31.10.2009
Rencontre(s)
Michèle Lesbre est une femme d’une cinquante d’années. J’imaginais une jeune auteur(e) – parce que je ne me suis renseignée sur rien qui la concerne, j’ai acheté son roman Sur le sable dans la jolie librairie de l’Isle-sur-Sorgue cet été à cause du titre, de cette belle couverture toute en typo beige – et je découvre un écrivain (15 livres déjà), une maturité, l’aisance de ceux qui savent mieux ce qu’ils sont. Pas d’arrogance du tout, mais cette rassurante impression que donnent les gens qui FONT depuis longtemps ce qu’ils veulent ÊTRE.
(Je pensai alors que j’en étais seulement à mon deuxième livre, qu’un écrivain se construit au fil des livres, qu’on ne doit pas s’imaginer que dès le départ on est une grande personne, que le travail et les livres écrits font de vous un auteur pas juste un roman, ni deux…)
En entrant dans la librairie, la libraire me salue par un Bonjour Madame Sophie chaleureux. Il y a dans ses beaux yeux bleus quelque chose qui pétille et qui déborde quand elle parle des livres, je saisis celui qu’elle me conseille (J’y suis presque, de Nuala O’Faolain). (Ce n’est pas elle la libraire de mon premier livre, c'est une libraire trop gourmande pour inspirer Corinne…)
Les chaises sont installées, je me retrouve très près de Michèle Lesbre. La libraire s’installe à ses côtés, elle pose des questions à cette femme qui prend corps alors très fort.
Elle explique, j’aime bien quand elle dit au sujet de ses personnages : « J’imagine qu’ils sont différents après cette rencontre… », elle les regarde au fond d’elle-même quand elle en parle. Je comprends cette sorte de mouvement à l’intérieur de soi, ce voyage vers cet endroit où existent les personnages.
À un moment donné, elle dit cette phrase : « quand j’étais à Bologne pour me documenter et lire des livres au sujet des attentats qui ne sont parus qu’en italien… » Ici, le fantasme reprend le dessus, je voudrais dire des phrases ainsi qui signifient Je lis l’italien dans le texte, je pars en voyage au nom du livre à faire, j’ai ce temps et cette possibilité-là…
Elle parle de son amour des livres, de la gestation du livre dans la tête avant l’écriture, de Modiano, de l’Italie, des disparitions, de la vie façonnée par les catastrophes, des blessures que trimballent les individus à cause de l’Histoire décidée par des poignées d’hommes qui eux s’en remettent, des petits hôtels parisiens, de la mer en flux et en reflux comme la mémoire.
Puis elle lit les premières pages du roman Sur le sable. Quand elle prononce ces phrases, il y a de l'interrogation dans sa musique.
Je repars avec ma dédicace, plus un exemplaire du Canapé rouge, plus le livre conseillé et plus un polar suédois.
Je repars surtout avec le bonheur de l’écriture chevillée au corps.
12:16 Publié dans Les lectures | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : michèle lesbre, la machine à lire, sur le sable, modiano, la libraire a aimé
05.09.2009
Livres de Plages…
La mer, les océans, les plages.
Le rêve de vivre devant, se lever le matin et voir la couleur du jour, l’horizon.
Un lieu à écrire.
Sur le sable de Michèle Lesbre :
Un homme assis sur la plage, avec derrière lui une maison en flammes. Une femme vient s’asseoir à côté de lui. Elle l’écoute. Il est question d’une noyade et d’un retour au début des événements. Pendant cette confession chuchotée, la narratrice s’accroche à ses propres événements, avec les livres de Modiano pour repères (dans une sorte d’association d’idées, les lieux de Modiano, les personnages avec des noms qui n’existent plus…).
Il y a des disparitions, quand les autres s’en vont pour toujours, et puis celles qu’on se fait à soi-même, quand on se quitte soi par peur de vivre.
Superbe livre.
