29.10.2009
Revues de choses en vrac
Allons-nous finir emmurés ?
C'est le titre d'un article très intéressant dans Télérama, celui du 28 octobre.
"La mobilité des hommes est un mouvement irrépressible et mieux vaudrait l'accompagner que chercher à la réprimer. En maintenant des millions de migrants hors de notre monde commun, on crée le désordre en voulant la mise en ordre. Il est réaliste d'affirmer que l'obstination à s'enfermer dans ses frontières, à cultiver l'entre-soi, ne tiendra pas."
Et Wendy Brown (politologue américaine) conclut :
"Un jour, les murs qu'on érige aujourd'hui pour nous protéger d'éléments étrangers deviendront inévitablement, eux aussi, des prisons."
Dans la perspective du texte mis en ligne précédemment, j'ai entrevu un peu mieux ce que nous vaudrait un jour cette fameuse identité nationale (oui, je suis née en france, je n'en tire pas de fierté particulière puisque je ne sais pas ce que cela fait d'être autrement que française, le hasard m'a mis ici et je dois convenir que j'aurais pu tomber plus mal, et si j'ai chanté un jour La marseillaise c'était en punition dans un pensionnat très très catholique…)
Donc il y a les murs, ceux avec des briques et des barbelés, celui qui est tombé et tous ceux qu'on érige, ceux aussi qui se construisent dans les esprits. La seule identité nationale qui me donne des frissons, c'est quand l'équipe de france joue bien au football… Et le seul mur que j'aime, c'est celui qu'on utilise comme support d'oeuvres sauvages.
Au début de ce Télarama, il y a aussi dans le courrier des lecteurs, un Monsieur Pierre Nigay, qui envoit cette citation de Pascal, sorti des Pensées :
"Que la NOBLESSE est un grand avantage qui, dès 18 ans (23…) met un homme en place, connu et respecté comme un autre pourrait avoir mérité à 50 ans. C'est trente ans ganés sans peine."
Là, je me suis dit, en voilà une belle d'identité nationale, celle d'un vieux penseur mort MAIS français ! et qui sû exprimer avec élégance ce qu'on a entendu ces derniers temps dans les medias. (Mais oui, rappelez-vous, c'était la petite histoire de la semaine dernière, vous savez, celle qui occupait tous les esprits pendant que l'on ramenait dans leur pays pas si dangeureux que ça puisque même l'ONU n'arrive pas à se protéger…)
J'avais prévenu, c'est le désordre ici. (et encore, vous n'avez pas vu ma chambre…)
INFO DE DERNIÈRE MINUTE : demain, vendredi, à Bordeaux, à LA MACHINE À LIRE, Michèle LESBRE en dédicace à partir de 18h30 > J'y serai avec mon exemplaire de Sur le sable sous le bras…
La photo est empruntée au site de JR, grand photographe et animateur de murs !
GRAND JEU : j'ai cherché dans mes archives de blog le billet où je cite la fameuse question de jean Tardieu "étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ?". Le premier qui retrouve le texte en question parmi mes archives aura un cadeau (livre) !
19:15 Publié dans Les petites résistances | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : mur, écrire partout, garder les yeux ouverts, street art, michèle lesbre, mobilité
27.10.2009
Vies privées #4
Pour peu qu’on n’oublie pas qu’on est « un homme fait de tous les autres et qui les vaut tous ».
Jean-Paul Dubois citant Jean-Paul Sartre
J’ai grandi trop vite. On ne se rend pas compte comme c’est dangereux de devenir un adulte. Je suis né au Zaïre, il y a 19 ans. Ce que je sais de ce pays, c’est ce que j’ai lu dans le dictionnaire, et puis une fois un reportage à la télé. J’ai quitté le Zaïre à l’âge de 3 ans.
J’ai grandi trop vite. En France. Maintenant j’ai des menottes pour que je reste tranquille à ma place dans l’avion qui me ramène là-bas. Ils disent que c’est chez moi le Zaïre. Si je pouvais choisir où c’est chez moi, ça serait dans une petite maison sur une falaise irlandaise. Ça, j’aimerais. J’ai toujours adoré les images de ces paysages, et les histoires de fantômes, et les ciels gris avec le vent glacé.
Ils croient que « chez moi », c’est l’endroit où on est né. C’est tellement simple comme perspective. La loterie… T’as du bol ou t’en n’as pas.
