23.06.2009

Et je suis devenue Zidane…

Ça n’a pas commencé calmement.
Tout de suite, dès 21h, ils étaient là, sous ma fenêtre, de plus en nombreux.
L’effervescence des uns, la bière des autres.
Cette rue résonne. Je pense que c’est à cause de cette grosse Cloche, qui est posée sur un bout de vieux rempart, et qui abrite la sainte église d’Éloi (un dimanche, il y a quelque temps, ils ont fait procession. Ils chantaient en latin, le prêtre secouait l’encens et ça m’a rappelé quelque chose qui n’a rien à voir avec les églises que j’ai très peu fréquentées, je ne sais pas quoi. Les prieurs-chanteurs marchaient donc derrière cette sorte de baldaquin-parapluie qui doit avoir un nom théologique. Devant, sagement, des enfants de chœur. Certains habillés de rouge, comme des minis évêques, un surtout, le cheveu très court, les mains jointes et son visage sérieux, ferveur. C’est cette église-là qui vit en dessous de la grosse cloche. On dit qu’il y eut ici des cachots…).
Donc peut-être à cause de cette énorme cloche, bref, ici t’éternues et toute la rue se mouche.
C’était comme si tous ces gens, venus assister à la soirée-concert, tous étaient assis avec moi sur mon canapé.

Il faisait chaud. J’ai fermé les fenêtres.
Qui ont des vitres simples. Simples comme fines. Simples comme qui servent  à pas grand chose.
J’ai monté le volume de la télé. J’écoutais Guyon parler à Envoyé spécial.
Plus tard, je suis allée lire. J’ai changé 3 fois de livres.
J’ai appelé la police.
J’ai mis des boules quiès. Comme les vitres, simples et inutiles.
J’ai regardé l’heure. J’ai rappelé la Police. Je me suis excusée de téléphoner encore, pour ça, alors qu’il y a des veuves en détresse et des orphelins à sauver.
Mais j’avais besoin d’aide.
Parce que je ne pouvais plus faire autre chose que penser à ça.
Et je n’ai pensé qu’à ça jusqu’à 1h30 du matin.
21h – 1h30
C’est long avec le bruit des autres qui prend toute la place dans ta tête.


Là, quand la musique s’est arrêtée,
qu’il ne restait sur la terrasse que 4 ou 5 personnes (alors qu’un quart d’heure avant, ils étaient au moins 20), là une voiture de la BAC est passée. Ils ont dit « faut baisser la musique, ça fait 2 fois qu’on nous appelle » et ils sont partis.

Sur mon lit, j’ai dit « Mais non, partez pas, j’ai besoin d’être secourue !!!! »

En dessous, un type a dit, bien fort
« c’est la connasse du dessus qui a pété les plombs, et qui a appelé les flics. Elle a qu’à aller vivre à la campagne. »

J’ai pas d’argent pour déménager.

Alors je me suis rhabillée, j’ai ouvert les volets, les fenêtres (tout ça fin comme du papier à cigarettes) et j’ai crié. (d’abord, je me suis présentée : c’est moi la connasse du dessus, et après j’ai crié.)

Je ne crie jamais. Même on trouve souvent que je ne parle pas assez fort. Je suis du genre « pointe des pieds », je dis « Bonjour Madame », je mouche mon nez, je m’excuse beaucoup, je remercie quand c’est moi qui donne une pièce (oui, je me suis surprise à dire Merci au moment où la pièce tombait dans la main tendue). Bref, je suis une fille qui fait pas de bruit.

Là, j’ai crié vraiment très fort.
Celle qui tient "le salon de thé bio qui fait du bruit comme un bar-club" m’a répondu, parmi des arguments divers et variés, que ce soir - et elle avait le droit, « j’ai le droit, elle disait, j’ai le droit et je t’emmerde » - ce soir donc, c’était une soirée à thème.
J’ai demandé « Et c’est quoi ton thème ?! »
Elle a répondu « Citoyen du monde. »

J’ai fermé ma fenêtre.

Épilogue : j’ai mis toute la journée à m’en remettre. Je déteste subir. Je déteste crier comme une hystérique. Je déteste tous ces gens pseudo-bio qui bouffent des tomates italiennes en hiver et qui font des soirées écolo-bobo en buvant de la Heineken. Je déteste l’éthique équitable qui consiste à faire aux autres ce qu’ils ne voudraient pas qu’on leur fasse.

