16.06.2008

Le duel : lire ou lire ?

Ce matin, j'écoute la pluie et France Inter sur le thème de "Reste-t-il une place pour la littérature à la télévision ?"
Frédéric Ferney dit que le succès d'un écrivain ne se mesure pas au nombre de livres vendus.

200 livres sortent par jour.

En tête des meilleures ventes, Lévy et Musso (2 chacun dans les 10 meilleures ventes), au milieu Mary Higgins Clark…
J'ai jamais lu, ni Lévy, ni Musso.

L'assemblée nationale a choisi de garder le prix fixe du livre. Il semble que cela soit une bonne nouvelle.

J'ai lu le dernier de Siri Huvsdet Élégie pour un américain.
Une élégie c'est le nom qu'on donne à un long poème qui serait comme une plainte douloureuse, une sorte de mélancolie. L'effondrement des hommes avec pour image récurrente l'effondrement des 2 tours et ces êtres humains qui se sont jetés par les fenêtres…
Et puis aussi je lis Bangkok, recueil de nouvelles de James Salter. Écriture lumineuse (on dit ça, une écriture lumineuse quand c'est écrit simplement mais parfaitement). Pendant quelque temps, c'est un livre de lui que j'offrais beaucoup : Un bonheur parfait. Il faut que je le relise, mais je l'ai prêté à ma voisine. En échange, elle m'en a glissé un autre dans ma boîte aux lettres avec un post-it dessus "l'abus de littérature ne nuit pas à la santé".

J'ai croisé une dame qui collectionne les livres cons. Elle leur réserve une place de choix dans sa bibliothèque. Elle m'a dit aussi qu'elle allait acheter le mien. J'espère que je finirais sous son lit plutôt que dans son espace réservé à la connerie en littérature. Déjà que je fais partie du Club "petit éditeur régional publie petit auteur bordelais"… Je voudrais pas cumuler les étiquettes…

Le monde du livre est étrangement compliqué. Je ne suis pas assez calée en Histoire littéraire pour savoir s'il en a toujours été ainsi. Je sais qu'on a fait des procès à Baudelaire, à Flaubert pour Emma Bovary.
On se demande comment sauver le plaisir de lire. On se demande ce qu'est la littérature. On se demande ce que va devenir le livre en tant qu'objet. On se demande qui gagnera de l'écran ou du papier. On se demande qui gagnera du people ou de l'auteur, de l'écrivain ou de la romancière (notez au passage que seul le mot romancier accepte le féminin).

Dans d'autres endroits du monde, on se demande comment on va trouver à manger.
Moi je dévore des livres, mais en mangeant du chocolat… Alors je ne me plains de rien. Je lis, je vis, j'écris.

27.05.2008

Premier passage radio !


podcast

Radio France Bleu Gironde : le 26 mai 2008 

 

13.04.2008

extrait du livre (ou comment apprivoiser le fait d'être publiée)

LA LIBRAIRE A AIMÉ (les premières lignes)

"JE NE SAIS PAS QUAND ILS ONT COMMENCÉ.
 Je les vois tous les jours depuis plus d’un an assis dans le même café, à la même heure. Ils ne commandent pas, la serveuse vient et pose les deux verres sur des petites serviettes blanches en papier, une assiette avec des olives, ensuite elle porte la bouteille de whisky jusqu’à la table pour les servir. Ils boivent deux whiskys chacun, tous les soirs à 19 h 30. Pour l’instant, je ne sais pas comment les nommer. Il y a cet homme aux airs discrets, presque timide, et cette femme un peu garçonne et charmante. Depuis que l’été est arrivé, j’ai remarqué qu’ils portaient tous les deux des espadrilles. Hier soir, elles étaient à rayures. Lui beiges et blanches. Elle bleu marine et blanches. Avant-hier, c’était des couleurs unies.
C’est le rituel qui m’a d’abord attirée. Que je sois assise dans ce café ou que je passe devant pour rentrer chez moi tous les soirs, depuis un an ils sont là, à la même heure. Avec leur whisky servi, et l’été leurs espadrilles. Je ne sais pas s’il s’agit d’un couple. Rien dans leurs gestes, leur attitude ne le laisse penser.
Ils discutent tout de suite. Ils ne s’embrassent pas, ni sur la bouche, ni même sur les joues pour se saluer, ils s’assoient directement. C’est souvent lui qui arrive le premier. Elle prend place en suivant à ses côtés et la serveuse vient. Ils lui disent merci au milieu de leur conversation déjà commencée. Ils parlent. Parfois, j’ai vu des silences très simples s’installer entre eux, des silences qui ne les inquiètent pas. Ils regardent ailleurs quelques secondes, perdus dans leurs pensées, et reprennent en suivant une autre conversation.
Ils se séparent au bout d’une heure. Ils quittent l’endroit ensemble. Marchent un peu plus loin. Peut-être qu’après chacun va de son côté, je ne sais pas, il faudrait les suivre. Je n’ose pas. Comme une interdiction. Je pourrais bien sûr m’approcher d’eux plus près, les épier. Alors j’en apprendrais sûrement davantage. C’est peut-être très simple et il y a sans doute une explication banale qui pourrait me contenter mais je reste à cette distance mystérieuse.
Forcément, je fais maintenant partie de leur rituel. Ils croyaient être inaperçus, mais moi j’ai vu et désormais, je participe.

