25.07.2008

tea-time chez philo-Sophie

Une philo-sophie ne prend pas l’eau. Elle ne devrait donc pas s’inquiéter du temps qu’il fait. Une averse orageuse en jjuillet, c’est normal. Enfin un truc de météo qui se passe de façon adéquat et prévu. Et pourtant, nous voilà dans une situation paradoxale : cette évidence météorologique nous étonne un peu. De la pluie en été !
De la même façon, la bouilloire sur le feu. J’ai beau savoir que l’eau va chauffer très rapidement, à chaque fois c’est à grands bruits qu’elle me prévient que ça y est, c’est bouillu. J’ai pas eu le temps d’éteindre le feu avant que l’eau ne s'échappe…
Il y a des choses comme ça que l’on sait par cœur : en orage d'été il pleut au milieu du soleil ; tout corps liquide porté à température élevé finit par se barrer de la casserole, et pourtant quand ces choses normales arrivent, on se sent surpris.
Est-ce qu’on est bête ? Non, sûrement pas, la philo-sophie part du principe que chaque humain a sa chance et on est ici pour regonfler les egos meurtris. (bon dans certains cas, genre moi et ma bouilloire, on frôle je vous l’accorde la catastrophe naturelle. La catastrophe étant moi.)

Donc pourquoi ?
Serait-ce que la normalité nous berce ? Serait-ce que nous croyons tout savoir quand les journées se suivent et se ressemblent ? Serait-ce cette répétition des gestes qui nous fait piloter en automatique ?

Reprenons la démonstration.
Je sais que - je sais que - je sais que - et pourtant quand ça va arriver, je vais me dire « oh ben merde alors ! » (voilà un postulat de départ que Socrate aurait sans doute apprécié, lui qui partait du principe que je sais que je ne sais pas) (il l’aurait évidemment pas dit comme ça).

L’inattendu. Voilà la réponse.
Les penseurs modernes ont trouvé judicieux d’intégrer à toute situation cette notion vertigineuse qu’est l’inattendu. Tu pars du constat que tout est comme tu l’as prévu, que rien ne se passe ou que tout se passe comme d’habitude, mais tu rajoutes à ça : la surprise, le truc qui va déraper, la réaction qui change tout, la phrase qui tue, le détail qui fait basculer…
En d’autres termes :
Tenez vous prêts, ça va déborder à un moment donné.

Sachez que l’inattendu le plus inattendu provient en général de l’humain lui-même, qui représente à lui tout seul une somme de surprises particulièrement effarantes. Et puis vient en suivant la météo. Et enfin ma bouilloire.

Alors en théorie, forte de cette philo-sophie, je devrais pouvoir désormais faire le thé sans être obligée d’éponger toute l’eau qui s’est barrée du récipient.


La suite au prochain épisode…

08.06.2008

Du jamais vu, unique au monde : la philo-sophie !

Abrasia : le fait d’agir contre ses idées.
J’ai trouvé ça dans un livre, je l’ai noté sur un carnet. J’ai ajouté "ruser avec sa volonté".
J’ai beau chercher, je ne trouve pas d’explication supplémentaire : Google et wikipedia ne connaissent pas ce terme. Mon dico passe d’abrasif (qui use) à abrasion (enlever en grattant). Ensuite il y a le mot abréaction (terme psychanalytique qui signifie brusque libération émotionnelle, le sujet se libère d’un machin refoulé).
Avec ça, je vais me débrouiller.

Agir contre ses idées - c’est-à-dire se mettre le doigt dans l’œil - ressemble donc à une ruse avec soi-même. Parce que ça n'est jamais évident de s’avouer ces trucs-là : j’ai fait ça alors que c’est tout le contraire de moi. Donc on feinte. Vous donner un exemple est impossible car cela reviendrait à vous avouer mes affreuses contradictions, mes troublantes erreurs, mes « putain pourquoi je ne me suis pas plutôt cassée la jambe ».  Cherchez en vous-même (là où c’est bien sombre) et vous comprendrez parfaitement de quoi je parle.
Bon j’ai expliqué la notion de volonté contre laquelle on va (ou qu’on n’a pas à ce moment-là).
Alors, ça use. Forcément. Agir contre soi-même, c’est fatigant. Évidemment.
C’est toujours une dépense d’énergie colossale de faire, de justifier ce qu’on fait, de se remettre de ce qu’on n’aurait pas dû faire, etc…