La Baïne d’Éric Holder :
Soulac, la pointe du Médoc face à l’Atlantique. Une femme mariée avec ses deux enfants adorés, une vie de village (tout le monde se connaît), et puis un étranger qui débarque. Dans les villages, étranger c’est souvent un Parisien…
Eric Holder a une belle façon de raconter l’océan, les paysages de ce coin de gironde mélangé de vagues et de vignes. Il construit son histoire comme une boucle, avec une noyade aussi pour événement fondateur. Les livres révèlent des secrets, ils sont bouées de sauvetage. Les amants aussi deviennent des révélateurs. De lumière, de lumière intérieure.
Une belle écriture, vraiment.
(Une baïne, c’est cet endroit particulier de l’océan où se forme une sorte de bassin, un endroit calme comme un lac parfois au milieu des vagues. Forcément, c’est là qu’on a envie de se baigner. Quand on est habitué de ces plages depuis tout petit, on vous apprend à vous méfier de la baïne, car c’est en dessous que se forment les courants qui vous amènent vers le large. Avec la marée descendante, cela donne des paysages aussi beaux que ceux des rouleaux qui se déchaînent.)
(ces deux livres, une fois refermés, sont de ceux qui stimulent l’écriture, qui vous tirent vers le haut, qui vous redonnent la belle ambition et le désir de l’application à écrire)
09:52 Publié dans Les lectures | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : michele lesbre, eric holder, modiano, soulac, littérature, livre
29.06.2009
Portrait de l'artiste en hors-la-loi
09:29 Publié dans Les lectures | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : littérature, fiona capp, art, portrait de l'artiste en hors-la-loi
30.05.2009
Méfiez-vous des bancs publics !
"Elle s'assit sur un des bancs publics en posant d'abord ses gants pour se protéger les fesses. Pas question de se payer une cystite, c'était bien la dernière chose dont elle avait besoin en ce moment."
La palme d'or de la phrase la plus nulle que j'ai jamais lue !
Et il y en a d'autres dans le livre… La princesse des Glaces de Camilla Lackberg.
On m'a dit que la traduction n'était pas terrible, certes, mais en même temps traduire le passage cité au-dessus c'est pas non plus un gros challenge littéraire.
Donc j'apprends qu'on attrappe des cystites en s'asseyant sur un banc (ça passe à travers le jean, les collants, les manteaux ! Parce qu'ici on est en suède et il fait très froid à ce moment-là dans l'histoire).
J'adore aussi le coup malicieux des gants. Parce que c'est bien connu : les gants ça protège des cystites, alors que les pantalons pas du tout…
Et puis le coup de grâce, avec la "dernière chose dont elle avait besoin", puisque tout le monde sait que la cystite c'est utile et que y'a des fois où c'est moins chiant de l'avoir que d'autres.
Je le lis jusqu'au bout pour vérifier si le coupable est bien celui que je crois (ça sert à ça un thriller), c'est une lecture sans envergure qui va bien avec mes boules Quiès et l'envie de facilité que je recherche actuellement.
(mon propre livre est terminé, celui qui s'appelle Mon père n'est pas mort à Venise, et c'est un moment où je ne peux pas lire des choses trop belles, ça me renvoie à mes propres phrases que je voudrais encore améliorer, et je ne lis plus, j'écris en même temps, et c'est fatiguant)
Donc La princesse de glaces me va… comme un gant !
11:07 Publié dans Les lectures | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : la princesse de glace, absurde, perplexe, littérature policière
14.04.2009
Des livres et des bêtes…
Alors, alors…
Sur un Salon du livre à Soulac, dans le Médoc, il y aurait des choses à raconter.
J’ai pris des notes.
J’ai encore vécu quelques moments forts, qui font que l’écriture s’impose à soi davantage encore.
Mais la plus grande phrase fut celle-ci :
Une dame, d’un certain âge, tout en feuilletant les livres du stand où je suis, explique à sa petite-fille qu’elle n’a pas trouvé ce qu’elle cherchait…
Mon éditeur, à mes côtés, lui demande fort gentiment ce qu’elle cherchait, peut-être pourra-t’on la conseiller ?
- Eh, bien, voilà, répond la dame, je cherchais un livre sur le dressage des chiens, avec des astuces pour ma petite loulou…
Et elle montre une boule de poils noirs, accrochée à la laisse.
Mon éditeur, qui a pourtant un certain sens de la répartie, en est resté sans voix.