Ils parlent de livres. Ils se racontent ce qu’ils ont lu. Un couple n’aurait pas besoin de s’échanger ainsi des titres de livres, chacun verrait sur la table de nuit ce que l’autre est en train de lire. »

22.03.2008

Je ne suis pas un cordon bleu

"Il ne faut pas faire de cuisine" dit un critique à un auteur inconnu au sujet de son livre et de son blog.
J'ai lu ça par-ci, par-là. La cuisine, c'est intéressant si tu es chef étoilé pas apprentit cuistot.

Voilà donc toutes les questions auxquelles je ne dois pas répondre et encore moins noter ici.

  • Les corrections du texte sont-elles finies ?
  • Les méchants sont-ils des gentils qui vont devenir méchants ?
  • Le projet de la couverture est-il arrivé ?
  • Où boire son café quand il n’y a pas de café de Flore ?
  • Quelle est la différence entre le Salon du Livre de Paris et la fête du livre de Soulac ?
  • Qu'est-ce que je mets sur le bandeau rouge de la jaquette de mon livre  "Vous n’en n’avez jamais entendu parler" ou plutôt "Ça n’existe que pour moi" ?
  • Qui croire ?
  • Mon personnage de La libraire existe-t-il vraiment ?
  • Suis-je un jeune auteur, un nouvel auteur ou une nouvelle auteur ?
  • Faut-il faire un brushing avant de prendre la photo du communiqué de presse ?
  • Comment rencontrer ses lecteurs quand on n’en a pas encore ?

 

20.03.2008

le livre est mort, vive le livre !

L'objet livre serait has been parce qu’il existe depuis plusieurs siècles ?
 
Bah, il y a bien d’autres vieux machins, beaucoup moins utiles ou sympathiques,
qui ont toujours le vent en poupe, non…

16.03.2008

(nous sommes tous des auteurs invisibles)

« 1 français sur 4 se rêve en écrivain »

mais en même temps 7 américains sur 10 sont persuadés d’avoir déjà été enlevés par des extra-terrestres, alors…

 

15.03.2008

millionnaire

Le ciel gris foncé s’assortit très bien avec les feuilles vert pâle des derniers arbres qui résistent dans le centre-ville.
(le décor)

Le monsieur du tabac au téléphone : « c’est comme quand tu grattes un ticket de millionnaire. Soit tu gagnes le gros lot, soit tu gagnes un peu, soit tu gagnes rien du tout. Tu perds rien à essayer. »
(le personnage principal)

Il dit cette phrase pendant que j’attends qu’il raccroche pour daigner me vendre des cigarettes. Son métier, c’est vendre des cigarettes, des Las vegas, des bics et des malabars. Au lieu de ça, il m’envoie des proverbes chinois à la figure, alors que je n’ai rien demandé. Même pas mes clopes. J’essayais de vivre un samedi tranquille, détachée, dans cette atmosphère que j’aime bien de pluie dehors et de lumière chaude dedans. Juste il me manquait les cigarettes et tout était parfait.
(la scène d’exposition)

Tu perds rien à essayer… Pas certaine de ça. Quelquefois on perd des plumes. Des plumes qu’on utilise après. Pour se fabriquer des ailes ou pour écrire des trucs.… Ouais donc je perds rien à essayer…
(l'intrigue)

C’est agaçant quand un buraliste malpoli se prend pour mon coach personnel.
(la chute)

04.02.2008

épisode 4 : rien

Pour l'instant, je n'ai pas un signe de la part de "mon personnage". Peut-être que c'est ainsi la séparation entre la réalité et la fiction… (Comme c'était confortable d'être dieu… )

Elle ne va pas réagir du tout. D'ailleurs, je ne lui ai rien demandé au fond. Je lui ai donné mon texte, voilà. Parce que c'est grâce à elle que le texte démarre.

