29.09.2009
Qui a volé la banque ?
Dans le petit village du Sud, l’évolution de l’été fut sans conteste l’installation d’un distributeur automatique de billets.
L’événement du début d’automne a été forcément le kidnapping organisé de ce même guichet solitaire.
Les caméras n’ont rien empêché (les caméras n’empêchent rien, elles se contentent de regarder, et si personne ne regarde ce qu’elles regardent, elles filment dans le vide le temps qui passe avec, au milieu des gens qui retirent des billets, des hommes cagoulés, pas tellement dérangés, qui prennent de l’argent à leur façon) (sans carte).
En observant le résultat, l’image avait comme un air de symbole…
La banque, la finance, les traders et leurs commanditaires, d’autres kidnappings, un pauvre panneau signalétique qui pend avec rien derrière, une banque désormais vide avec des murs écroulés autour, juste fièrement une enseigne qui n’a pas bougé malgré l’effondrement…
Je pensais à ma banquière qui m’a demandé pour la première fois des papiers d’identité (20 ans que je suis dans la même agence), qui enregistre mon numéro de passeport. Qui me promet un geste commercial (pour enlever quelque frais…) si en échange j’achète des parts sociales de la banque. Donc qui me propose ouvertement un chantage commercial. Une arnaque, enfin un truc qui n’a rien d’un geste.
Elle envisage mon fils de 17 ans en proie possible (prêt étudiant, CB, permis à 1 €, assurances…) tandis que moi je tremble d’envisager son avenir en plus d’imaginer le mien.
À certaines de mes questions, elle répond qu’elle ne peut rien faire, maintenant tout est informatisé…
La machine décide de mon compte. Elle ment bien sûr, puisque des gens mieux informés façon clearstream modifient des lignes de codes informatiques nuit et jour. Mais c’est plus commode de répondre que c’est l’informatique qui dirige plutôt qu’un grand chef, que la banque elle-même.
Elle est jolie ma banquière, elle porte un chemisier gris perle avec un collier argenté qui fait une pointe vers son décolleté. Elle a de grands yeux bleus bien maquillés, avec les cils parfaitement soulignés de noir. Certains doivent être agacés qu’une jolie fille comme ça leur colle des agios ou leur refuse des prêts. Son discours est adapté à la situation : des parts sociales, ça n’a rien avoir avec la bourse, c’est sans risque ; une carte revolving, il ne faut pas en abuser mais ça peut dépanner ; elle répète souvent qu’elle sait, oui, elle sait bien que c’est difficile mais elle ne peut pas faire autrement, c’est l’ordinateur qui décide…
Elle connaît ma vie entière, ses bouleversements, moi je ne sais rien d’elle, ni de la vie véritable de ma banque. Si, ils ont un énorme siège social qui s’illumine de bleu le soir sur l’autre rive de la Garonne. On ne peut pas dire que ça soit une réussite architecturale, mais la nuit tout ce bleu qui brille on s’est habitué. On a besoin de lumière…
Pendant ce temps, dans le petit village du Sud, le symbole d’une banque amputée est au cœur d’une enquête policière.
Les habitants du village vont devoir reprendre leur voiture pour aller chercher des sous (pas bon pour la planète, ça, allez hop, une petite taxe carbone).
Il n’y a vraiment aucune moralité dans ce monde ;-)
(Et à 11 euros la ligne d’écriture - c’est le prix que je paye dans le monde bancaire, même Marc Lévy je suis sûre qu’il n’est pas à ce prix-là - , je me dis que je me suis encore trompée de carrière professionnelle… Et je pense à tous les livres que j’aurais pû acheter au lieu de financer le siège social qui clignote la nuit, tout bleu…)
07:30 Publié dans Chroniques du Sud | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
19.08.2009
L'ampoule et le boucher


Dans le petit village du sud où je suis, la pagaille peut prendre des airs curieux.
La rue principale (petite et étroite) fut ce matin l'objet d'un embouteillage très spécial.
