08.07.2009

version originale (bis)

Voir et écouter quelques lignes de La libraire a aimé, lues et mises en image par Jean CEMELI.

ici

21.06.2009

Phase terminale

Je n'ai jamais lu de livre de David Foekinos. Je l'ai aperçu au Salon Lire en Poche à Gradignan cet automne. Il était assis à côté de Serge Joncour. Ils étaient grands tous les deux, et je me sentais petite. Et radieuse.
David Foekinos parle ici de son prochain livre, du travail final, quand il s'agit de relire et relire encore.
Il explique parfaitement les choses, l'état dans lequel ça met. Il le dit joliment, précisément, et je pense que tous ceux qui écrivent comprendront pourquoi j'ai été touchée par ces mots.

"(...) ces derniers temps, j’ai surtout été focalisé par l’entreprise de peaufinage de mon dernier roman. Au fond, c’est ce qui prend le plus de temps. L’édifice n’est rien sans le positionnement des virgules. Et puis, la dernière étape c’est toujours ainsi : on met tout en doute. Cette phrase, ce passage, ce dialogue : plus rien n’est voué à la certitude. En relisant mon roman, je pensais en permanence à tous les romans que ce roman aurait pu être. Aux autres chemins qu’il aurait pu parcourir, du drame à la bouffonnerie. Il y a dans l’écriture de roman comme une fidélité brutale : le début d’un mariage. On choisit une vie, on est monogame de la virgule, et puis, plus on avance, plus on pense à tous les points-virgules avec qui on pourrait être. Avec qui : on pourrait vivre une parenthèse. On attend la parution, comme un soulagement, comme une façon de se dire : « ça y est, maintenant, tu es dans ton cercueil : on ne peut plus te modifier »

Son roman s’appelle La délicatesse. Je l'achèterai.
Le mien sera en même temps dans les librairies. Un peu plus planqué que le sien, sans doute, et c'est logique.

Ce matin, j'ai à nouveau cette sorte de truc brillant qui me gène devant l'oeil. Normal, j'ai planté tous les clous du cercueil, mon oeil me signifie qu'il en a assez vu ;-)

(Plus tard, je vous raconterai peut-être comment je suis devenue Zidane, l'autre soir, en pétant les plombs avec les voisines du dessous. C'est pas glorieux, mais il y a sans doute des leçons à en tirer en matière de philo-sophie…)

06.04.2009

Nourritures terrestres

Depuis jeudi dernier, j'ai beaucoup mangé de nourritures spirituelles :
Une visite au CAPC (qui fut un haut lieu de l'Art contemporain à bordeaux) où j'ai vu l'expo Opéra Rock de Jean-Luc Blanc.
Vous dire que c'est une expo de qualité du point de vue de l'art contemporain, je ne sais pas. Par contre, pendant que je me promenais au milieu des couloirs noirs des choses me sont venues à l'esprit, des questions, des impressions. Ce qui suffit en soi à en faire une bonne expo. Ce que j'aime c'est cette question qu'il pose : "Peut-on faire le portrait d'une image ?"

Vendredi, fin de lecture d'Emmanuel Carrère. J'ai déjà écrit ici le bouleversement.

Samedi : je vais faire la promeneuse au Salon du Livre. Voir Stéphane Héaume, rencontré il y a 3 ans en Provence, et qui m'avait offert 2 de ses livres. La dernière fois que nous avions parlé, avant que mon livre soit édité, il m'avait dit "tu comprends ça, toi, puisque tu écris". C'était important, tout à coup, un auteur qui me parlait comme si j'étais aussi un auteur. Je lui offre le mien, on se fait des bises.
Dans la même journée, une discussion avec une amie, au sujet de la légitimité. Qui rejoint le "comme si j'étais un auteur".
Je lui explique que j'imaginais qu'au fur et à mesure, la légitimité viendrait, que cette impression d'être un usurpateur disparaîtrait . Que non, il n'y avait rien à faire. C'est là, en soi, ça ne bouge pas.

À côté de moi, en terrasse sous les platanes, des auteurs "parisiens"… L'accent est pointu, on évoque Gallimard, Buenos Aires, Bordeaux où on vient pour la première fois. Il y a une assurance à être, que je n'ai pas. Plus tard, une jeune fille dit à son ami "On les reconnaît les écrivains. Ça se voit sur eux." Moi, je suis assise à côté d'elle.
J'enfile peu à peu mon costume d'auteur provincial.

On me parle de Pessoa. On m'explique son histoire, ses hétéronymes, son nom qui signifie Masques.

