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27.05.2008

Premier passage radio !


podcast

Radio France Bleu Gironde : le 26 mai 2008 

 

23.05.2008

philo-sophie en librairie

Il y a des rêves que l’on a. Longtemps on ne sait pas ce qui tient du rêve (au sens irréel, imaginaire, qui ne se réalisera jamais) et ce qui tient du ventre (c’est-à-dire qu’on voudrait vivre ça absolument, cela semble impossible de ne pas-jamais).
Il y a aussi des heures de travail que l’on fait. Avec le plaisir, les doutes, les questions, l’envie tout le temps. Trimballer un petit cahier, tout arrêter pour y noter un mot, une phrase.
Il y a les découragements.
Je me souviens d’un rendez-vous professionnel très très raté, avec la pluie sur moi et mes jolis cheveux tout bien coiffés à l’aller, collés au visage à cause de la pluie au retour, et cette lettre qui était arrivée pendant le rendez-vous misérable qui disait «  gna gna pas assez, trop, bref pas notre ligne éditoriale ».
Alors, pitoyable, devant mon miroir, tous mes refus en main et en tête, le brushing disparu, je regardais ce qu’en l’espace de 2 heures j’avais perdu comme espoirs et comme confiance. « T’es même pas belle ! », je me suis murmurée… (ça m’a fait un peu sourire du coup) (et après j’ai pleuré) (enfin à ma façon, parce que je fais partie de la secte de ceux qui pleurent à l’intérieur) (c’est pour ça que j’adore éplucher les oignons et faire de la moto très vite, parce que ça fait couler les larmes sur les joues)
Et la vie a continué.

Il y a aussi la réalité qui prend forme. Qui devient un texte. Fini. Un objet. Fini.
À lire, à commenter, à diffuser, à assumer, à offrir, à expliquer, à vendre…
Je ne savais pas que cette étape contenait avec l’excitation autant de trouilles. (j’aurais pû m’en douter, vu que je suis la fille du monde qui a le plus peur tout le temps).

En philo-sophie, on considère que l’expérience des uns va bien aux autres – et vice versa – donc,
Il y a de la panique à finir les choses (et oui, c’est d’un confortable de jamais rien finir, de rester vaguement dans son rêve, zéro risque de se planter…)
Il y a du désir d’être aimé dans chacun de nos gestes (ah, ce serait tellement bien d’être une sorte de personne idéale qui fait l’unanimité, de ne jamais décevoir personne…)
Il y a du bonheur à faire-être-vivre comme on aime (ça, c’est pas évident à organiser, mais faut pas se résigner, faut s’acharner et s’obstiner malgré les petits moments affreux seul devant sa glace et le cheveu qui dégouline et la terre entière qui nous comprend pas)

Mon livre se vend dans des librairies.
Depuis une vingtaine d’années, quand je disais «  j’écris », immédiatement après on me posait cette question : « vous avez édité quoi ? », question à laquelle je répondais « rien ». Flop.
Désormais je pourrais répondre La libraire a aimé.
(c’est trop stylé, comme dirait mon fils, qui lui focalise sur cet aspect-là de l’événement) (mais au fond c’est peut-être lui qui a raison…) (ce « trop stylé » contient en lui-même ma joie immense que j’ai encore un peu de mal à exprimer).
 
Il y a matière ici à reprendre du magnésium… et à vous remercier de participer à l’aventure de toutes ces écritures !

08.05.2008

philo-sophie vraiment bien !

Ce matin, je voulais parler des nourritures affectives, du bonheur quand il se diffuse à ce point-là, de l’émerveillement du débutant face aux réflexes du professionnel, du sourire idiot qui ne me quitte pas depuis vendredi (un peu sainte-sophie doublée de la face béate du merlan frit), d’une grand-mère qui au milieu de sa résignation à être vieille et rangée dans une maison de retraite sourit de tout son dentier en disant « mais c’est vraiment ton nom écrit sur la couverture ».

Je voulais parler des émotions (tellement), de la fierté d’une petite jeune fille parce que c’est son premier livre dédicacé qui n’est rien comparée à la mienne de la voir repartir avec mon livre serré dans la main, d’une lecture à voix haute qui raconte ma musique…

Je voulais parler enfin du sentiment d’être vraiment bien, vraiment bien et pas juste bien, et de se sentir comme à sa place (penser à vous dire qu’on peut être soi-même et émue, que le trac n’empêche pas de parler,  que Sartre l’avait dit « On est ce qu’on fait » et que j’ai vérifié) (c’est un vrai bon tuyau, le truc de Sartre, si tu fais rien il ne se passera rien de toutes façons)
 
Et puis je me suis dit, mais comment fait-on la différence entre un truc "bien" et un truc "vraiment bien" ?
Démonstration par l’exemple.
Je développerai un cas peut-être davantage approprié aux filles.
(mais pour les garçons plus binaires qui seraient parmi les lecteurs, je conseille l’exemple du match de foot : "bien" c’est aller jusqu’en finale de la Coupe du Monde et perdre aux penaltys, "vraiment bien" c’est la victoire de 1998) (ce qui est bien avec les personnes binaires, c’est que c’est moins compliqué à expliquer, si on choisit les bons termes, ça leur parle tout de suite. Et ça, pratiquer la pensée binaire, je m'y essaie régulièrement, ça me fait des vacances) (un peu comme quand on vous conseille de prendre un bain pour vous relaxer)
Donc pour les autres, filles et toutes personnes compliquées qui se vautrent dans la nuance, je prendrais le cas de l’achat de la paire de chaussures.
 