La littérature, pendant ce temps-là, se débattait comme elle pouvait…
Pour ceux qui aiment fondamentalement les livres, tout est simple. Entrer dans les librairies, attaquer un roman de 500 pages, le payer 25 €, comprendre à quoi sert une virgule…
Pour ceux qui n’ont pas cette chance-là, un livre est une chose étrange, une librairie une sorte de temple, 80 pages à lire déjà un combat (j’en connais certains qui comptent les pages lues fièrement) (ce qui ne viendrait pas à l’idée d’un lecteur habituel) (comme un amoureux ne compte pas les heures passées avec celle qu’il aime), bref il y a des barrières entre le livre et une partie de la planète. Des barrières hautes tels des murs de Berlin.
Parfois, ça me met en rage, qu’autant de personnes sur la terre ne connaissent pas ce bonheur-là de lire. Ne sachent pas comme on n’est jamais seul avec les livres.
Pour cette dame au chien, un livre c’est un manuel. Au fond, elle a un peu raison, c’est souvent un manuel à vivre, un roman, un manuel à connaître les autres, à découvrir… Mais un manuel avec une langue, une musique, et des tripes aussi quelquefois.
J’aurais aimé avoir l’à propos nécessaire pour lui conseiller le bon bouquin, au bon moment.
Je sais ! Mon chien stupide, de John Fante !
(et d’ailleurs je vous recommande ce petit bouquin hilarant) (même si vous n’avez pas de minuscule chien à dresser)
21:08 Publié dans Les lectures | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : soulac, mon chien stupide, littérature
03.04.2009
Merci monsieur Carrère
Je n'ai pas pleuré, jamais, en lisant un livre.
15 pages avant la fin, j'étais trop bouleversée pour finir. Je me suis levée, j'ai tourné un peu en rond, et puis j'ai soufflé un grand coup pour reprendre les dernières pages.
Je n'ai jamais lu ça : un livre et la vie en même temps, exactement en même temps. Pas de l'autofiction, pas de la métafiction ou autres concepts à cases, juste ce que je viens d'écrire :
UN livre et LA vie à la fois, exactement.
Il fallait absolument que je lui dise. Je lui ai écrit. Comme les rares fois où j'écris à un auteur, je vais jusqu'à mettre la lettre dans l'enveloppe, écrire l'adresse de l'éditeur, parfois je colle le timbre (sur celle pour Paul Auster, j'ai mis le timbre) (pour Reinhart, après avoir lu Cendrillon, j'ai écrit la lettre dans ma tête, plusieurs fois). Là, je crois que je vais la poster.
Il fallait absolument que je vous le dise, vous qui lisez tant. Ce livre est différent.
Biensûr, il est beau aussi parce qu'il choisit l'amour, pour le meilleur et pour la douleur.
Mais pas seulement. La vie est là, pas sous nos yeux comme à chaque livre, mais là, en soi-même.
À ceux qui écrivent aussi, il fera quelque chose. Il fera l'envie d'écrire encore, librement.
10:40 Publié dans Les lectures | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : lire, emmanuel carrère, d'autres vies que la mienne
24.03.2009
Journal désespéré d'un écrivain raté
par Mary Dollinger
à lire !
Des grands auteurs malmenés par des éditeurs : Stendhal, Zola, Flaubert, Hugo face à des considérations contemporaines (happy end, page turner, etc…). Et au milieu un auteur débutant qui rêve d'édition : savoureux !
10:07 Publié dans Les lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal désespéré d'un écrivain raté, mary dollinger, jacques andré
05.03.2009
Sortie de route
Auteur : Nathalie Salvi
Un conte étrange, très bien ficelé, sur un Monsieur Théodore d'une normalité inquiétante qui bascule dans une expérience mystérieuse et cauchemardesque. On y trouve là du roman d'apprentissage puisqu'il s'agit d'essayer de devenir un autre, en un peu mieux… Pour ça, il faut se mettre parfois dans la peau de celui qui est considéré comme différent. J'aime bien aussi le fait qu'à la fin, tout ne finit pas bien…
Editeur : Griffe d'encre
20:14 Publié dans Les lectures | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nathalie salvi, sortie de route, j'ai lu











