29.06.2009

Portrait de l'artiste en hors-la-loi

portraitdelartistehorslaloi.jpg Ma lecture du moment, superbe.
Je n'en suis qu'à la p.145 mais déjà je peux vous conseiller de le glisser dans vos valises, ou de le poser sur votre table de nuit si vous restez chez vous.

Les amateurs de peinture, de couleurs, de douleurs et d'âme humaine seront contentés.

 

 

26.06.2009

Version originale


podcast

La première fois
que j'ai entendu cette version, c'était au premier concert de Mathieu Boggaerts en novembre 1996, dans un petit bar-concert qui n'existe plus, Le Jimmy.

Je me souviens aussi de cette attente devant la télé pour voir le clip de Thriller. J'ai cette image précise dans la salle à manger de ma grand-mère, assise dans cet épouvantable fauteuil marron à fleurs. Fauteuil dans lequel j'ai passé du temps, de la lecture de Mickey Parade en mangeant du chocolat à quelques soirées devant les films du Cinéma de minuit (je voyais même les personnages de Folon s'envoler à la fin de la nuit…). Farah Fawcett est morte aussi. C'est sur ce même fauteuil que je regardais Drôles de dames.
La maison a été vendue depuis, et ma grand-mère est sans souvenirs à cause de cette maladie qui fait tout oublier, le pire et le meilleur.

Je me rappelle avoir dansé dans des bals de camping sur la côte atlantique, adolescente. Délicieux instants quand la vie a l'air tellement longue.

Ceci n'est pas un hommage, juste un enterrement.

 

23.06.2009

Et je suis devenue Zidane…

Ça n’a pas commencé calmement.
Tout de suite, dès 21h, ils étaient là, sous ma fenêtre, de plus en nombreux.
L’effervescence des uns, la bière des autres.
Cette rue résonne. Je pense que c’est à cause de cette grosse Cloche, qui est posée sur un bout de vieux rempart, et qui abrite la sainte église d’Éloi (un dimanche, il y a quelque temps, ils ont fait procession. Ils chantaient en latin, le prêtre secouait l’encens et ça m’a rappelé quelque chose qui n’a rien à voir avec les églises que j’ai très peu fréquentées, je ne sais pas quoi. Les prieurs-chanteurs marchaient donc derrière cette sorte de baldaquin-parapluie qui doit avoir un nom théologique. Devant, sagement, des enfants de chœur. Certains habillés de rouge, comme des minis évêques, un surtout, le cheveu très court, les mains jointes et son visage sérieux, ferveur. C’est cette église-là qui vit en dessous de la grosse cloche. On dit qu’il y eut ici des cachots…).
Donc peut-être à cause de cette énorme cloche, bref, ici t’éternues et toute la rue se mouche.
C’était comme si tous ces gens, venus assister à la soirée-concert, tous étaient assis avec moi sur mon canapé.

Il faisait chaud. J’ai fermé les fenêtres.
Qui ont des vitres simples. Simples comme fines. Simples comme qui servent  à pas grand chose.
J’ai monté le volume de la télé. J’écoutais Guyon parler à Envoyé spécial.
Plus tard, je suis allée lire. J’ai changé 3 fois de livres.
J’ai appelé la police.
J’ai mis des boules quiès. Comme les vitres, simples et inutiles.
J’ai regardé l’heure. J’ai rappelé la Police. Je me suis excusée de téléphoner encore, pour ça, alors qu’il y a des veuves en détresse et des orphelins à sauver.
Mais j’avais besoin d’aide.
Parce que je ne pouvais plus faire autre chose que penser à ça.
Et je n’ai pensé qu’à ça jusqu’à 1h30 du matin.
21h – 1h30
C’est long avec le bruit des autres qui prend toute la place dans ta tête.


Là, quand la musique s’est arrêtée,
qu’il ne restait sur la terrasse que 4 ou 5 personnes (alors qu’un quart d’heure avant, ils étaient au moins 20), là une voiture de la BAC est passée. Ils ont dit « faut baisser la musique, ça fait 2 fois qu’on nous appelle » et ils sont partis.

Sur mon lit, j’ai dit « Mais non, partez pas, j’ai besoin d’être secourue !!!! »

En dessous, un type a dit, bien fort
« c’est la connasse du dessus qui a pété les plombs, et qui a appelé les flics. Elle a qu’à aller vivre à la campagne. »

J’ai pas d’argent pour déménager.

Alors je me suis rhabillée, j’ai ouvert les volets, les fenêtres (tout ça fin comme du papier à cigarettes) et j’ai crié. (d’abord, je me suis présentée : c’est moi la connasse du dessus, et après j’ai crié.)

Je ne crie jamais. Même on trouve souvent que je ne parle pas assez fort. Je suis du genre « pointe des pieds », je dis « Bonjour Madame », je mouche mon nez, je m’excuse beaucoup, je remercie quand c’est moi qui donne une pièce (oui, je me suis surprise à dire Merci au moment où la pièce tombait dans la main tendue). Bref, je suis une fille qui fait pas de bruit.