Winschluss est sur le stand ce samedi (et non dimanche comme prévu), je n'ai pas mon exemplaire de Pinnocchio avec moi.

Dimanche. Ça y est, je marche vers le quartier sainte-croix, j'ai préparé mon "tract" et je respire pour enlever le trac.
Une fois assise derrière ma petite table, façon paquet de lessive sur son rayon, je n'ai plus peur.
Je suis bien entourée : des faiseurs d'images joyeux, Charb qui dédicace. Au-dessus de ma tête, une affiche de la résistance anti-sarko qui s'organise (dessin de Charb). J'aime bien être là, sur ce stand de La mauvaise réputation. Plus tard arrivera une ancienne actrice de porno, tatouages dans le dos (c'est surtout ça que je vois d'elle).
Il y a du monde surtout entre 15h30 et 17h. Juppé ne s'est pas trompé, c'est à cette heure-là qu'il dédicace son histoire de cerises. Je croiserai plusieurs fois Olivier Adam, comme un marin perdu sans bateau…
Des discussions, des rencontres. Je fais une bise à Sylvie, bloggueuse de Lectures et autres qui a fait de mon livre un livre qui voyage. On ne se connaît pas, pourtant à son sourire, je la reconnais.

À 18h, je file, façon Cendrillon à toute vitesse, pour aller voir jouer Dominique Blanc. Le texte de La douleur de Marguerite Duras prend une force incroyable. Moment magnifique. Au moment de venir saluer, l'actrice a l'air si minuscule, si fragile, sous les applaudissements, la gorge se noue… Pendant plus d'une heure, elle est énorme, puissante, portant à bout de bras et de souffle ce texte magistral, cette souffrance, et cette colère des morts par millions, et là, toute petite femme qui dit merci humblement… Elle est parfaitement légitime. S'en doute-t'elle ?

La boucle est bouclée : vendredi matin à 10h je déambulais chez moi avec mon émotion, dimanche soir je me couche avec une autre.

Ce matin, il y a un ciel tout bleu. J'ai changé mon bureau de place et du coup, un rayon de soleil vient sur moi désormais quand j'écris.

04.04.2009

Salon du livre : arrêt minute

Le Dimanche 5 avril 2009

Sophie Poirier, née à Bordeaux en 1970, petite, rieuse (c’est son fils qui le dit), pas toujours sûre d’elle, auteur « prometteur » (ça rime) d’un seul livre La libraire a aimé, lectrice passionnée, parfois là où on ne l’attend pas, plutôt bien élevée, incapable d’arrêter de fumer, un peu espionne et très heureuse d’être invitée par…

Invitée par LA MAUVAISE RÉPUTATION
: librairie courageuse, résistante, qui inquiètent parfois quelques bien-pensants, qui offre aux yeux un rayon BD érotique (entre autres), qui fait galerie plutôt très bien pour une librairie (ce qui n’est pas toujours le cas, y’a même des galeries qui font mal galeries, sauf pour l’amuser, la galerie) (ah ah ah)
pinochio.jpgCette librairie réputée pour sa qualité et son contre-courant occupera le stand L23.
Y sera assis là ce jour à côté de moi pour dédicacer (et je ne suis pas peu fière) Winshluss, dessinateur de Pinocchio.

 

 

AUX ESCALES DU LIVRE : le salon du livre bordelais qui accueille sous des tentes des auteurs parisiens, et de temps en temps un peu d’ici. On murmure dans les couloirs que la ville possède bien des lieux prestigieux et que c’est une drôle d’idée que d’aller planter des tipis dans le quartier sainte-croix, joli quartier certes mais un peu excentré. On dit aussi que ça n’est pas le salon idéal, qu’il manque de ci et de ça, ah messieurs Mauriac, Montaigne et Montesquieu que n’êtes-vous parmi nous encore pour donner conseils, sagesses et autres envergures… (ce sont les 3 M, comme on les appelle ici, sorte de dream team que l’on implore à Bordeaux quand rien ne va plus)
De toute façon, on dit beaucoup de choses dans cette ville. Par exemple, que sur nos quais tout refaits il y aurait eu de quoi poser des livres et regarder la Garonne et puisque ce sont des Escales les quais c’était logique, et puis quitte à coucher sous la tente autant être au bord de l’eau, ah vous savez, ma brave dame…

Pour autant, je suis ravie d’y être, parce que j’aime bien quand mon livre est en vie. Parce que c’est ma ville. Parce que c’est comme ça que les choses avancent, de fête en lecteur, de lecteur en lecteurS…

