13.06.2009
Dans le ventre des escargots
Hier soir, à minuit et demie, j’ai dit aux gens en dessous, ceux qui rigolaient fort et qui racontaient leurs vies autour d’une bière, j’ai dit par la fenêtre :
« Vous pouvez penser à ceux qui ont une vie différente de la vôtre ? »
Ils m’ont regardée comme si j’étais une sorte de dingue.
J’ai poursuivi : « Vous voyez, là, je ne peux pas dormir. Et je n’ai pas les moyens d’aller vivre ailleurs… »
Un grand débile m’a rétorquée avec un sourire moqueur : Dommage !
J’ai re-dit : « Oui, c’est dommage » mais là, j’ai ajouté quelque chose de triste et presque grave dans ma voix, comme si dans mon Oui, c’est dommage il y avait tout à la fois : la crise économique, les fins de mois difficiles, le RMI, manger plus de pâtes que de viande rouge, la pauvreté quand elle est humiliante, la grippe A, la planète qu’on détruit…
Il s’est tû et puis il a dit : « Ouais, ok, pardon, on va faire doucement. »
Un quart d’heure après, tous ces gens en terrasse étaient partis.
Juste avant, j’avais regardé des films d’animation sur Arte.
Les Ventres, c’est un film de 16 minutes qui racontent un monde de Messieurs, très gros, tout ronds, qui mangent des escargots et qui font des affaires, c’est-à-dire des usines d’escargots modifiés pour être encore plus énormes, donc plus rentables. L’un d’eux finit par tomber, comme un cauchemar, dans une coquille vide au milieu d’une décharge de coquilles d’escargot. Il se retrouve dans une assiette, pour être mangé à son tour.
J’essaie d’avancer dans La physique des Catastrophes, mais je lis peu de pages le soir. Je ne sais pas si c’est l’effet Boules Quiès. Tout à coup, le silence cotonneux me berce, et je m’endors avec le gros livre sur la tête.
La température extérieure s’annonce délicieuse. Ça va donner un samedi soir agité (le bruit, ça rend un peu fou comme ça, t’en viens à préférer la pluie de préférence quand elle se met à tomber à partir de 19h et jusqu’à 2h du matin), une rue Sainte-Catherine remplie (le soleil, ça donne envie d’acheter des tongs et des shorts), des embouteillages sur la route des plages (le soleil donne les mêmes envies à tout le monde en même temps. C’est fédérateur le soleil).
Je vais faire la dernière re-lecture de "Mon père n’est pas mort à Venise", celle qui valide, celle qui dit : « OK, on y va, on imprime, on publie, on donne à lire aux autres maintenant. »
Celle qui fait peur, en fait.
Mais il y a autre chose à écrire, ça vient, ce ne sont pour l’instant que quelques pages. Moment privilégié. Délicieux début où tout s’invente librement, quand les phrases viennent toutes seules, qu’un monde peu à peu se crée, un monde à soi…
J’adore ces matins merveilleux, un peu calme, un peu chaud, des mots et du café.
Et juste un fin rayon de soleil sur mon petit orteil.
10:32 Publié dans Les conversations | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note











Commentaires
Hâte de lire ce roman moi avoir. :-)
Ecrit par : pagesapages | 13.06.2009
Quel suspens ce Livre... on trépigne ( on ira trépigner sous vos fenêtres avec des tambourins, des sifflets,des trompettes, des gamins ) Batucada tous les soirs sous vos fenêtres jusqu'à la sortie du bouquin, ça vous dit ?
AH la la le bruit, vous en parlez et je vous vois à votre fenêtre. Et je souffre pour vous. Et encore là, ça finit bien.
C'est un sujet terrible le bruit. A une époque j'habitais un quartier de boites de nuit, de restaurants de blaireaux, l'été c'était terrible, et quand on n'en pouvait plus de demander gentiment, quand on en avait marre d'être sympas tristement on leur balançait l'eau des nouilles sur la tête (juste tiède avec deux ou trois nouilles dedans). Je regrette cette époque héroïque. D'autant qu'avant de balancer l'eau des nouilles sur la tête de ma Screugneugneu de voisine du dessus il faudrait que je fasse au moins 10 ans d'école du cirque ... Bon je ne m'étends pas, j'espère qu'ils vous laisseront tranquille , le grand débile et ses copains sinon j'y vais et je les écrase tous (avec ma voiture Anti voisin 3000).
Bravo pour le billet !
Ecrit par : frasby | 14.06.2009
"J’essaie d’avancer dans La physique des Catastrophes, mais je lis peu de pages le soir. Je ne sais pas si c’est l’effet Boules Quiès. Tout à coup, le silence cotonneux me berce, et je m’endors avec le gros livre sur la tête." : héhéhé, j'ai bien ri... je ne peux plus me passer de mes boules quiès non plus et je dois dire que Tolstoï se retrouve souvent en forme d'oreiller...
Ecrit par : Magda | 15.06.2009
si tu veux au vu des réjouissances du vikende prochain, je peux te faire deux lits...
Ecrit par : lea lee walker | 15.06.2009
La dernière re-lecture, ouille, je comprends. ;-)
Allez, bon courage à toi.