Jusqu’aux 18 ans, je croyais que j’allais faire ma vie en France. C’est la seule langue que je parle. Pour l’Irlande, je me disais « c’est foutu » vu que je parle pas anglais. Ou alors quand je serais vieux peut-être. C’était un rêve. J’ai eu mon diplôme de CAP électricien cette année. Pour l’épreuve de math, j’ai eu une bonne note qui a rattrapé la note de français. Je suis nul en orthographe.
Les menottes, c’est obligé parce que sinon je vais recommencer à me débattre. Je ne voulais pas partir dans l’avion. J’ai peur.
Je suis devenu comme un animal tout à l’heure, le policier il a dit « putain on dirait un fauve ». C’est parce que j’ai peur, normalement je suis tranquille. Maintenant je sens les bracelets qui me serrent les poignets, c’est douloureux, je ne peux pas bouger, même pas me gratter les yeux. Je crois que j’ai pleuré, avec la rage et la peur.
J’ai grandi trop vite. Pourtant j’avais tellement envie de devenir vite un homme, d’être amoureux, de trouver un travail et d’aller boire un coup avec mes collègues.
19:43 Publié dans Les petites résistances | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : dessin lexa, textes et images protégés, mais pas les gens…
20.07.2009
Provoc, sex-toys & présumés innocents
Parmi les moments aimés de l’été, depuis très longtemps il y a la lecture dans Libé de la Semaine d’un écrivain.
Ce samedi, c’était Atiq Rahimi.
Tout à coup, au milieu des articles (Le festival d’Avignon, le tour de France, Carla en gougeate au G8, le PS qui pense que le plus important c’est d’avoir des idées et d’être rassemblé), et de ce style journalistique, il y a l’écriture différente avec cette façon unique qu’ont les auteurs de regarder le monde. Leur manière de dire l’actualité toujours mêlée à des détails de vie, des sensations. Beaucoup de questions aussi.
Je n’ai rien contre l’écriture d’un journaliste, et il y a d’ailleurs dans Libé souvent de beaux portraits, mais celle des écrivains parle une autre langue. Ils interrogent, ils ressentent, et les bribes de ce qu’ils condensent dans cette page me donnent toujours à penser.
Atiq Rahimi, aujourd’hui, parle de son voyage au Brésil. Il est avec Sophie Calle, Grégoire Bouiller (et je comprends qu’il est le monsieur de « Prenez soin de vous », ils vont se parler en public, Atiq Rahimi raconte ça, cette rencontre), il y a aussi Catherine Millet. Il parle, comme chaque écrivain dans cette page systématiquement, du pouvoir de la littérature. Pas de ce pouvoir dont on use pour asservir l’autre, mais ce pouvoir qui est une puissance, une énergie, une incomparable force à soulever les montagnes, les hautes devant soi et celles du dedans…
Je lis cette page depuis longtemps avec au fond l’envie secrète de raconter un jour moi aussi ma semaine d’écrivain.
Et aller moi aussi au Brésil avec les artistes français et dire des choses du monde et de la vie.
Me promener en bateau avec Sophie Calle et Catherine Millet.
Dans le train pour rejoindre Avignon (pour le festival 2009, on parle de Jan Fabre, de son énième provocation, les acteurs commencent le spectacle en se masturbant sur scène face au public, puis plus tard l’un d’eux s’enfile dans le cul le canon d’un fusil. Un ami acteur me dit son ras-le-bol de cette provocation qui pour lui n’en est plus/pas une – Pour dire quoi ? Oh, les gars faut passer à autre chose - Et il m’explique que pour lui, aujourd’hui, c’est la réalité qui est provocante. Il cite le spectacle qu’il a vu, Ticket, Avignon Off, 45 minutes d’embarquement dans la vie d’un clandestin aux mains des passeurs. En 45 minutes, tu comprends quelque chose, tu te questionnes, tu envisages l’horreur de la situation.)
Je reprends… Je suis dans le train, je roule vers Avignon, je lis à présent Les Inrocks, un article sur le procès de Présumés Innocents, exposition qui eut lieu à Bordeaux au CAPC. J’ai vu cette expo, de loin une des plus fortes vues dans ce musée. On accuse les organisateurs de "Diffusion de messages violents, pornographiques ou contraires à la dignité humaine susceptibles d'être vus par un mineur "
Je ne comprends pas que le monde de l’Art ne soit pas dans la rue à brandir des pancartes pour défendre la liberté des œuvres, à travers ici les organisateurs accusés.