Là, j’ai crié vraiment très fort.
Celle qui tient "le salon de thé bio qui fait du bruit comme un bar-club" m’a répondu, parmi des arguments divers et variés, que ce soir - et elle avait le droit, « j’ai le droit, elle disait, j’ai le droit et je t’emmerde » - ce soir donc, c’était une soirée à thème.
J’ai demandé « Et c’est quoi ton thème ?! »
Elle a répondu « Citoyen du monde. »

J’ai fermé ma fenêtre.

Épilogue : j’ai mis toute la journée à m’en remettre. Je déteste subir. Je déteste crier comme une hystérique. Je déteste tous ces gens pseudo-bio qui bouffent des tomates italiennes en hiver et qui font des soirées écolo-bobo en buvant de la Heineken. Je déteste l’éthique équitable qui consiste à faire aux autres ce qu’ils ne voudraient pas qu’on leur fasse.

Ça me rappelle une phrase sublime d’un monsieur qu’on arrosait par mégarde et qui hurlait :
« On n’est pas des carottes ! »
Parce que dans ma rue, les fruits et légumes, les thés et les paniers tressés, les tartes et les smoothies (dieu que ce mot est moche), reçoivent plus d’égard.
Alors, oui, hélas, on n’est pas des carottes…

À SUIVRE : dans le prochain épisode, vous saurez enfin comment Ficelle organise sa vengeance.
Fera-t-elle appel à un groupe armé et cagoulé (c’est interdit, je sais, mais c’est des méchants de toute façon, donc ils s’en foutent des lois) (sont un peu cons quand même au gouvernement, ils imaginent que les méchants vont se mettre à respecter le code de la route) (ça serait nouveau quand même) pour tout casser ?
Installera-t-elle un distributeur de coca-cola devant la porte pour combattre la bio attitude ?
Organisera-t-elle un banquet de carnivores dans la rue, avec supplément poulet aux hormones gratuit pour tous ?
Vous le saurez prochainement…

21.06.2009

Phase terminale

Je n'ai jamais lu de livre de David Foekinos. Je l'ai aperçu au Salon Lire en Poche à Gradignan cet automne. Il était assis à côté de Serge Joncour. Ils étaient grands tous les deux, et je me sentais petite. Et radieuse.
David Foekinos parle ici de son prochain livre, du travail final, quand il s'agit de relire et relire encore.
Il explique parfaitement les choses, l'état dans lequel ça met. Il le dit joliment, précisément, et je pense que tous ceux qui écrivent comprendront pourquoi j'ai été touchée par ces mots.

"(...) ces derniers temps, j’ai surtout été focalisé par l’entreprise de peaufinage de mon dernier roman. Au fond, c’est ce qui prend le plus de temps. L’édifice n’est rien sans le positionnement des virgules. Et puis, la dernière étape c’est toujours ainsi : on met tout en doute. Cette phrase, ce passage, ce dialogue : plus rien n’est voué à la certitude. En relisant mon roman, je pensais en permanence à tous les romans que ce roman aurait pu être. Aux autres chemins qu’il aurait pu parcourir, du drame à la bouffonnerie. Il y a dans l’écriture de roman comme une fidélité brutale : le début d’un mariage. On choisit une vie, on est monogame de la virgule, et puis, plus on avance, plus on pense à tous les points-virgules avec qui on pourrait être. Avec qui : on pourrait vivre une parenthèse. On attend la parution, comme un soulagement, comme une façon de se dire : « ça y est, maintenant, tu es dans ton cercueil : on ne peut plus te modifier »

Son roman s’appelle La délicatesse. Je l'achèterai.
Le mien sera en même temps dans les librairies. Un peu plus planqué que le sien, sans doute, et c'est logique.

Ce matin, j'ai à nouveau cette sorte de truc brillant qui me gène devant l'oeil. Normal, j'ai planté tous les clous du cercueil, mon oeil me signifie qu'il en a assez vu ;-)

(Plus tard, je vous raconterai peut-être comment je suis devenue Zidane, l'autre soir, en pétant les plombs avec les voisines du dessous. C'est pas glorieux, mais il y a sans doute des leçons à en tirer en matière de philo-sophie…)

13.06.2009

Dans le ventre des escargots

Hier soir, à minuit et demie, j’ai dit aux gens en dessous, ceux qui rigolaient fort et qui racontaient leurs vies autour d’une bière, j’ai dit par la fenêtre :
« Vous pouvez penser à ceux qui ont une vie différente de la vôtre ? »
Ils m’ont regardée comme si j’étais une sorte de dingue.