Ecrit par : nathalie | 15.06.2009
@pagesapages : moi aussi, hâte qu'il aille sous vos yeux ;-)
@frasby : Je réfléchis à un jeté de tracts. Je crois au pouvoir des mots ;-)
(des tracts à l'ancienne, gravés dans la pierre de taille)
@magda : Tu as une marque à me conseiller ? Parce que les miennes sont roses fluo et débordent beaucoup des oreilles… c'est pas très sexy, et moi-même je me fais un peu peu dans la glace au réveil.
@lealeewalker : figure-toi que l'éducation nationale a choisi le 22 juin à 8h pour l'écrit de français… La fête de la musique va donner de petits yeux aux pauvres enfants dont les parents n'ont pas les moyens de s'équiper en double-vitrage !
@nathalie : merci… je sais que tu sais ;-)
Et belle équipe de filles dans cette liste-là !
Ecrit par : ficelle | 15.06.2009
J'ai hâte de le lire aussi ce nouveau roman.
Ecrit par : Aude | 15.06.2009
Je ne mangerai plus jamais d'escargot sans faire très attention de ne pas machouiller un gros monsieur par mégarde !
Ecrit par : Cécile de Quoide9 | 16.06.2009
la voix chevrottante.
"Le soleil est fédérateur"... sans doute. Là où il y a des saisons. Bien dit en tout cas.
Ecrit par : choule[bnkr] | 16.06.2009
@aude : bientôt dans toutes les bonnes librairies ;-)
@ cecile : moi je n'en mangeais déjà pas… au cas où ;-)
@choule : oui, ce fameux dicton ne veut rien dire, comme tous les dictons ;-)
Ecrit par : ficelle | 16.06.2009
J'espère qu'il y a une bonne librairie près de chez moi ! :p
Je me suis fais réveillé d'un coup de coude dans les côtés à cause de mes boules quiès cette nuit. Comme quoi j'entendrais pas que ma fille pleure, que c'est pas moi qui me lève. J'ai voulu répondre que c'était tout l'intérêt de se mettre ces bouts de mousse fluo (les miennes aussi) (une verte, une orange) dans le fond des oreilles...
Mais je me suis levé. :o)
Ecrit par : liam | 16.06.2009
Excellente cette idée de jeter des tracts à l'ancienne, je crois que je vais l'experimenter
(vous voulez dire le genre de tablettes comme celles des dix commandements dans les Cecil b de mille ?)
Ecrit par : frasby | 17.06.2009
je le savais bien, que c'était des sadiques.
Ecrit par : lea lee walker | 17.06.2009
Malgre tout, tu parviens a nourrir tes tresors !
Ecrit par : Miss Zen | 17.06.2009
@liam : il y a toujours une bonne librairie près de chez soi… pour les boules quiès, oui, le risque, c'est ça : on n'entend plus RIEN… ;-)
@frasby : je pensais exactement à ce type de tracts ! Imprimés par un tailleur de pierre…
@lea lee : qui ça les sadiques, mes voisins du dessous ou les escargots ?
@misszen : je ne suis pas de celles qui renoncent ;-)
Ecrit par : ficelle | 17.06.2009
la physique des catastrophes... je ne suis pas parvenue à aller jusqu'à la fin. peux-tu me dire ce que tu y trouves d'intéressant ?
Ecrit par : peekaboo | 17.06.2009
l'éducation nationale... qui semble parfois si près de l'escargot, pourtant.
Ecrit par : lea lee walker | 19.06.2009
Oui, c'est ça, au bout d'un moment, seul un tailleur de pierre peut nous fabriquer quelques tracts à la hauteur de cette ambition qui devient de plus en plus difficile à concevoir sur la durée : pouvoir être tranquille chez soi
(Je sais ça fait un peu "mémère" mais le trac du tailleur de pierre est une idée fulgurante. Une idée after-punk ;-). Retrouver la tranquillité par le chaos. (choc des mots, poids des tracts à l'ancienne)... J'aimerais voir ça au moins une fois .
Ecrit par : frasby | 19.06.2009
@peekaboo : j'ai laissé tomber il y a 2 jours… Mais les conditions de lecture étaient mauvaises. J'ai fini par trouver ça étouffant toutes ses sources, ce ton très rempli de détails et de digressions. Je ne sais pas si je le reprendrai.
Ecrit par : ficelle | 21.06.2009
Décidément, il s'en passe des choses dans ta rue !!!
Pour La physique des catastrophes, je l'ai dévoré et n'ai pas dormi dessus (ni dessous !).
Ecrit par : liliba | 21.06.2009
@lea lee : yes, je comprends mieux… Oui, sadisme et coquille d'escargot, vide ou lente, à choisir…
Ecrit par : ficelle | 21.06.2009
@ frasby : juré, si je passe à l'arme massive je prends une photo pour vous.
Ecrit par : ficelle | 21.06.2009
@liliba : comme je l'ai dit au-dessus, je ne suis pas arrivée au bout… Mais j'avoue qu'il est associé à des heures difficiles et bruyantes. Peut-être que je vais lancer sur mes voisines du dessous tous les livres que je n'arrive pas à lire à cause d'elles ;-)
Ecrit par : ficelle | 21.06.2009
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