Nous verrons, de l’intérieur, ce qu’est une escale bordelaise…
(ça n’a aucun rapport avec un poisson cuisiné au vin rouge)


Donc on récapitule : dimanche 5 avril, je suis sur le stand de la Mauvaise réputation (L23) dans le cadre des Escales du Livre à Bordeaux. Espérons qu’il y ait du soleil…

PS / je lance un appel : si quelqu’un a une place de rab pour le spectacle La Douleur de Marguerite Duras avec Dominique Blanc, joué samedi 4 avril, je veux bien lui acheter. J’ai essayé il y a un mois, mais c’était complet…

PS (suite) : je vais voir le spectacle dimanche soir à 18h (donc je quitte le stand L23 juste avant). Bien jouée Pampam !

14.03.2009

alors ?

C'était bien, mon mini-salon du livre à moi, avec peu de monde mais mon monde préféré. J'ai lu. Il fallait regarder mes propres mots sans les observer, ou les analyser, ou les corriger, juste les lire, assumer, donner aux lectures silencieuses des autres un peu de ma musique.

Et puis à chaque fois, gagner avec soi-même. Le plaisir prend le dessus sur la peur et le trac.

Dans un mois, ça fera 1 an que le livre est sorti. Le prochain arrive, peut-être juin. On me demande, et je dis Oui, mon éditeur aimerait en juin. Phrase colossale. Un saut immense accompli dans l'écriture. Une autre liberté. D'autres inventions. Des tas de doutes et des montagnes gravies. Beaucoup d'envies encore. La libraire a aimé est en retirage. Mon livre vit. Moi aussi.

 

Lecture à La Machine à Lire, vendredi 13 mars 2009

"Dans un autre texte que j’avais écrit, il y avait un personnage féminin qui venait se réfugier dans une librairie que j’avais nommée La fabrique de littératures, facile jeu de mots dans lequel vous aurez reconnu une certaine Machine à Lire. Ce personnage, qui s’appelait d’ailleurs Ana, d’un Anasthasia un peu long, ce personnage donc venait là, ici, acheter des livres qu’elle choisissait uniquement pour la concordance des titres et de ses humeurs. C’est comme si à l’instant j’achetais… par exemple L’auteur ! L’auteur ! de David Lodge et au moins deux exemplaires de La peur de Stefan Zweig.
Je viens à La Machine à Lire depuis longtemps, et il y a eu des moments où comme ce personnage que je viens d’évoquer, j’entrais ici juste pour respirer comme ça sent bon, caresser les couvertures, sans rien acheter parfois
(qu’elles me pardonnent) mais seulement pour reprendre un peu de vie.
J’ai toujours adoré les petits mots que les libraires abandonnent sur certains livres : coup de cœur, coup de foudre, nous avons aimé…
Et puis, mon roman s’est retrouvé là, et là, au milieu des autres livres, et puis sous le titre, un petit papier, avec un prénom, Isabelle, la libraire qui a aimé La libraire a aimé…
Et quand ils vous proposent une carte de fidélité, à ceux-là, vous pouvez dire oui, vous engager sans craindre de vous trahir un jour ou l’autre.
Vous voyez, les libraires passent leur temps à parler et de livres et d’amour. Je n’ai donc pas tout inventé…

Pour ces raisons-là, j’ai choisi de lire quelques courts passages qui parlent d’eux."

Extraits lus : page 11, page 13-14, page 40-41, page 43-44

j'aime pas qu'il meurt…


podcast
bashung.jpgIl se trouve que j'ai écouté ce morceau, repeat, cet après-midi…

Sublime.

Et puis, voilà.

10.03.2009

Dans LA librairie

DSCN0906.JPG

INVITATION - PALPITATIONS - SÉQUENCE ÉMOTIONS


26.02.2009

Qui êtes-vous ?

Pour un catalogue de salon du livre, il faut rédiger une bio, quelques lignes sur soi.
Exercice étrange, et je ne peux pas remplir l’espace de la liste des titres de tous mes livres vu qu’il n’y en a qu’un.
Dire quoi ? Mon métier, ma date de naissance, mes goûts et mes couleurs
Pour se présenter, il faut dire qu’on écrit : alors romancière, auteur ou auteure, écrivain, écrivain ?
Romancière, ça fait un peu vieille anglaise, je n’ai rien contre, mais ce n’est pas mon cas.
Je ne suis pas un écrivain, je suis un auteur au début. Un écrivain, c’est un auteur qui a écrit plusieurs livres. Un écrivain, c’est dans le temps, il faut s’inscrire, avoir l’écriture qui vient d’abord avant le reste.
Ce n’est pas parce qu’on a toujours écrit dans son coin qu’on est ça, l’écrivain.
Ce n’est pas parce qu’on a 3 ou 4 manuscrits refusés (pour cause) qu’on a un génie, ni même un lien à ce métier.
C’est un métier ?
Oui, quand on fait des phrases tous les jours, qu’on construit un monde à chaque fois, qu’on organises des vies, qu’on travaille la virgule et le mot juste. Oui c’est un métier. Qui s’apprend, un peu seul, beaucoup avec les livres qu’on lit.
Au début on est un auteur, celui qui fait.
Peu à peu, on deviendra peut-être un écrivain.

