04.09.2010

Ma rentrée des extraits littéraires (2)

Je vais lire l'extrait de La carte et le territoire, Houellebecq…
J'ai toujours trouvé ses titres parfaits. Mais je n'ai lu de lui qu'Extension du domaine de la lutte. À l'époque (1995, par là, l'époque où je le trouve en poche), il faisait partie des prometteurs, précurseurs, des écritures "nouvelles".

houellebecq.jpgJe ne savais rien de lui (rappelez-vous, j'étais à la fac qui s'arrêtait dans les années 50, donc je faisais ma culture littérature contemporaine façon perso), il n'était pas encore cet objet de fascination-détestation, et j'avais trouvé ça chiant.

(dans la même collection poche genre "découvertes", y'avait Yann Moix. Je me rappelle, le livre m'était tombé des mains, je me rappelle avoir dit à voix haute "J'ai jamais rien lu d'aussi mal écrit") (je parle parfois à voix haute, surtout après avoir lu un livre). Avec Extension, pareil. Et depuis j'ai boudé. (j'ai la rancune bêtement tenace avec les auteurs). Mais pas totalement fermée non plus. J'écoute ce qu'on dit, j'observe de loin. Ni haineuse. Je réponds Pourquoi pas ? quand on m'en parle.
(Bon, Moix, je reste fermée par contre, sa posture m'emmerde) (celle de Houellebecq est plus intéressante).

Alors je prends l'extrait…
Je pourrais me laisser aller…
Sauf 2 ou 3 trucs : le verbe MAUGRÉER, "maugréa Jed", et le verbe ARGUER, "argua l'employé du service clientèle". C'est totalement subjectif, je sais, mais j'aime pas ces 2 mots, en plus au passé simple.
La troisième chose, c'est le sérieux de l'écriture, ou plutôt une écriture qui se prend au sérieux.

Les Inrocks disent :"complexe, subtil et virtuose jusqu'au vertige". C'est le genre d'argument qui m'effraie un peu, ça sent le "on comprend rien" des intellos…

Donc j'ai décidé que ce livre, une fois en poche, serait ma nouvelle tentative d'expérience houellebecquienne. J'attends la gifle, toutes joues offertes…

 

01.09.2010

Ma rentrée des extraits littéraires (1)

Je lis l'extrait de Suite(s) impériale(s) de Bret Easton Ellis…
La lecture glisse, je tourne les pages, envie de lire la suite… Écriture simple, phrases courtes qui alternent avec certaines qui font des paragraphes entiers. Il nous parle directement. Bret Easton Ellis pratique une autofiction différente de celle à la française, il joue avec les narrateurs et lui-même, les personnages reviennent sur leurs propos. Moi il m'intrigue…

J'ai lu ces premiers livres. À l'époque, je découvrais la littérature anglo-saxone. Dans le même temps, je dévorais mes premiers polars avec serial killer, que je découvrais aussi. C'était ma réaction façon crise d'adolescence à la culture littérature française, j'étais en fac de lettres - modernes, ils disaient. Ça s'arrêtait aux années 50. En littérature étrangère, on avait Moby Dick et Le partage des eaux au programme. (je m'étais régalée parce que le prof était passionnant). Mais bon, en réaction je partai à la découverte de l'Amérique…

breteastonellis.jpgJ'alternais Auster, Fante, Ellroy et du tueur en série. Donc, logiquement, j'avais abouti sur American Psycho (après Moins que zéro et Les lois de l'attraction). Je l'avais fini, écoeurée, me demandant quel besoin j'éprouvais de lire ces trucs de psychopathes ! Et du coup, j'avais grandi un peu, commençant à trier et organiser mes nouveaux goûts littéraires mais aussi à réfléchir sur le Polar en général. Je disais que j'avais détesté ce roman (refusant plus tard de voir le film), et pourtant c'est un livre que je n'ai pas oublié : il m'avait signifié quelque chose.

