37 Publié dans La libraire a aimé | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : maman t'as trop la classe, escalier c, livres, luberon, écrire
08.03.2008
Résumé de philo-sophie
J’ai entendu parler
Du besoin d’être aimé, et plus que ça
Des souvenirs de l’enfance et des pères, les blessures que ça laisse, les adultes que ça fait
Des routes et les chemins qui s’empruntent en attendant le bon, et aussi les virages qu’on négocie et les impasses, et ceux pour qui ça roule
De l’importance des rencontres
De la précarité et des risques
De ruptures : avec un autre, avec un métier. Et puis le mot rupture a pris la forme d’un président, alors j’ai décidé de ne plus utiliser ce mot.
Des choses qui s’arrêtent brutalement et des difficultés pour se reconstruire
De la solitude au milieu
De l’image qu’on donne, des autres qui vous regardent ou pas, comment ils vous regardent
De tas de trucs sur le temps qu’il fait, fera, était, devient, avec les nuages, le vent, l’hiver qui vient pas, l’été qu’on attend qu’il revienne
De si on fait des concessions, faire la pute ou être diplomate, de la limite que chacun se fixe
De se vendre
De se donner
De s’assumer, s’affronter, s’attaquer à soi
Des mercis se dire vraiment
Des colères, des « j’comprends pas ce qui se passe », c’est pas possible, de Groland qui devient en vrai en moins drôle
Et du monde qui tourne pas rond, qui change et de nous dedans.
Et de la banquise qui fond
Une jeune fille : « si tu regardes autour de toi vraiment, tu deviens fou »
D’amour comme je savais même pas que c’était possible
…
J’ai vu
Des larmes retenues juste au bord. Sans honte.
Des mains amicales se poser sur les épaules, les cuisses, les mains avec des bises
La mer Méditerranée et l’océan Atlantique, la neige aussi.
Des gens aller les uns vers les autres et s’arrêter. Un peu d’intensité dans les croisements
Des gens qui avaient l’air très très très riche, mais vraiment très très très riche
Des affiches pour vendre des voitures avec des fleurs qui poussent derrière les pots d’échappements
L’origine du monde en vrai et ça m’a fait du bien cette liberté, cette provocation, cet amour, et puis Lacan qui l’avait planqué chez lui. Comme si la proximité avec les œuvres étaient contagieuses un peu
Des couvertures de magazines qui ressemblaient à des attentats à la pudeur
Des yeux grand ouverts, écarquillés, sur des photos, des tableaux, des dessins, des écrans, des lumières, des paysages
Des émotions traverser les visages…
J’ai
Travaillé plus pour moi (plus d’écritures, plus de lectures), pour gagner plus du bonheur
Ecouté davantage et compris 2 ou 3 trucs essentiels
Evité de prendre des résolutions et fait ce que je pouvais
Voté, et regardé la télé qui se prenait pour le cirque et la galerie des monstres
Pris le temps pour ce qu’il est : un présent.
…
Et puis j’ai écrit des philo-sophies et j’ai aimé ça.
12:30 Publié dans Les "philo-sophie" | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : nuages, truc essentiel, philosophie, la mer, écrire