Je ne comprends pas que la Justice joue le jeu d’une association comme La Mouette qui s’érige en moralisateur de musée et qui est à l’origine de la plainte.
J’ai l’impression qu’il y a à Bordeaux une relative indifférence à ce sujet. Mais je suis peut-être mal informée. (dans le magazine municipal "Bordeaux Culture" de l'été : pas un mot. Par contre, des tas d'autres mots sur Evento, la nouvelle manifestation culturelle bordelaise. J'y reviendrai)
Je pense que notre nouveau ministre de la Culture pourrait faire là son premier grand acte, courageux et honorable, en prenant la défense de cette exposition. J’ai vu des atteintes à la dignité des adolescents qui ne dérangent personne : des parents qui conduisent bourrés, une société qui en fait des petits consommateur-chômeur-futursurrendettés-malbarrésurlaplanète sans se soucier si tout ça est digne ou non…
Et puis même, je crois profondément que l’Art est le seul espace de Liberté, où la morale n’a aucune place. La morale prend la définition de l’état qui l’applique, la morale change en fonction de ceux qui dirigent, la morale est une donnée subjective qui se prend pour le roi. L’Art n’a aucun rapport avec la morale.
Je repense à ce petit garçon âgé de 5 ans, Jackson de son nom de grande famille, dont le père prétend aujourd’hui qu’il a été victime d’un meurtre et dont il est sans doute le premier assassin…
Dans le même Libé du jour, on lit également qu’aux USA plus de 50% des femmes ont déjà utilisé un vibromasseur (sex-toy pour ne pas heurter, sont forts en marketing les vendeurs du monde), les hommes aussi à 30%. On y parle de trucs immenses enfoncés dans l’anus, c’est une étude scientifique qui permettra, entre autres, de préparer les médecins à retirer des objets de nos fondements de plus en plus souvent. Peut-être que Jan Fabre a voulu parler de ça, de l’évolution de la médecine… L’article est drôle, assez bien écrit. Mais il ne dit rien d’autre que ça.
L’écrivain, lui, envisagera les possibles, les ombres, les expériences, les pudeurs dépassées et les interdits bousculés. Il imaginera le rouge aux joues des premières aventures avec l’objet, les cachettes secrètes pour enfouir le jouet coquin, les plus pervers, les découvertes hasardeuses, les envies tûes avec un époux et expérimentées avec un amant…
Il aura le souffle de poser des mots ailleurs, de laisser rêveur un lecteur, d’intriguer le monde avec des énigmes qui parlent de désir.
Pendant ce temps, Atiq Rahimi faisait du bateau au Brésil avec Sophie Calle et Catherine Millet. Des femmes sans burqua avec un pakistanais qui a désormais des papiers français. Les artistes sont des gens libres. Heureusement pour nous.
09:49 Publié dans Les petites résistances | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : présumés innocents, bordeaux, sophie calle, la littérature est la plus forte
23.06.2009
Et je suis devenue Zidane…
Ça n’a pas commencé calmement.
Tout de suite, dès 21h, ils étaient là, sous ma fenêtre, de plus en nombreux. L’effervescence des uns, la bière des autres.
Cette rue résonne. Je pense que c’est à cause de cette grosse Cloche, qui est posée sur un bout de vieux rempart, et qui abrite la sainte église d’Éloi (un dimanche, il y a quelque temps, ils ont fait procession. Ils chantaient en latin, le prêtre secouait l’encens et ça m’a rappelé quelque chose qui n’a rien à voir avec les églises que j’ai très peu fréquentées, je ne sais pas quoi. Les prieurs-chanteurs marchaient donc derrière cette sorte de baldaquin-parapluie qui doit avoir un nom théologique. Devant, sagement, des enfants de chœur. Certains habillés de rouge, comme des minis évêques, un surtout, le cheveu très court, les mains jointes et son visage sérieux, ferveur. C’est cette église-là qui vit en dessous de la grosse cloche. On dit qu’il y eut ici des cachots…).
Donc peut-être à cause de cette énorme cloche, bref, ici t’éternues et toute la rue se mouche.
C’était comme si tous ces gens, venus assister à la soirée-concert, tous étaient assis avec moi sur mon canapé.