Nonobstant qu’est-ce qu’on a enlevé et qu’est-ce qu’on a gratté ? (c'est la classe comme phrase, non…)
On a sûrement enlevé ses idées (c’est logique), et on a gratté comme un con parce qu'en général on sait qu’il ne faut pas gratter mais toujours on y va : ça démange, on gratte et ça fait un gros bouton deux fois plus gros et surtout ça continue à gratter…
(je ne vais pas m’en sortir de cette tentative de définition d’un mot qui, si ça se trouve, n’existe même pas. Ou alors au prix d’une pirouette de laquelle je ne suis pas sûre de retomber sur mes pattes) (je me dis pourquoi j’ai commencé à parler de ça, pourquoi j’ai pas écrit ce que je voulais au départ, j’avais dans l’idée de rédiger une petite « philo-sophie » sympa, toute simple, et voilà je n’ai pas écouté ce que mon cœur me disait…)

Ta ta ta ta ta ! (roulement de tambour qui annonce l’acrobatie)

Abréaction ! (c’est un peu comme abracadabra)

Me voilà libérée de l’angoisse de la page blanche !

(là, je salue et le rideau se ferme)

23.05.2008

philo-sophie en librairie

Il y a des rêves que l’on a. Longtemps on ne sait pas ce qui tient du rêve (au sens irréel, imaginaire, qui ne se réalisera jamais) et ce qui tient du ventre (c’est-à-dire qu’on voudrait vivre ça absolument, cela semble impossible de ne pas-jamais).
Il y a aussi des heures de travail que l’on fait. Avec le plaisir, les doutes, les questions, l’envie tout le temps. Trimballer un petit cahier, tout arrêter pour y noter un mot, une phrase.
Il y a les découragements.
Je me souviens d’un rendez-vous professionnel très très raté, avec la pluie sur moi et mes jolis cheveux tout bien coiffés à l’aller, collés au visage à cause de la pluie au retour, et cette lettre qui était arrivée pendant le rendez-vous misérable qui disait «  gna gna pas assez, trop, bref pas notre ligne éditoriale ».
Alors, pitoyable, devant mon miroir, tous mes refus en main et en tête, le brushing disparu, je regardais ce qu’en l’espace de 2 heures j’avais perdu comme espoirs et comme confiance. « T’es même pas belle ! », je me suis murmurée… (ça m’a fait un peu sourire du coup) (et après j’ai pleuré) (enfin à ma façon, parce que je fais partie de la secte de ceux qui pleurent à l’intérieur) (c’est pour ça que j’adore éplucher les oignons et faire de la moto très vite, parce que ça fait couler les larmes sur les joues)
Et la vie a continué.

Il y a aussi la réalité qui prend forme. Qui devient un texte. Fini. Un objet. Fini.
À lire, à commenter, à diffuser, à assumer, à offrir, à expliquer, à vendre…
Je ne savais pas que cette étape contenait avec l’excitation autant de trouilles. (j’aurais pû m’en douter, vu que je suis la fille du monde qui a le plus peur tout le temps).

En philo-sophie, on considère que l’expérience des uns va bien aux autres – et vice versa – donc,
Il y a de la panique à finir les choses (et oui, c’est d’un confortable de jamais rien finir, de rester vaguement dans son rêve, zéro risque de se planter…)
Il y a du désir d’être aimé dans chacun de nos gestes (ah, ce serait tellement bien d’être une sorte de personne idéale qui fait l’unanimité, de ne jamais décevoir personne…)
Il y a du bonheur à faire-être-vivre comme on aime (ça, c’est pas évident à organiser, mais faut pas se résigner, faut s’acharner et s’obstiner malgré les petits moments affreux seul devant sa glace et le cheveu qui dégouline et la terre entière qui nous comprend pas)

Mon livre se vend dans des librairies.
Depuis une vingtaine d’années, quand je disais «  j’écris », immédiatement après on me posait cette question : « vous avez édité quoi ? », question à laquelle je répondais « rien ». Flop.
Désormais je pourrais répondre La libraire a aimé.
(c’est trop stylé, comme dirait mon fils, qui lui focalise sur cet aspect-là de l’événement) (mais au fond c’est peut-être lui qui a raison…) (ce « trop stylé » contient en lui-même ma joie immense que j’ai encore un peu de mal à exprimer).
 
Il y a matière ici à reprendre du magnésium… et à vous remercier de participer à l’aventure de toutes ces écritures !

08.05.2008

philo-sophie vraiment bien !