Ça me rappelle une phrase sublime d’un monsieur qu’on arrosait par mégarde et qui hurlait :
« On n’est pas des carottes ! »
Parce que dans ma rue, les fruits et légumes, les thés et les paniers tressés, les tartes et les smoothies (dieu que ce mot est moche), reçoivent plus d’égard.
Alors, oui, hélas, on n’est pas des carottes…

À SUIVRE : dans le prochain épisode, vous saurez enfin comment Ficelle organise sa vengeance.
Fera-t-elle appel à un groupe armé et cagoulé (c’est interdit, je sais, mais c’est des méchants de toute façon, donc ils s’en foutent des lois) (sont un peu cons quand même au gouvernement, ils imaginent que les méchants vont se mettre à respecter le code de la route) (ça serait nouveau quand même) pour tout casser ?
Installera-t-elle un distributeur de coca-cola devant la porte pour combattre la bio attitude ?
Organisera-t-elle un banquet de carnivores dans la rue, avec supplément poulet aux hormones gratuit pour tous ?
Vous le saurez prochainement…

Commentaires

Tu les bombardes de ballons?

Ecrit par : Aude | 23.06.2009

ballons remplis d'eau ? ;-)

Ecrit par : ficelle | 23.06.2009

C'est hallucinant cette histoire ! je crois que je hurlerais tous les soirs. Et je crois que j'écrirais au Procureur de la République sur l'intervention de la police !! Qu'as-tu concocté comme vengeance ?

Ecrit par : Aifelle | 24.06.2009

le seau de javel, c'est pas mal aussi.

Ecrit par : lea lee walker | 24.06.2009

@aifelle : je ne hurle que les soirs de pleine lune ;-) je réfléchis à la vengeance…

@lea leee : il me faut une vengeance où je ne me retrouve pas au tribunal ;-)

Ecrit par : ficelle | 24.06.2009

Je te comprends et je les comprends aussi, parce qu'on peut tous se retrouver dans chacun des cas, finalement, le tien et le leur.

Mais aller jusqu'à traiter une femme qui est fatiguée et que ce bruit dérange à tel point qu'elle craque (mince, comment lui en vouloir ? ) de "connasse du dessus", moi ça me sidère. C'est réducteur, cruel et totalement irrespectueux.

Ce que j'ai le plus de mal à comprendre, c'est le manque d'empathie de nos sociétés dites civilisées.

Ecrit par : nathalie | 24.06.2009

Je te félicite d'avoir crié. Je fais pareil quand jsuis trop fatiguée de supporter le bruit de ma rue, ça fait péter les plombs et c'est juste normal. On m'a déjà traité de tous les noms mais à ce moment là, quand on m'insulte, je descends. J'ai pu remarquer qu'ils se permettent plus de choses quand on est en hauteur alors je me mets à la leur et je vais les voir. A ces moments là, j'ai pas peur car je suis remontée comme une pile et je sais pas ce qui se passe à ce moment là mais c'est un peu comme s'il me poussait des muscles tout à coup, un genre de truc à la wonder woman. En descendant les escaliers, j'en profite pour me calmer. Je coince la porte d'entrée avec le loquet, le plus calmement possible, je me force à pas avoir d'accès violent et je leur demande de répéter l'insulte face à face. Ils sont tout cons généralement et moi fière de mon calme apparent. Bon... ils se taisent pas toujours pour autant, ils se rendent pas compte que ça résonne... malheureusement. Grosse biz ma jolie

Ecrit par : malou | 24.06.2009

@nathalie : oui, j'avais évoqué dans une philo-sophie ce problème de "se mettre à la place de l'autre" qui fait des situations compliquées parfois. Le manque d'empathie, ici, est proportionnel à la quantité de bière ingurgitée… À un peu d'orgueil aussi, sans doute. Et puis la vie n'est pas simple, c'est une donnée de base ;-)

Ecrit par : ficelle | 24.06.2009

@malou : merci pour cette solidarité de connaisseuse… Une autre vie s'ouvre à toi, si j'ai bien compris, avec moins de bruits ;-)
Et la prochaine fois, je descends avec mon tract gravé dans la pierre ;-)

Ecrit par : ficelle | 24.06.2009

Ah! Quelle horreur, je te comprends, je ne peux pas dormir s'il y a le moindre bruit (genre deux personnes qui parlent dans la rue) et les boules quiès sauvent mes voyages...
Le problème, c'est qu'on n'a pas le droit de faire ce dont on rêve:
Arroser les fleurs (ah zut ça coule sur les gens en bas... ^_^)
Ouvrir ses fenêtres, mettre à fond et en boucle une musique du goût inverse de celle des gens du bas (de l'opéra s'ils mettent du rock, ou un truc bien hard s'ils mettent du cool jazz; attends, j'ai pire : le musette, à fond, pas mal, non?)
Et là tu pars de chez toi pendant une heure.
L'ennui c'est qu'au retour c'est toi qu'on accuse de tapage nocturne...
Au fait, ils sont sourds les autres habitants de la rue?
J'attends tes solutions. Le plus sage : discuter calmement avec les patrons, s'entendre sur une heure limite de tapage?

