03.10.2009

Mon père n'est pas mort à venise : interview imaginaire

Sophie Poirier, vous pouvez nous dire en quelques mots le sujet principal de votre dernier roman, « Mon Père n’est pas mort à Venise » ?
(Une journaliste feignante… Pfff… C’est bien ma veine. Je suis sûre qu’elle ne l’a même pas lu. Ah, par contre, elle fume comme un pompier et elle me taxe toutes mes clopes. Non, mais qu’est-ce qu’elle croit ? Je suis pas Marc Lévy moi, j’ai un petit salaire. Bon, allez, je réponds. Je vais pas faire ma star dans une interview imaginaire, j’aurais l’air de quoi…)

- Oui, bien sûr. Ça parle des pères, des pères qui disparaissent. Celui de Marianne disparaît à cause de sa maladie. Elle trouve un carnet dans ses affaires, avec des articles découpés dans le journal. Des avis de recherche, classés par ordre chronologique, de jeunes filles qui ne sont pas rentrées chez elle. Marianne va chercher à savoir pourquoi son père a fait cette collection un peu morbide… Elle engage un détective qui pourrait lui répondre…


Ce deuxième roman contient une part d’autobiographie, non ?

(cette journaliste, qui s’occupe d’habitude des pages locales, est donc une débutante en interview littéraire. Elle n’a sans doute pas lu l’article sur le site du buzz littéraire qui dénonce cette question récurrente – et inutile - faite aux auteurs : fiction ou réalité ?)

- Celui qui écrit parle du monde, des êtres humains, pose des questions, observe. Il a pour plaisir le fait d’archiver ce qui passe à toute vitesse. Est-ce que c’est important le « vrai » dans un roman ? Et puis le vrai est-il là où on croit le lire ? Ah, Ah, Ah ? La vie propose un matériau à écrire, la mienne m’offre des perspectives, celle des autres vient les rejoindre ou m’en évoquent d’autres… Écrire, c’est ça : soulever tous les possibles.


Mais lorsque vous écrivez sur le père malade, vous n’avez pas peur de blesser votre entourage ?

(Elle est débutante, mais perspicace, sans doute à la recherche d’un scoop, d’une révélation. De quoi faire une polémique, façon Beigbeder. Je suis tombée sur une maline, peut-être qu’elle veut entrer comme journaliste chez Voici… Bon, je note pour plus tard,quand je serai riche et célèbre, ou célèbre et riche, on verra, je note :  se méfier de celle-là)

- Écrire demande de se sentir libre… J’ai voulu vérifier si je l’étais vraiment. Libre d’écrire, malgré tout. Quant à mon père, il aime assez le fait d’avoir une carrière de personnage de livre. Il a d’ailleurs trouvé que ça ne parlait pas assez de lui. Il trouve dommage que le personnage du détective lui vole la vedette.


C’est un roman policier ?

(ah, ah, je l’ai intriguée… Mais, bon, si je lui dis Oui, elle va être déçue après. Parce que c’est pas vraiment un polar. Un détective, c’est un personnage intéressant parce que c’est un mec qui cherche. Son métier, c’est parfait, juste chercher. Beckett disait que l’important était là, seulement dans la lutte, dans la recherche. Pas dans les réponses. J’imagine sa tête si je me mets à  lui citer Beckett. Remarque, ça la changera des articles sur les kermesses et les travaux de la voierie…)

- Non, pas exactement. C’est une enquête, ce qui revient à parler de quête. Marianne cherche, questionne, interroge. Le détective, lui, pose les questions qu’elle n’ose pas poser.

 

À un moment donné, vous écrivez : « Dans le film, le vieil homme s’éteignait seul sur sa chaise, écrasé par le soleil. À Venise. En réalité, il n’y avait ni plage, ni ville italienne, ni beauté. Beaucoup mourraient à l’hôpital, dans une chambre blanche, avec autour des enfants perdus. » Vous êtes cynique, là ?
(Elle a sélectionné le même extrait que l’article dans PagesàPages, alors c’est pas une preuve qu’elle a lu mon livre… Elle s’est surtout contentée de lire l’article, bien fait d’ailleurs, et voilà ! Elle commence à m’agacer à se la jouer grande journaliste intello. Où je suis cynique ? Non, pas du tout, j’ai connu des hommes qui se nourrissaient de vies fantasmées. La réalité, à la fin, à la toute fin, est laide. La mort, c’est laid. Qu’est-ce que je vais répondre, moi ?)

- Oui, peut-être. Mais en même temps, non. « Mon père n’est pas mort à Venise » parle de cet écart-là : dans le film – en réalité. Et comment certains s’imaginent dans le film… jusqu’au moment où la réalité, c’est soi, tout seul, avec la mort, et les enfants qui pleurent.