Ce matin, je voulais parler des nourritures affectives, du bonheur quand il se diffuse à ce point-là, de l’émerveillement du débutant face aux réflexes du professionnel, du sourire idiot qui ne me quitte pas depuis vendredi (un peu sainte-sophie doublée de la face béate du merlan frit), d’une grand-mère qui au milieu de sa résignation à être vieille et rangée dans une maison de retraite sourit de tout son dentier en disant « mais c’est vraiment ton nom écrit sur la couverture ».

Je voulais parler des émotions (tellement), de la fierté d’une petite jeune fille parce que c’est son premier livre dédicacé qui n’est rien comparée à la mienne de la voir repartir avec mon livre serré dans la main, d’une lecture à voix haute qui raconte ma musique…

Je voulais parler enfin du sentiment d’être vraiment bien, vraiment bien et pas juste bien, et de se sentir comme à sa place (penser à vous dire qu’on peut être soi-même et émue, que le trac n’empêche pas de parler,  que Sartre l’avait dit « On est ce qu’on fait » et que j’ai vérifié) (c’est un vrai bon tuyau, le truc de Sartre, si tu fais rien il ne se passera rien de toutes façons)
 
Et puis je me suis dit, mais comment fait-on la différence entre un truc "bien" et un truc "vraiment bien" ?
Démonstration par l’exemple.
Je développerai un cas peut-être davantage approprié aux filles.
(mais pour les garçons plus binaires qui seraient parmi les lecteurs, je conseille l’exemple du match de foot : "bien" c’est aller jusqu’en finale de la Coupe du Monde et perdre aux penaltys, "vraiment bien" c’est la victoire de 1998) (ce qui est bien avec les personnes binaires, c’est que c’est moins compliqué à expliquer, si on choisit les bons termes, ça leur parle tout de suite. Et ça, pratiquer la pensée binaire, je m'y essaie régulièrement, ça me fait des vacances) (un peu comme quand on vous conseille de prendre un bain pour vous relaxer)
Donc pour les autres, filles et toutes personnes compliquées qui se vautrent dans la nuance, je prendrais le cas de l’achat de la paire de chaussures.
 
« Vraiment bien » : c’est la nouvelle paire de chaussures qui va avec tout. Les magiques, faites pour redonner de la valeur à toute une garde-robe, on les enfile et cette jupe qui ne ressemblait à rien devient soudain la pièce maîtresse d’un dressing en désuétude, même le tee-shirt H&M a l’air siglé Chanel du coup. Cet événement grandiose se vit d’abord en face à face avec soi-même. Puis avec son miroir  (et on se les regarde ses godasses toutes neuves, de face, de profil, d’en haut…) Et enfin nous voilà avec des ailes ! Marchant dans les rues comme un top model avec en plus l’assurance délicieuse du combattant qui affronte le parcours !
 
« Bien » : c’est la nouvelle paire de chaussures (hyyyyper belles) qui va avec… RIEN.
 
Vous mesurez ici immédiatement l’immense différence.
 
Alors, pour résumer, en ce moment j’ai l’impression de m’acheter la paire de bottes de 7 lieues, celles avec des grandes ailes sur le côté, tous les quarts d’heure !
 
Ce qui ne m’empêche pas de lorgner sur une paire de nu-pieds argentés, toutes simples donc d’un prix indécent. Parce que l’être humain est un être de désir… Mais ceci est une autre philo-sophie.

À suivre…

28.04.2008

Au théâtre ce soir : philo-sophie !

Sur une scène de théâtre, les acteurs ont le droit de fumer. Pourtant, c’est très public comme endroit le théâtre, puisqu’il y a un public justement. Il existe, je vous l’accorde, comme autrefois dans les bars et restaurants, une frontière invisible qui sépare en deux l’espace : fumeur et non-fumeur. Mais le théâtre l’a compris depuis le début, cette frontière a toujours été totalement inefficace. Le texte passe de la scène aux fauteuils, le spectateur ressent, respire et profite de la fumée…
Tout d’un coup, ce simple geste d’un acteur qui tire sur la clope et les volutes qui se mélangent à la lumière, me rappelle qu’ici (là où ça crée, ça invente, l’art avec le A petit ou grand) c’est ni un espace public, ni un espace privé : c’est un espace de liberté. Le seul qui reste, ou le seul qui perdure envers et contre tout, l’art c’est sans doute aussi à ça que ça sert, à être de la liberté. Liberté utilisée par des gens qui sont un peu dingues d’être libres à ce point-là et qui nous font du bien.

Sans eux, nous serions emprisonnés.