Alors, Luna Park, j'y suis entrée tardivement, presqu'à reculons. Et j'ai repris une claque !
(j'adore) (prendre des gifles de livres)
L'auteur aussi avait détesté quelque chose, il éprouvait le besoin de faire la peau à son personnage et à lui-même.

Donc, celui-là, je sais que je vais le lire. Et peut-être même dès sa sortie…

(à suivre : Houellebecq, extrait de La carte et le territoire)

18.08.2010

Espace voyageurs…

Et pendant ce temps-là, au royaume des cigales…


J’ai vu « Tournée » avec sur la gauche la montagne, et au-dessus les étoiles. (Mais je crois que j’aurais préféré le voir seule dans une salle de cinéma, très noire et enfumée, les pieds sur un dossier.)

J’ai beaucoup beaucoup aimé. Une façon de montrer les risques que l’on prend à oser sa liberté. Des images, un rythme, une lumière, qui évoquent aussi Jacques Audiart. Des regards des uns sur les autres, surtout ceux d’Amalric sur les femmes strip-teases, doux et gourmands. « Tournée », ça parle de gens différents qui voyagent de ville en ville…

Les journées s’étirent, je lis beaucoup, ma pile diminue, je ne sais pas si j’en aurais assez d’ici la fin des vacances. Je viens de commencer Surfer la nuit de Fiona Capp (celle qui a écrit Portrait de l’artiste en hors-la-loi).
Ça serait ça mon problème en roulotte : la place pour mettre les livres.

Les manèges de la fête votive ont commencé à s’installer hier. Programme des réjouissances dans l’ordre : concours de belote, de boules (tête-à-tête, mixte, mêlée, équipée) (un peu comme des propositions de partouze), bals (DJ’s, Eric Roy – ça c’est le répertoire top 50 avec danseuses en string et chanteur pré-Star’ac, les vieux messieurs du village adorent et sont au premier rang parce qu’elles sont sexys les choristes) et Opérette marseillaise (Nouveau spectacle, y’a marqué sur l’affiche), et puis les auto-box, les chichis, et la roulette (c’est un casino ambulant avec croupiers façon vigiles de Super-U que t’as pas envie de faire chier mais qu’est gentil – si tu le fais pas chier) (le Vaucluse est le seul département où c’est autorisé).
Les mômes du village sont à bloc, c’est l’événement de l’année avec consommation à profusion, musiques fortes, liberté totale au milieu des lumières qui clignotent et du stand de carabine. Les gens du voyage ont posé leur campement sur le parking et sur une partie du boulodrome. Ils sont attendus joyeusement, ils embauchent même des petits gars du village pour aider au montage (en échange, ils reçoivent des jetons pour les auto-tamponneuses). Celui qui fait les chichis (qui est le cousin de celui qui les fait à Bonnieux et le fils du père qui les faisait avant) est mon préféré. Il a investi dans une machine de barbapapa et il propose aussi des frites.

Aujourd’hui, on va chez les gitans sur la plage des Salins, au bout de la Camargue. Une plage libre, où tu campes gratuitement. Une sorte d’espace protégé contre les Hortefeux à grandes dents pointues. Il y a le petit snack de Cathy (on y va, on y est bien, on y revient) (tout le contraire des slogans sarkozystes) et des énormes moustiques à la tombée de la nuit (des petits bessons-hortefeux-estrosi qui te chassent illico-presto du paradis qu’ils transforment alors en enfer).

Paraît qu’à Bordeaux ils sont 1400. Ils ont raison, 1400 c’est plus difficile à évacuer. Enfin, moi, à leur place, je ferai pareil, je serai 1400 au lieu de toute seule. Pour se défendre et se faire entendre, c’est mieux.

Ah, c’est fou comme dans les villages on voit tout sous un autre angle, n’est-ce pas ? ;-)

12.08.2010

On va bien, malgré tout.