(et si on devient un écrivain qui vend en plus beaucoup de livres, on a quelqu’un qui rédige ce genre de trucs et il suffit d’énumérer les 15 titres de votre œuvre, dont votre prix Goncourt qui a fait polémique mais qui s’est vendu à 200 000 exemplaires pour que la page entière du catalogue soit remplie)
(en attendant on continue à écrire)
(et c’est déjà beaucoup)

16.02.2009

ici bof, alors allons ailleurs…


podcast


La semaine dernière, j’étais satisfaite. Ce que j’avais écrit, c’était bien.
Depuis deux jours, c’est le contraire. (avec tous les livres qui existent, qu’est-ce que j’ai besoin d’aller en ajouter un de plus…) (exemple type de questions qui assaillent au milieu du doute)

En attendant, on fait comment ?

On parle des autres…

Je lis Le brocart, donc, d’un auteur japonais de Miyamoto Teru. Le rythme des phrases est très différent, je le ressens, la langue n’est pas la même. Beaucoup de petits moments décrits, des paysages un peu vagues dans mon catalogue d’images personnelles, nos références sont lointaines. Si, de temps en temps, je vois vraiment les cerisiers parce qu’il y en avait dans le jardin quand j’étais petite, on les appelait « les cerisiers japonais » comme si ce nom était important.

C’est assez délicieux comme lecture, précis, précieux.
inthemoodforlove.jpgDans ce roman épistolaire, une femme écrit à son ex-mari dix ans après leur divorce pour cause de scandale.
Elle veut comprendre, il explique, elle se raconte, il se confie.
On la sent fascinée toujours pour cet homme et ses mystères. On le voit peu à peu, admiratif de la femme qu’elle est devenue malgré ce scandale qu’il a provoqué et qui a bouleversé sa vie.
Ils ont été séparés, mais ils auraient pu s’aimer longtemps.
Je n’ai pas encore fini. Ils pourraient continuer leur histoire dans le film In the mood for love… On sent bien qu’au fur et à mesure ils comprennent qu’ils se sont ratés.
Je les laisse faire, je me laisse faire…

Il me semble que j’ai moins peur, là, tout de suite.

07.02.2009

Lisez jeunesse !

Hier, j’ai passé une heure en face d’une classe de première L. Ils ont lu mon livre, je suis sur leur liste pour sélectionner un auteur dans le cadre de leur prix Lisez Genès… Glissée entre Marie Nimier et Jean-Paul Dubois…
Je me revois à leur place, dans une classe, étudiant L’île aux esclaves de Marivaux, avec un professeur passionnée. J’ai presque envie de m’asseoir avec eux, écouter le cours, questionner. Comme j’aimais ça, ces heures exaltées, où chacun levait le doigt pour commenter un Voyage au bout de la nuit, Don Juan, Nadja ou Camus…
Mais là, la matière c’est mon livre. Ils sont jolis, gentils, curieux. Ils vont défendre mon livre. Ils demandent : comment on écrit ? si Corinne existe ? est-ce que parfois j’ai cette angoisse de la page blanche ? comment on fait pour trouver la bonne tournure de phrase ?

On parle de musique, de rythme, de fiction face à cette réalité bien étonnante.…

Je me sens de ceux-là, les littéraires, qu’on regarde bizarrement dans les entreprises souvent, qui étudient des choses considérées inutiles par beaucoup, c’est pas très compétitif toute cette littérature…
Et on parle aussi de peur, de solitude, d’amour, d’exister comme on voudrait.

J’ai envie de rester avec eux, comme on reste avec un clan.
Le clan de ceux qui aiment les mots et les virgules, les inventions et les dialogues, les découvertes et les personnages.

lisezgenes5.JPG
Lisez Genès : c'est le nom du prix qu'ils organisent.
Ici, c'est la classe, leur enseignante (sacrée prof) du lycée saint-genès à Bordeaux.
Et sur le bureau, mon premier bouquet d'écrivain ;-)

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