( quand je dis qu’ils sont dingues, évidemment, je relativise ) ( je me souviens d’une époque où je travaillais à vendre des choses sans grand intérêt et je passais des journées entières à régler des problèmes qui n’en étaient pas et il ne me restait que le temps de dormir et tout le monde trouvait ça normal comme vie)
Donc, voilà, je savais, mais tout d’un coup devant le spectacle, je me suis souvenue un peu plus qu’il y a des endroits où la liberté se respire.
 
Bon, en philo-sophie, on sait qu’on peut toujours voir les choses sous un autre angle (thèse, anti-thèse, synthèse) : au théâtre, la tragédie servait aux grecs de catharsis (en gros, voir le spectacle de la souffrance permettait aux citoyens de l’Antiquité de se débarrasser de leurs propres angoisses et de se faire un peu d’auto-morale : voilà bien tout ce qu’il ne faut pas faire en vrai si on ne veut pas finir fou ou mourir). Donc voir fumer l’acteur devrait me permettre de fumer à travers lui… Ah, mais si la vie était si simple ça se saurait !
 
Croyez-moi, il y a matière ici, à sortir de chez soi…

11.04.2008

L'érotisme de la "philo-sophie"

Comment se transformer en mystère…
Dans la fiction, il y a un truc important qui est le suspense. C’est une sorte d’étirement de la question. Un temps un peu suspendu (suspense, forcément) dans lequel on ne sait rien ou pas grand-chose, dans lequel ça titille (j’ai trop envie de savoir !), dans lequel on cherche et on se tortille de désir de connaître la réponse (mon dieu, mais que va-t-il se passer ?). Un vrai moment de bonheur, un rien masochiste. Et dans le rôle de celui qui a envie de savoir, on se délecte.

Alors imaginez une seconde que vous deveniez cette chose que l’on désire connaître avec la même intensité qu’un spectateur a envie de découvrir qui se cache derrière le costume de superman…
Comment ça marche ?
On donne des pistes (petites mais très mystérieuses) (pas trop non plus, sinon le spectateur est perdu et vous prenez le risque qu’il décroche), on joue à cache-cache et on étire le temps. C’est le plus dur. Il y a des impatients, des impulsifs, des excessifs parmi nous et pour ceux-là c’est un vrai challenge.
N'être pas là, ou un peu, trop peu. Ne pas se dire tout entier, tout de suite. Donner faim.
(en langage de filles : ne pas téléphoner à son amoureux toutes les 5 mn, savoir attendre que ce soit lui qui appelle) (c’est là qu’est le challenge, entre autres)
Attention, la vie de mystère est dangereuse et comporte des risques, comme
disparaître complètement (et dans ces cas-là on peut carrément vous oublier. Du coup, de mystère vous passez à légende, et une légende c’est un vieux truc qu’on n’est même pas sûr que ça a existé un jour) (c’est pas marrant de devenir une légende, on peut finir abandonné, tout seul, sur une île déserte).
L’autre danger, c’est de devenir incohérent, brouillé, trop compliqué, voir inaccessible parce que trop haut dans les limbes du mystère. (un peu comme une pythie, ces espèces de bonnes femmes dans l’antiquité qui disaient tout et son contraire en langage codé et il n’y avait que les spécialistes pour pouvoir traduire) (en général les professionnels des pythies, c’est des types pas nets qui se croient importants, donc pas fréquentables).
Bref, pour devenir un mystère, il faut savoir doser. Une sorte de strip-tease de soi-même…
 
Il y a matière, là, à se déshabiller lentement…

29.03.2008

Y a-t-il une philo-sophie dans l'avion ?

ou Comment faire pour faire quand on sait pas comment faire, ni quoi faire ?

Ce matin, je me lève avec l’ambition de ceux qui ont le vertige mais qui vont quand même sauter en parachute.
Le questionnement (que je pratique régulièrement au lieu de faire des abdos, ou d’aller à la piscine) est un truc vicieux (je peux bien le dire maintenant que vous êtes accros). Indispensable, certes, mais vicieux.
Exaltant, c’est vrai, mais vicieux.
Enrichissant je l’avoue, mais vicieux.
Parfois cela vous entraîne loin, très loin.