Ecrit par : keisha | 25.06.2009

Je ne sais pas ce que je ferais en pareille occasion. Rien je suppose. Je resterais dans mon appart en fulminant, en grognant, en pestant. Et le lendemain je ferais comme si de rien... Je suis de ceux qui subissent... :p
Bon courage, et vite, vite, la suite !

Ecrit par : liam | 25.06.2009

je compatis grave.
(faut dire que j'ai habité à 12 mètres d'une salle des fêtes louée tous les samedi pour les mariages. Et on ne se marie qu'une fois dans sa vie, hein ! On a bien le droit, dis donc. Bah, v'nez donc boire un coup avec nous ! Nan, on ferme pas les doubles-portes battantes anti-bruit parce qu'il fait trop chaud dedans. A la queuleuleu à la queueleuleu ahhhaaahhhh. Bref...)
Je crois que la seule solution serait un arrangement à l'amiable avec les horaires du soir de la gargote du dessous ? Et puis c'est la terrasse le problème, c'est moins bruyant s'ils restent dedans ?
Sinon, tu pourrais faire courir un bruit, une rumeur, comme quoi ce qui est servi dans cet établissement est à la base bombardé de rayon gamma et que tous les chiens du quartier font pipi sur les tomates cerises... ? Tu pourrais raconter à voix très haute que "tu sais pas ce que tu as mangé, mais qu'est-ce que t'as mal au bide !" (suivi d'une illustration sonore dont je te laisse le choix..?)
Courage Ficelle !!! Tu les auras. Avec la récession, la crise, ils vont mettre la clé sous la porte, et tu rachèteras, tu mettras un écriteau "écrivain public" de 10h à 19h la semaine et jusqu'à 19h15 le week-end.

Ecrit par : pagesapages | 25.06.2009

@keisha : j'ai commencé par parler… Je crois aux pouvoirs des mots ;-) mais ensuite je crois qu'il faut s'armer de patience. Et de double-vitrages !

@liam : je suis un peu du genre comme toi… C'est dire si ma limite a été atteinte ce soir-là ;-)

@pagesapages : tu n'as pas à ta connaissance un livre dont le sujet serait Comment se débarrasser de voisins bruyants ? Je note toutes les idées en tout cas, même celle d'écrivain public ;-)

Ecrit par : ficelle | 25.06.2009

la vengeance de ficelle, vite!!!

Ecrit par : Droufn | 30.06.2009

@droufn : j'y arriverai à force. J'ai commencé à lister des textes de banderoles… (j'ai bien aimé l'idylle de la scie et du thon, c'est toi qui dessines ?)

Ecrit par : ficelle | 30.06.2009

Oh! ba non, j'ai mis en dessous les coordonnées de la source.. quand je dessine c'est nettement moins bien.. C'est gentil d'être passé, tu peux laisser un message tu sais, je t'en voudrai pas! :)

Ecrit par : Droufn | 30.06.2009

Visiblement, ça ne s'arrange pas ... j'étais à Lyon la semaine dernière et j'ai manqué ce dernier épisode. Bises et bon courage en attendant.

Ecrit par : Une autre voisine | 30.06.2009

@droufn : j'en laisserai, t'inquiète pas ;-)

@une autrevoisine : c'est à mon avis le début d'une longue série…

Ecrit par : ficelle | 01.07.2009

sur le reste je ne sais pas, je n'y étais pas... mais assez d'accord avec toi sur le côté hyper énervant d'une certaine catégorie de personnes pseudo bobo, pseudo écolo et vraiment agaçante qui, comme tu le dis, vont te faire des leçons de morale parce que tu prends un taxi de temps en temps plutôt que le métro mais n'hésitent pas de leur côté à faire une consommation de produits jetables en plastique (couverts, sacs, etc.) à peu près équivalente à celle d'une ville de 200.000 habitants pendant un an.

Ecrit par : Cécile de Quoide9 | 11.07.2009

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