Je ne peux pas m'empêcher de penser que ça commence mal, tout ça… 

Mais en même temps, ça commence bien. J'affronte. 

02.02.2008

hareng rouge : épisode 3

J'ai donné le titre du livre à la catégorie : La libraire a aimé.

J'ai envie d'écrire ici la suite du roman. C'est-à-dire comment je suis en train d'attendre fébrilement que mon personnage me donne son autorisation, son amour. Pour la première fois, avec ce texte et ce point de départ somme toute banal, mon personnage possède un visage, un corps, une respiration. Évidemment, ça n'est pas elle. Je ne sais rien de sa vie. Juste qu'elle est libraire et cette histoire de verres partagés. Je n'ai pas fait d'enqête, je ne suis pas une espionne. Pourtant, pour moi Corinne c'est elle. Ou elle, c'est Corinne.

En lui donnant le texte à lire, j'ai demandé à mon personnage (une invention) de m'aimer et de me donner le droit de le rendre public (vivant). Comme si le livre continuait à s'écrire sans moi, ou avec moi en personnage…

Hier soir j'ai imaginé la suite : elle a trouvé l'enveloppe, l'a rangée dans un tiroir et elle l'oubliera pendant 15 ans. La vie est comme ça, on se dit je regarderai ce truc plus tard, et puis les jours passent avec tout qui vous accappare, et voilà 10 ans plus tard, elle retrouve l'enveloppe, elle lit. Ici, soit elle sourit et puis elle jette tout dans la corbeille à papier. Mais là, il n'y a pas grand chose à écrire de plus. Un peu comme quand Hitchcock disait "si l'héroïne va directement chez la police au lieu d'aller toute seule à la cave voir d'où vient ce bruit un soir de pleine lune avec juste une petite bougie pour s'éclairer, alors si elle appelle la police, il n'y a pas de film…"
Ou alors, elle aime le texte. Et d'abord elle s'en veut d'avoir raté ça, tout ce temps, toutes les autres choses qu'elle doit avoir laissées pareil, en plan… Elle décide de retrouver l'auteur. Il y a écrit Sophie Poirier, une adresse postale, un numéro de portable.
Continuons d'imaginer.
Je suis morte. (sophie poirier, c'est moi, autant aller au bout du délire) Donc je suis morte. Elle change de vie à partir de là. Elle m'a raté, et dans ce ratage elle voit tout ce qu'elle voulait faire de sa vie…
Ou alors elle se met à me chercher, comme elle cherche Paul dans mon livre. Elle me retrouve ?
Ou alors, ça n'est pas elle qui trouve l'enveloppe mais son fils. Qui croit que cette histoire, ce manuscrit, c'est la vie de sa mère, une Corinne qu'il ne connaît pas. Et c'est lui qui part à ma recherche, pensant que j'ai bien connu sa mère.

Quand je l'ai aperçue ces derniers temps dans la librairie, j'avais l'impression d'être en face de mon personnage. Comme si j'avais vu un fantôme.

Pour l'instant, la seule chose que j'ai réussi à faire, c'est de me bannir toute seule de cette librairie. Je ne pourrais pas y remettre les pieds tant qu'elle ne m'aura pas fait un signe.

Ça a l'air très sérieux, voir un peu dramatique. En même temps, je trouve ça plutôt marrant. Burlesque. Ridicule au fond, tout ça n'est pas très important. C'est une aventure comme une autre. 

01.02.2008

épisode 2 : l'enveloppe

J’ai commencé à écrire cette histoire en regardant une dame, ici dans la ville, qui avait l’habitude de boire un verre à la même terrasse de café, soir après soir, même heure. Elle était accompagné d’un ami. Je sais qui elle, de nom, et puis de métier. Elle est libraire. Forcément quand on se remonte le moral, comme moi, en caressant les couvertures de livre, on connaît un peu leurs visages à ceux qui les vendent.
Mon personnage c’est elle. Je pars de ça, cette sorte de rituel. Et puis j’invente…
J’avais pensé qu’il était délicat de lui donner à lire le manuscrit. À un moment donné, il faudrait que je fasse ce geste.
J’ai déposé tout à l’heure une enveloppe avec le texte, à son nom.
Peut-être qu’elle va me rire au nez.
Peut-être qu’elle va sourire.
Peut-être qu’elle va me dire bof. Ce que vous écrivez, c’est bof.

Franchement, quelquefois, on se met dans de ces trucs !

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