C’est en gros le trajet dans l’avion, oh c’est joli les nuages, tiens j’avais jamais vu la terre sous cette angle. Et malgré la peur qui nous envahit, on s’interroge, on s’interroge. Un déroulement de la pensée sans fin, assis là dans le corps de l’avion, et y’a la carlingue qui tremble sous la pression, et ça fout les ch’tons mais on réfléchit. "Je saute ou pas. Si je saute, je serais fière de moi et mes parents seront super fiers, et puis les autres aussi. Parce que personne me croit capable de le faire, même moi je suis pas sure d’être cap. D’ailleurs je me demande bien ce que je fous là. Pourquoi je suis pas restée tranquille, en bas, les pieds sur le sol ferme. Déjà que je me casse la figure en descendant les escaliers, franchement sauter en parachute… Mais si je saute pas, qu’est-ce qu’on va penser de moi ? Oh, et puis qu’est-ce que je risque finalement ? Mourir, c’est tout. Ou alors d’atroces souffrances à cause des 26 fractures que je vais me faire en m’écrasant lamentablement dans un arbre qui sera là exprès. Parce qu’avec le bol que j’ai, le seul pin parasol qui va se trouver dans les parages, il va être pour moi."
Des questions, des questions, encore et toujours des questions…
Et puis tout à coup, l’instructeur va dire Go, Go, GOOOO !

Ce saut un peu fou, ce plongeon où ça transpire dans la combinaison, ce geste courageux et poétique à la fois, c’est le passage à l’acte.
La descente qui s’ensuit fait place à la contemplation, et à la satisfaction personnelle.

Conclusion : sachant que dans l’avion, t’étais paniqué et t’avais l’impression d’avoir 3 ans, quel est le meilleur moment de cette aventure ?
Le moment où tu sautes !
 
Précision : l’auteur de cette philo-sophie confesse que jamais, au grand jamais, elle n’a sauté en parachute. Et que ça m’étonnerait bien qu’elle se mette un jour dans une situation pareille.

Mais il y a quand même, ici, matière à méditer…

08.03.2008

Résumé de philo-sophie


J’ai entendu parler
Du besoin d’être aimé, et plus que ça
Des souvenirs de l’enfance et des pères, les blessures que ça laisse, les adultes que ça fait
Des routes et les chemins qui s’empruntent en attendant le bon, et aussi les virages qu’on négocie et les impasses, et ceux pour qui ça roule
De l’importance des rencontres
De la précarité et des risques
De ruptures : avec un autre, avec un métier. Et puis le mot rupture a pris la forme d’un président, alors j’ai décidé de ne plus utiliser ce mot.
Des choses qui s’arrêtent brutalement et des difficultés pour se reconstruire
De la solitude au milieu
De l’image qu’on donne, des autres qui vous regardent ou pas, comment ils vous regardent
De tas de trucs sur le temps qu’il fait, fera, était, devient, avec les nuages, le vent, l’hiver qui vient pas, l’été qu’on attend qu’il revienne
De si on fait des concessions, faire la pute ou être diplomate, de la limite que chacun se fixe
De se vendre
De se donner
De s’assumer, s’affronter, s’attaquer à soi
Des mercis se dire vraiment
Des colères, des « j’comprends pas ce qui se passe », c’est pas possible, de Groland qui devient en vrai en moins drôle
Et du monde qui tourne pas rond, qui change et de nous dedans.
Et de la banquise qui fond
Une jeune fille : « si tu regardes autour de toi vraiment, tu deviens fou »
D’amour comme je savais même pas que c’était possible


J’ai vu
Des larmes retenues juste au bord. Sans honte.
Des mains amicales se poser sur les épaules, les cuisses, les mains avec des bises
La mer Méditerranée et l’océan Atlantique, la neige aussi.
Des gens aller les uns vers les autres et s’arrêter. Un peu d’intensité dans les croisements
Des gens qui avaient l’air très très très riche, mais vraiment très très très riche
Des affiches pour vendre des voitures avec des fleurs qui poussent derrière les pots d’échappements
L’origine du monde en vrai et ça m’a fait du bien cette liberté, cette provocation, cet amour, et puis Lacan qui l’avait planqué chez lui. Comme si la proximité avec les œuvres étaient contagieuses un peu
Des couvertures de magazines qui ressemblaient à des attentats à la pudeur
Des yeux grand ouverts, écarquillés, sur des photos, des tableaux, des dessins, des écrans, des lumières, des paysages
Des émotions traverser les visages…

J’ai
Travaillé plus pour moi (plus d’écritures, plus de lectures), pour gagner plus du bonheur
Ecouté davantage et compris 2 ou 3 trucs essentiels
Evité de prendre des résolutions et fait ce que je pouvais
Voté, et regardé la télé qui se prenait pour le cirque et la galerie des monstres

Pris le temps pour ce qu’il est : un présent.