Sur le camion vert, le changeur d'ampoules (de la guirlande, comme il y avait autrefois un allumeur de réverbères) (c'est bientôt la fête votive du village, donc on change toutes les ampoules de la guirlande. Jusqu'ici, il restait 4 ampoules en état. Désormais c'est Versailles…).
Il bloque le passage, on a mis les barrières et quelques adjoints au maire pour surveiller l'affaire.
Avec l'énorme camion blanc, le boucher. Il porte un demi-veau, il vient exprès, il a du boulot, il n'attendra pas que l'autre est fini d'illuminer la rue…
Ça s'énerve, on laisse passer le camion du boucher.
Puis chacun reprend sa place : l'un aux lumières, l'autre son demi-veau sur le dos.
15:41 Publié dans Chroniques du Sud | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
21.10.2008
Mi-temps…
Pendant que le monde se délite, et que les financiers financent, il y a ça.
Une équipe de foot, âgé de 7 à 9 ans, qui traversent le village en criant « On a gagné ! On a gagné !», et une petite voix qui rajoute « les doigts dans le nez… »
L’entraîneur leur paye une tournée de grenadine au café du Centre, avec en prime baby-foot. Tout le monde sourit, et avec les touristes, devant cette petite bande joyeuse et fière, habillés de verts, les crampons qui cognent sur le bitume. C’est juste un moment simple, où la vie des enfants apportent aux autres un peu de gaîté. C’est peut-être naïf de s’attendrir là-dessus, mais sur le moment, je vous assure, c’est vraiment joli.
18:24 Publié dans Chroniques du Sud | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : résultat du foot, 4 à 2, un air de la guerre des boutons
03.08.2008
C'est un joueur de pétanque, dit-elle.
Il y a une sorte de chorégraphie, et même un art du silence. De temps en temps, surgissent des mots d’amour (d’encouragements bien sûr, pas d’amour) : « Vas-y Mon Pedro, C’est pas grave Mon Jacques, Elle est belle… ».
Celui qui rate fait tête basse.
Je le vois qui rumine, il a comme honte d’échouer là où il réussit d’habitude. Il arrive sur les boulodromes avec la légende qui précède. « C’est la crème de la crème » on précise aux spectateurs qui s’interrogent. Cet après-midi, il pense à autre chose. Il a raté trois tirs de suite, et les autres joueurs autour du terrain se font passer l’information, il a raté, une triplette maudite, il y est pas. Faut dire qu’en face, ça joue bien. Le gaucher est en train de s’imposer comme le prochain mythe. Certains le connaissent déjà, d’autres le découvrent. L’histoire se fait.
Ahmed est pensif, son cheveu gominé et noir lui donne l’air d’un personnage de Duras quand elle écrit sur la chaleur, l’Espagne, et l’ouvrier qui transpire, qui est poli, qui deviendra celui qu’on accuse d’un crime qu’il n’a pas commis. Il a cette élégance, beau, désuet, l’œil malicieux parce qu’il aime la vie et qu’on prend pour un regard de voyou. Il ne doit pas connaître Duras, il est la crème de la crème des boulodromes et maçon. Il porte une alliance. On la voit qui brille quand il lève le bras lentement avant de tirer. Sans doute il est tendre avec sa femme, il doit l’appeler Chérie, dire « Chérie, amène le pastis et viens trinquer avec nous… » Ce soir, il aura envie de pleurer comme un enfant dans ses bras, parce qu’il a perdu, parce qu’il sent qu’il n’est plus le meilleur, qu’il a des failles désormais, que sa vie va redevenir plate.
Il dit d’une voix douce à l’autre joueur de son équipe « Fais ce que tu peux, de toutes façons on ne t’a pas laissé un bel héritage… »
Il dit ça en parlant des boules sur le terrain. J’entends la poésie, pas lui. Il pense à autre chose, qu’il est en train de perdre, de rater, que les autres racontent de mène en mène qu’il manque coup sur coup. Il continue de sourire pour la gloire, et parce qu’il est doux et calme. Au fond il est malheureux.
17:18 Publié dans Chroniques du Sud | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : os de figue, boulodrome, soleil, cigales, les petits chevaux de tarquina