Il faisait chaud. J’ai fermé les fenêtres. Qui ont des vitres simples. Simples comme fines. Simples comme qui servent à pas grand chose.
J’ai monté le volume de la télé. J’écoutais Guyon parler à Envoyé spécial.
Plus tard, je suis allée lire. J’ai changé 3 fois de livres.
J’ai appelé la police.
J’ai mis des boules quiès. Comme les vitres, simples et inutiles.
J’ai regardé l’heure. J’ai rappelé la Police. Je me suis excusée de téléphoner encore, pour ça, alors qu’il y a des veuves en détresse et des orphelins à sauver.
Mais j’avais besoin d’aide.
Parce que je ne pouvais plus faire autre chose que penser à ça.
Et je n’ai pensé qu’à ça jusqu’à 1h30 du matin.
21h – 1h30
C’est long avec le bruit des autres qui prend toute la place dans ta tête.
Là, quand la musique s’est arrêtée, qu’il ne restait sur la terrasse que 4 ou 5 personnes (alors qu’un quart d’heure avant, ils étaient au moins 20), là une voiture de la BAC est passée. Ils ont dit « faut baisser la musique, ça fait 2 fois qu’on nous appelle » et ils sont partis.
Sur mon lit, j’ai dit « Mais non, partez pas, j’ai besoin d’être secourue !!!! »
En dessous, un type a dit, bien fort « c’est la connasse du dessus qui a pété les plombs, et qui a appelé les flics. Elle a qu’à aller vivre à la campagne. »
J’ai pas d’argent pour déménager.
Alors je me suis rhabillée, j’ai ouvert les volets, les fenêtres (tout ça fin comme du papier à cigarettes) et j’ai crié. (d’abord, je me suis présentée : c’est moi la connasse du dessus, et après j’ai crié.)
Je ne crie jamais. Même on trouve souvent que je ne parle pas assez fort. Je suis du genre « pointe des pieds », je dis « Bonjour Madame », je mouche mon nez, je m’excuse beaucoup, je remercie quand c’est moi qui donne une pièce (oui, je me suis surprise à dire Merci au moment où la pièce tombait dans la main tendue). Bref, je suis une fille qui fait pas de bruit.
Là, j’ai crié vraiment très fort.
Celle qui tient "le salon de thé bio qui fait du bruit comme un bar-club" m’a répondu, parmi des arguments divers et variés, que ce soir - et elle avait le droit, « j’ai le droit, elle disait, j’ai le droit et je t’emmerde » - ce soir donc, c’était une soirée à thème.
J’ai demandé « Et c’est quoi ton thème ?! »
Elle a répondu « Citoyen du monde. »
J’ai fermé ma fenêtre.
Épilogue : j’ai mis toute la journée à m’en remettre. Je déteste subir. Je déteste crier comme une hystérique. Je déteste tous ces gens pseudo-bio qui bouffent des tomates italiennes en hiver et qui font des soirées écolo-bobo en buvant de la Heineken. Je déteste l’éthique équitable qui consiste à faire aux autres ce qu’ils ne voudraient pas qu’on leur fasse.
Ça me rappelle une phrase sublime d’un monsieur qu’on arrosait par mégarde et qui hurlait :
« On n’est pas des carottes ! »
Parce que dans ma rue, les fruits et légumes, les thés et les paniers tressés, les tartes et les smoothies (dieu que ce mot est moche), reçoivent plus d’égard.
Alors, oui, hélas, on n’est pas des carottes…
À SUIVRE : dans le prochain épisode, vous saurez enfin comment Ficelle organise sa vengeance.
Fera-t-elle appel à un groupe armé et cagoulé (c’est interdit, je sais, mais c’est des méchants de toute façon, donc ils s’en foutent des lois) (sont un peu cons quand même au gouvernement, ils imaginent que les méchants vont se mettre à respecter le code de la route) (ça serait nouveau quand même) pour tout casser ?
Installera-t-elle un distributeur de coca-cola devant la porte pour combattre la bio attitude ?
Organisera-t-elle un banquet de carnivores dans la rue, avec supplément poulet aux hormones gratuit pour tous ?
Vous le saurez prochainement…
18:47 Publié dans Les petites résistances | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : pétage de plomb, pavé, le bruit dehors
27.04.2009
Le danger ? Où ça ?
Il y a eu l’image de Jacques Tati dans le métro, qui fume au lieu de sa pipe un moulin à vent jaune. Jugé trop dangereux.