 

Votre roman se déroule beaucoup dans les trains. D’ailleurs les titres des chapitres sont des phrases volées au réseau ferroviaire. Vous voyagez souvent ?
(Non, non, j’ai juste fait ça pour obtenir le prix littéraire de la SNCF… Elle va pas faire une grande carrière de journaliste, celle-là. Ou alors elle espère bosser pour TGV Magazine. Je l’ai feuilleté une ou deux fois. Dans le TER que je prends, il n’y a pas de presse offerte…On est déjà bien content si y’a la clim)

- Oui, ça m’arrive. On peut dire que c’est un élément autobiographique !


Cette journaliste n’existe pas. Je l’ai inventée.
Sophie Poirier est réelle. Née de son père et de sa mère.
Le roman, Mon père n’est pas mort à Venise, est édité chez Ana Editions.

(cet exercice s’appelle « Auto-interview toi toi-même comme ça t’es tranquille »)

Commentaires

Sophie Poirier est réelle. Il fallait que ce soit dit une bonne fois pour toutes. Y'a des moments comme ça où on doit faire le point sur ce qui est et sur ce qui n'est pas.
(par contre, rien de définitif sur la ville Venise ? Venise terre de contraste ? Venise, fiction ou réalité ? Venise, entre tradition et modernité ? je m'entraîne pour être journaliste à Géo magazine mais y'a encore du boulot)
:-)

Ecrit par : Christine Jeanney | 03.10.2009

Non, non, non, vous feriez une très bonne journaliste (bien meilleure que celle que j'ai inventée ;-)

Ecrit par : ficelle/sauf | 03.10.2009

Oui ! oui ! oui ! Sophie Poirier est réelle et je trouve ça formidable ;-) (cette phrase va faire un buzz, je sens)
Votre interview imaginaire est tellement criante de vérité que je me demande...

"journaliste ! sortez immédiatement du corps de cette Sophie ou je hurle !"

C'est extra de vous regarder remettre les grosses pendules à l'heure. Moi perso, je me suis régalée. En plus on en apprend sur vous. Mais manquent deux ou trois détails croustillants quand même. Par exemple j'aurai bien aimé savoir... Si elle est finie votre histoire avec Doc Gynéco ? (je m'entraîne pour être grande reporter à O.K magazine) et puis il ne faudra pas oublier de poser en petit body dentelles évaporé (Les pages centrales pour Paris -match ! c'est obligé et pourquoi pas "Play boy"? en pas imaginaire du tout!)

Ah oui ! le plus important ! l'urgentissime, il faut ABSOLUMENT que je vous lise ! ;-)

Ecrit par : Frasby | 03.10.2009

@frasby : (ok magazine, ça n'existe plus…) (vous nous faites vieillir là d'un seul coup d'un seul ;-)
Pour les détails croustillants, j'attendrai la sortie de photos volés, ça fera plus scandaleux ;-)

Ecrit par : ficelle/sauf | 03.10.2009

Si je puis me permettre, je viens de déposer ceci : A bord du père fantôme -sur mon blog. Bonne journée à toutes et tous.

Ecrit par : Léon | 05.10.2009

Si je puis me permettre à mon tour ;-) : merci…

Ecrit par : ficelle/sauf | 05.10.2009

Ne pas lire, ne pas lire... tant que je n'ai trouvé le temps d'aller chercher ton roman...

Ecrit par : Sit | 06.10.2009

Tu noteras toutefois que les paquets de cigarettes virtuelles fumées lors d'interviews imaginaires coûtent beaucoup moins chères et sont nettement moins nocives : on peut donc les offrir et les têter sans modération.

Ecrit par : Cécile de Quoide9 | 13.10.2009

@sit : non, continue de lire…jusqu'à ce que tu trouves mon livre ;-)

Ecrit par : ficelle | 16.10.2009

@cecile : je n'y avais pas pensé… Il faut donc que je bascule dans une vie totalement imaginaire où je fumerais sans fumer : une nouvelle méthode !

Ecrit par : ficelle | 16.10.2009

Excellente cette interview, et sûrement pas si loin de la réalité, parfois...

Donc, à la très réelle Sophie, je dis aujourd'hui un grand Merci ! Je me suis régalée de ton livre, que j'ai justement lu le soir où Miss Cécile et toi faisaient la fête à Bordeaux. Que ce soit ton papa ou pas ton papa dans l'histoire m'importe peu, j'ai juste aimé tes mots, ton style, bref, une très jolie lecture... (oui, je sais, j'y aurais mis le temps... mais les livres, il ne faut pas les forcer, il y a des moments pour chacun, et avant ce n'était pas son tour...)

Billet chez moi dans quelques jours.

PS : le prix SNCF, tu le mérites !!!

Ecrit par : liliba | 24.10.2009

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