Jusqu’à ce que mon propre père disparaisse, j’avais vécu à côté de certains la mort de leurs parents. À côté seulement.
Lorsque c’est votre propre père ou votre propre mère, quelque chose à l’intérieur de soi se déchire. Mais je ne peux pas généraliser, chaque histoire est différente, chaque relation est particulière.
Je veux parler du Après. Après le moment de la mort, après le surréalisme des enterrements et des cérémonies, après quand il faut faire de la gestion, du tri, des sacs poubelle et des ventes en même temps que l’on affronte le grand vide.
Ce mélange de pragmatisme et de romantisme. Romantisme, oui, quand on tisse son récit de la mort, les signes et symboles que l’on perçoit, la musique intérieure que l’on choisit pour accompagner l’absence. On ne parle pas encore à ce parent parti, pas déjà.
Il s’agit d’apprivoiser d’abord. Tout doucement, on comprend qu’un morceau de soi s’est enfui absolument, que c’est le début de sa propre mort qu’on accueille, qu’il n’y a plus de repère de ce côté-là, qu’il faut se débrouiller avec ça.

Le début de l’absence, en fait.

Je pensais, quand j’imaginais sa mort (parce qu’avec cette affreuse maladie, j’ai eu le temps de l’envisager), je pensais que je serais transformée radicalement. En fait, jusqu’au bout, je ne croyais pas que ça allait arriver. Et que si cela arrivait, le choc serait tel que cela se verrait même sur mon visage.
Mais non. Je n’ai pas changé de façon évidente.
Je continue de vivre avec le même bonheur. Avec plus de bonheur même.

Tous les livres lus récemment ne semblent me parler que de ça. De cette absurdité d’existence et de comment on peut s’en dépêtrer et choisir de remplir au lieu de vider.

Souvent, quand je pense à lui, je me dis qu’il serait tellement surpris de réaliser que c’est à lui que c’est arrivé.
Je continue avec le bonheur, parce que c’est ce que j’ai reçu. J’ai eu de la chance.

J’ai vu L’illusionniste, un film incroyablement triste, rempli de clichés, ces clichés qui font nos vies. La seule phrase du film, « les magiciens n’existent pas », est-elle vraie ?
Les spectateurs dans l’ensemble étaient perplexes, avec cette lenteur, le fait qu’il ne se passe rien vraiment, comme s’il manquait un truc au scénario. Pas de surprise, un film qui se déroule comme une bobine fade, lasse. Quelque chose meurt.

J’ai aussi une bonne nouvelle : je viens d’obtenir une bourse d’écriture, accordée par le Centre National du Livre. J’aurais voulu appeler mon père pour lui dire, qu’il soit fier.
C’est bête tout ce qu’il va rater de bon…
Parce que j’ai bien l’intention de faire de mon mieux pour que la vie soit réussie en attendant son prochain mauvais tour.

10.07.2010

La suite de Joe Downing

Ce sont des lectures… Au sujet de Joe Downing. Nous sommes dans le jardin de la Truffe et du Vin. Le jardin de cet endroit (musée, boutique), mais le jardin de cet endroit, vraiment, vous voulez que ça soit VOTRE jardin.

jardintruffe.JPG Il y a du vent. Qui anime les mobiles installées dans le jardin, qui fait s’envoler les partitions des musiciens et qui soulève les jupes des dames.

Violon et violoncelle, deux jeunes garçons accompagnent la lecture.

Des textes de critiques d’art, de poètes, et puis quelques-uns de Marguerite Duras… Et cette lettre de Joe à Marguerite. Elle est déjà morte depuis quelques années, mais il continue d’écrire à son amie, il évoque des souvenirs, un voyage sur le paquebot France, leurs rires. Il se rappelle Marguerite qui lui raconte la première fois qu’elle a vu un Convoi Exceptionnel et sa déception à découvrir derrière l’annonce un banal tracteur et non pas des girafes ou des éléphants, quelque chose de vraiment exceptionnel…

Il y a de belles phrases, de l’émotion, et encore une fois je m’étonne de ce village qui offre des moments si fous, faits de musiques et d’art, dans un décor de rêve.