Il y a eu Orelsan, accusé du pire, (j’en ai longuement parlé avec mon fiston qui l’a vu en concert), donc accusé d’une chanson. Jugé trop dangereux.
J’ai vu le film Welcome. Qui accuse. Qui montrent des vies et des actes vraiment dangereux.
Et qui ne laisse à la fin de l’histoire aucun espoir.
Normal, on est dans un pays qui ne supporte ni la fumée, ni les paroles d’une chanson d’un type bourré et cocu qui en veut gravement à sa copine.
(Ô Serge Gainsbourg, Ô dieu fumeur de gitane, revenez parmi nous !)
21:30 Publié dans Les petites résistances | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
20.03.2009
peace and love…
"C’est quelque chose comme de l’art tendre. Sortir de la mièvrerie, que les choses à dire se mélangent à ce qui nous touche. Ce que dit du monde l’émotion de voir l’homme qu’on aime au milieu d’un paysage. La subversion dans les câlins."
J’avais écrit ça il y a un peu plus d’un an.
Et je lis que la tendresse deviendrait subversive.
Forcément, ça devait arriver, pas besoin d’être sociologue pour vérifier que la gentillesse surprend, qu’une certaine attitude attendrie met à la renverse celui qui est énervé, qu’être attentif à l’autre désarme l’autre…
Les petites gens que nous sommes fatigués de certaines luttes (les pragmatiques, celles qui ont avoir avec juste faire en sorte de s’en sortir) (qui n’ont rien à voir avec les autres luttes, exaltantes, qui consistent à faire bataille POUR être épanoui, POUR un monde plus harmonieux, POUR créer sa vie comme on rêve)
Bref, ces petites gens que nous sommes, évidemment, arrivent lassés d’une certaine compétition absurde, d’une pauvre idée de l’existence basée sur de l’avoir-avoir moins face à des étrangers (des vrais étrangers, d’une autre planète) pour qui avoir c’est avoir plus-et plus encore.

Oui, oui, (comme celui d’Enid Blyton, un peu naïf dans son pays des jouets) naturellement au bout du bout il ne nous restait que pour résister cette arme magistrale qu’est la tendresse pour ce que nous sommes.
Certains diront « elle a viré baba-cool », mais non, je n’ai pas viré, je suis tombée dedans quand j’étais petite (née en 1970).
Certains penseront Mais non, ma p’tite, tu te goures, le monde est ardu, l’homme un loup pour l’homme (et même pour les grands-mères et pour les petits chaperons rouges aussi), les câlins ça va pas régler la faim dans le monde.
Et je confesse, hier soir, les ouvriers qui se rassemblent d'usine en usine et qui entrent à Compiègnes sous les applaudissements des habitants de la ville, je l'avoue, ça m'a émue. Ils étaient émus aux aussi, les durs de durs, les métiers pas marrants du tout, les pudiques en bleu de travail, ils se sont sentis moins seuls un moment. Ça va pas leur redonner du travail, à peine un peu d'espoir le temps d'une soirée. Pourtant. Ils ont reçu de la tendresse. Avec ça ils feront des enfants qui voudront peut-être changer le monde. Ou saboter la SNCF. Ou découvrir la poésie.
On verra bien…
Je vous encourage à lire le dossier de Télérama sur l’audace (surtout le passage où on fait la différence entre l’audace et la provocation) (et aussi celui où il est expliqué que l’artiste est audacieux quand il fait ce qu’il a à faire) (ainsi que le texte qui raconte les réservoirs en Amérique du sud installés là pour récolter la pépite d’énergie qui tombera peut-être du ciel – il s’agit si j’ai bien compris d’une molécule rare dont 1 gramme serait une source d’énergie quasi inépuisable – c’est très sérieux, très scientifique, et très poétique)
Ce matin, j’ouvre une porte. (dans ma tête, une à moi, c’est décidé, aujourd’hui je vais aller pousser cette porte jusque-là fermée) (je vais au moins essayer).
Petit free hug à vous…
12:30 Publié dans Les petites résistances | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : telerama, freehug, tendresse, faites l'amour pas la guerre
21.02.2009
Mots tordus…
"Lutter contre la facilité"
Me semblait que nombreux luttaient contre la difficulté.