J’ai poursuivi : « Vous voyez, là, je ne peux pas dormir. Et je n’ai pas les moyens d’aller vivre ailleurs… »
Un grand débile m’a rétorquée avec un sourire moqueur : Dommage !
J’ai re-dit : « Oui, c’est dommage » mais là, j’ai ajouté quelque chose de triste et presque grave dans ma voix, comme si dans mon Oui, c’est dommage il y avait tout à la fois : la crise économique, les fins de mois difficiles, le RMI, manger plus de pâtes que de viande rouge, la pauvreté quand elle est humiliante, la grippe A, la planète qu’on détruit…

Il s’est tû et puis il a dit : « Ouais, ok, pardon, on va faire doucement. »
Un quart d’heure après, tous ces gens en terrasse étaient partis.

Juste avant, j’avais regardé des films d’animation sur Arte.
p5_lesventres.jpg Les Ventres, c’est un film de 16 minutes qui racontent un monde de Messieurs, très gros, tout ronds, qui mangent des escargots et qui font des affaires, c’est-à-dire des usines d’escargots modifiés pour être encore plus énormes, donc plus rentables. L’un d’eux finit par tomber, comme un cauchemar, dans une coquille vide au milieu d’une décharge de coquilles d’escargot. Il se retrouve dans une assiette, pour être mangé à son tour.

J’essaie d’avancer dans La physique des Catastrophes, mais je lis peu de pages le soir. Je ne sais pas si c’est l’effet Boules Quiès. Tout à coup, le silence cotonneux me berce, et je m’endors avec le gros livre sur la tête.

La température extérieure s’annonce délicieuse. Ça va donner un samedi soir agité (le bruit, ça rend un peu fou comme ça, t’en viens à préférer la pluie de préférence quand elle se met à tomber à partir de 19h et jusqu’à 2h du matin), une rue Sainte-Catherine remplie (le soleil, ça donne envie d’acheter des tongs et des shorts), des embouteillages sur la route des plages (le soleil donne les mêmes envies à tout le monde en même temps. C’est fédérateur le soleil).

Je vais faire la dernière re-lecture de "Mon père n’est pas mort à Venise", celle qui valide, celle qui dit : « OK, on y va, on imprime, on publie, on donne à lire aux autres maintenant. »
Celle qui fait peur, en fait.

Mais il y a autre chose à écrire, ça vient, ce ne sont pour l’instant que quelques pages. Moment privilégié. Délicieux début où tout s’invente librement, quand les phrases viennent toutes seules, qu’un monde peu à peu se crée, un monde à soi…

J’adore ces matins merveilleux, un peu calme, un peu chaud, des mots et du café.
Et juste un fin rayon de soleil sur mon petit orteil.

11.06.2009

La philo-sophie : une autre princesse…

badge.jpeg Que se passe-t-il quand, pile au moment où on n’aspire qu’à la paix et au repos, le vent se remet à souffler et la colline à redevenir une haute montagne ?
Un président qui n’aime pas la littérature vous dirait (dans un langage « que mêmes mes élèves ils le comprennent ») :
« tu retrousses tes manches, t’es content, t’es beau dans la tempête, tu fais des efforts et tu vas pas dans la rue crier tes difficultés, hein, oh, c’est quoi ça, tu crois que c’est pas difficile d’être président, et ben, moi je bosse, alors tu fais pareil, et tu la fermes. »

Vous pouvez essayer de lui expliquer que le problème c’est que justement vous aimeriez bosser, etc, il vous répondra toujours la même chose. Je vous l’ai dit, il n’aime pas la littérature…
Mais (heureusement) la philo-sophie n’est pas ce président et adore les livres, donc c’est une autre réponse que je vous ferai.
D’abord, disons-le franchement, les montagnes qui repoussent au moment où on rêve de faire une sieste bien méritée, c’est chiant.
On manque d’énergie, et aussi d’envies. Toujours se battre, et parfois on voudrait mettre sur pause, le temps de reprendre des vitamines par exemple…
Soit. On n’a pas toujours le choix.
Surtout, on ne remonte pas ses manches (c’est pas le moment d’attraper un rhume) (et en ce drôle de mois de juin, y'a des grippes redoutables). Donc on s’habille comme on aime, confortable, et on regarde le programme du jour. On pense quotidien, 24 heures, un jour après l’autre, et on verra demain.
Pourquoi, me direz-vous, ce conseil de rester collé au présent ?
Parce que dans ces moments d’extrême lassitude le futur est un vertige (la fameuse montagne).
On se concentre seulement pour que chaque jour soit un petit pas de plus vers soi. Ce qu’on veut pour sa vie (quitte à se battre… hein ?)

Par rapport au sommet à atteindre, il faudra sûrement se délester de 2 ou 3 trucs plus ou moins encombrants. Parfois même, il s’agit de sa fierté. Pas grave, l’amour-propre se perd et se regagne. Il faut savoir le considérer de loin dans certains cas, car ça peut être très gênant pour marcher l’amour-propre.
Au passage surtout, on n’oublie pas de se faire du bien (ça compense pour l’ego blessé, il faut donc le dorloter sur d’autres points sensibles).
Chaque jour, un cadeau, un moment de douceur, et n’oubliez pas : quelques pages de littérature !

En ce moment, je lis : La physique des catastrophes…

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