« Vraiment bien » : c’est la nouvelle paire de chaussures qui va avec tout. Les magiques, faites pour redonner de la valeur à toute une garde-robe, on les enfile et cette jupe qui ne ressemblait à rien devient soudain la pièce maîtresse d’un dressing en désuétude, même le tee-shirt H&M a l’air siglé Chanel du coup. Cet événement grandiose se vit d’abord en face à face avec soi-même. Puis avec son miroir  (et on se les regarde ses godasses toutes neuves, de face, de profil, d’en haut…) Et enfin nous voilà avec des ailes ! Marchant dans les rues comme un top model avec en plus l’assurance délicieuse du combattant qui affronte le parcours !
 
« Bien » : c’est la nouvelle paire de chaussures (hyyyyper belles) qui va avec… RIEN.
 
Vous mesurez ici immédiatement l’immense différence.
 
Alors, pour résumer, en ce moment j’ai l’impression de m’acheter la paire de bottes de 7 lieues, celles avec des grandes ailes sur le côté, tous les quarts d’heure !
 
Ce qui ne m’empêche pas de lorgner sur une paire de nu-pieds argentés, toutes simples donc d’un prix indécent. Parce que l’être humain est un être de désir… Mais ceci est une autre philo-sophie.

À suivre…

07.05.2008

vie privée 5.

Pour peu qu’on n’oublie pas qu’on est « un homme fait de tous les autres et qui les vaut tous ».
Jean-Paul Dubois citant Jean-Paul Sartre

    Je suis un écrivain. Je ne le dis à personne, de temps en temps en chuchotant je dis que j’écris un peu… Mais je sais au fond de moi que je suis un écrivain. Il y a 10 ans j’ai envoyé un manuscrit chez Gallimard. Dans une enveloppe kraft, avec écrit dessus Gallimard et l’adresse. Une femme m’a téléphoné 3 semaines après. Elle s’appelait Mme Lemarchand, elle était bouleversée à cause de mon texte. Mais il y avait un circuit à respecter, une autre lecture nécessaire avec une autre personne.
J’ai décidé d’aller à Paris pour la rencontrer.

Elle était surprise quand au téléphone je lui ai dit que j’étais là, dans la rue de la maison d’édition. Elle m’a demandé de l’attendre au café qui fait l’angle. Elle est venue et nous avons parlé un peu. Elle disait que c’était bien, que l’écriture faisait la musique qu’elle aime, qu’il y avait quelques défauts, ceux des débutants. J’ai souri, elle était gentille cette dame. C’est la première fois qu’on m’accordait une attention. Après elle m’a fait visité les bureaux, et elle m’a offert des livres.
Le deuxième lecteur, il n’a pas aimé. Le troisième non plus. Elle m’a dit ça ne fait rien, vous m’envoyez le prochain.
Quelques mois ont suivi et j’ai posté une nouvelle enveloppe Kraft. Il y avait écrit Gallimard, et en dessous à l’attention de Mme Lemarchand et puis l’adresse. Elle m’a téléphoné un soir, il était tard et je l’entendais mal. Sa voix était rassurante, douce. Dans mon souvenir, elle était émue. Je ne peux pas dire qu’elle pleurait, mais il y avait quelque chose d’étranglée. Elle a répété, comme la première fois, c’est bouleversant, et puis comme si je devais promettre : surtout n’arrêtez jamais d’écrire…
Quelquefois aujourd’hui je me dis que j’ai rêvé, que j’ai tout inventé, cette dernière phrase surtout qui est énorme, une phrase démente.
Depuis je n‘ai plus de nouvelles. Une jeune femme au standard chez Gallimard m’a dit qu’elle était en congé maladie, c’est tout ce que j’ai pu savoir à ce moment-là. Et puis elle a disparu. Il n’y a pas de Mme Lemarchand qui travaille ici.
Je pense qu’elle est morte.

Je ne la connaissais pas vraiment, elle a été aimable avec moi, accueillante et polie. Sauf au téléphone, les deux fois, là elle était passionnée. Le mot qu’elle a utilisé la dernière fois que je l'ai entendue, c’est « bouleversé » : « je viens de lire votre texte, je suis bouleversée ». Ça m’a tétanisé. Encore maintenant quand je pense à cette phrase, je reste figé quelques secondes. Depuis, je n’ai envoyé aucun manuscrit à personne. J’imagine qu’il n’arrive pas deux fois la même chose. C’était ma chance.

J’ai oublié sa voix. Depuis 10 ans, c’est normal. Quelquefois, en rigolant, je me dis que j’ai quand même pas de bol, je tombe sur une professionnelle du livre que je bouleverse et elle meurt sans rien dire.

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