Mais je comprends souvent les choses de travers…
22:12 Publié dans Les petites résistances | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : tu la vois la grève, etc
31.01.2009
L'homme au chapeau crie en silence
Il avance au milieu des autres.
Il n'est pas perdu. Il est là, avec les 100 000 en colère.
(au passage, on voit les façades bordelaises quand elles ne sont pas ravalées, et cette sculpture hideuse de marbre rose qui trône sur la Place de la Victoire)
Il a fabriqué sa pancarte. Son message est clair. Il est vraiment lassé, fatigué. Juste le courage et la force de la pancarte tout seul, ce jour-là.
Parmi les vus et entendus :
"Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux"
Le SLIP (Syndicat des Livreurs Indépendants de Pizza)
Des vieux qui disaient : "C'est bien parce qu'il y a des jeunes."
Des jeunes qui disaient : "C'est bien parce qu'il y a des vieux."
"Le savoir coûte cher : essayez l'ignorance."
Et le désormais culte :
ET LÀ, TU LA VOIS LA GRÈVE ?
11:35 Publié dans Les petites résistances | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : bordeaux, tu la vois la grève, manif, pavé
19.01.2009
devoir à faire

Étant donné les postulats suivants, posés par un président de la république :
- Un musée de l'histoire de france…
- La culture comme identité nationale
- De l'identité vient la diversité et l'ouverture
Vous répondrez aux questions suivantes :
Le charabia des discours permet-il de progresser ?
Le petitesse faite président : cause ou conséquence ?
L'identité nationale a-t-elle un jour généré des choses positives ?
(ici, pour votre démonstration, vous pouvez vous appuyer sur des exemples du passé et de l'actualité)
À partir de là, est-ce correct ou non de mettre un F majuscule à france ?
Pour répondre, vous avez le choix de la méthode.
Les réponses "sans voix", "de plus en plus effarée", et "on est vraiment mal barré" sont acceptées.
12:20 Publié dans Les petites résistances | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : shadock, pavé, où va-t'on, musée du monde
01.01.2009
La même chose…
Ou Pourquoi il ne faut jamais faire de résolutions…
(d’ailleurs, on dit toujours prendre une bonne résolution, ce qui est une tautologie, parce que le mec qui prend des mauvaises résolutions, ça n’existe pas, c’est juste quelqu’un comme vous et moi qui fait ce qu’il peut) (on n’en entend jamais parler de ce type-là qui déciderait de mobiliser son énergie à faire des choses qui lui font du mal, parce que c’est ce qu’on fait tout le temps) (Ou alors y’a des types qui en prennent des mauvaises de résolutions mais elles sont pour les autres. Et là c’est trop facile)
Prendre une résolution (bonne of course) c’est se lever le 1er janvier et se dire cette année, je vais être un autre homme. En général, ça commence mal, puisque l’ancien homme a trop picolé et donc le nouveau a mal à la tête. Mais ça ne l’arrête pas…
Au contraire, ça le motive !
Parce qu’il culpabilise… (ce qui est le moteur essentiel de la résolution à prendre)
Etre un autre, un mieux, un moins ceci, ou un plus cela, un idéal, un parfait.
Donc pendant quelques jours, seront nombreux ceux qui veulent se métamorphoser en human perfect.
Qu’est-ce qui est parfait autour de nous ?
Les tomates rondes et rouges qui ne pourrissent jamais. Les apparences aussi.
Et puis une certaine façon de nous mentir. La crise qui arrive au bon moment par exemple pour faire des plans sociaux et rendre le bilan du président pas si mauvais (si c’est mauvais, c’est la faute à la crise) (il l’avait dit l’année dernière « je ne suis pas le père noël ») (il avait dit aussi qu’il irait chercher la croissance avec les dents) (mais c’est avec la tête que ça se cherche la croissance, pas avec les dents, il est balaud quand même, les dents ça sert à broyer les aliments) (et à mordre aussi).
Bref.
Dans les compétitions, il faut être au top. Le mieux entraîné, le mieux motivé, le mieux dopé, le mieux musclé, le mieux, le mieux.
Quand on fait des résolutions, c’est qu’on cherche à être mieux.
J’ai pas envie d’être mieux, j’essaie d’être moi.
Ma démonstration n’est pas parfaite. (c’est exprès)
Vous faites comme vous voulez.
Moi je continue… Pareil.
15:31 Publié dans Les petites résistances | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, idem