Et puis j’ai écrit des philo-sophies et j’ai aimé ça.

22.02.2008

Vous reprendrez bien un peu de philo-sophie ?

Il y en a comme ça qui n’aiment pas finir. Son assiette, par exemple.  Terminer les choses, c’est compliqué pour certains. Parce qu’il faut se confronter à quelque chose comme l’échec, le sien. Ça c’est la version officielle. On détourne, on contourne, on repousse, on en laisse un petit peu. Parce que quand ce sera fini, on se retrouvera en face du truc, raté sûrement (ben oui, on est dans le cas de figure de la peur de l’échec, c’est-à-dire incapable d’imaginer qu’on puisse faire autre chose que de se planter en beauté) donc si j’en laisse un petit bout, peut-être que ça se verra moins…
Bon, je vais vous le dire en toute franchise et vous révélez la vérité (un peu comme le père noël, attendez-vous à un truc qui va radicalement changer votre vie) : les gens considèrent que quelque chose est raté quand ça n’est pas fini. Et même terminé mais foiré, les gens trouvent qu’au moins vous avez eu le mérite d’aller jusqu’au bout…
(je sais, les gens pensent pas toujours comme on imagine, les gens sont fatigants)
Et puis, dans cette façon de traîner et d’en laisser toujours un petit bout, il y a l’émotion, l’affectif. Finir, c’est partir, c’est quitter. Finir, c’est mourir un peu… (voilà, le mot est lâché, le gros et grand mot qui fait peur).

Alors, figurez-vous, que quand on finit son assiette, on ne meurt pas. (à moins d’avoir une crise cardiaque pile au moment où on vient d’avaler le dernier morceau de pain qui a servi à saucer, mais là c’est pas de bol) (la philo-sophie ne peut pas tout prévoir non plus)
Et encore mieux, quand on finit quelque chose, le sentiment d’avoir abouti donne un élan de vie et l’envie de s’attaquer à la suite, à autre chose. Faut digérer un peu (normal, comme on vient de lécher l’assiette et qu’on s’est gavé, on a un temps de digestion inévitable) et après, hop, on s’attaque à autre chose !
 
Ce qui est bien en philo-sophie, c’est qu’on peut aussi décliner l’inverse et rendre hommage au petit bout qui reste dans l’assiette : avoir toujours encore un peu faim…

Il y a matière ici, je crois, à manger du foie gras et en redemander !

05.02.2008

Les malheurs de "philo-sophie"

Les décisions que prennent les autres et qui ont des conséquences sur nos vies : comment s’en débrouiller ?
 

C’est difficile d’accepter de subir. Très énervant en fait. Envie de donner des gifles quelquefois. Des grosses gifles, avec des coups de poing. Ou au moins gueuler très fort, remettre les choses en place. Mais souvent, pas moyen, il faut juste se démerder avec les conséquences. Parce que réagir (dans la colère) pourrait aggraver les conséquences, tout au moins ne rien améliorer du tout.
Bref, quelquefois ça ne sert à rien de se mettre tout rouge et de hurler très fort.
Le seul truc intelligent à faire, c’est se prendre par le bras et gravir la montagne (ça n’est pas simple de gravir un sommet en se tenant par le bras, je vous l’accorde) (mais prendre en main les emmerdements à venir c'est pas simple alors il y a une certaine efficacité à cette image, à première vue confuse). Donc il faut s'y coller.
Accepter de perdre du temps et de l’énergie pour régler un problème que l’on n’a pas créé, pas choisi. On voit bien comme ça pourrait être tellement simple, et qu’en face ça s’obstine obstinément à compliquer. Soit. On a pris conscience de l’absurdité de la situation. Surtout ne pas s’attarder là-dessus.
Faut s’y mettre. Dans l’ordre. Pour soi.
Est-ce que ça rapporte quelque chose ? Pas au sens « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » (parce que oui, forcément, quand on en a chié, on se débrouille pour que ça nous serve à quelque chose). Et si vous êtes bouddhiste, alors ce chemin de peine-là doit vous mener tout droit à une prochaine vie sur terre où vous passerez au stade supérieur. En philo-sophie, on ne croit en rien de ce genre-là (imaginer qu’un jour je serai caillou ou poisson rouge, ça me terrorise d’avance) (surtout quand je pense à la façon dont j’ai traité les poissons dans Les malheurs de Sophie )

Éventuellement, ça va mieux après. C’est fait, on a réglé comme on pouvait les conséquences, voilà. Petite victoire.
C’est déjà pas mal, finalement…

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