05.02.2010

Je fais ma libraire

Si j'étais libraire, je ferai une vitrine "religieuse"avec pour divinités à adorer ces 2 livres récemment lus…

Paradis conjugal d’Alice Ferney


paradisconjugal.jpg C’est un très bon beau livre. J’avais beaucoup aimé d'elle La conversation amoureuse… mais je m’étais un peu perdue dans Les autres.
Ici, elle nous installe devant un vieux film (Chaînes conjugales de
Joseph l. Mankiewicz) avec son personnage (femme – épouse – mère de 4 enfants - ancienne danseuse).
Cette femme aux multiples états analyse ce film tout en analysant sa vie et ses relations à son mari qui s’enfuit. Le livre dure donc le temps du film, qu’elle commente avec ses deux ainés ou qu’elle met en regard pensivement à sa propre existence.

On lit alors l’histoire de 4 femmes (les 3 épouses du film et elle), 4 femmes et la relation à l’homme aimé, à ces maris qui pourraient s’en aller un jour…
Et puis, il y a la présence d’une cinquième femme, une présence seulement dans le film, mais qui incarne à elle toute seule toutes les autres, toutes celles qui sont une tentation, qui sont différente de vous… Cette présence est le possible, le renversement de situation, l’incertitude, le peut-être, ce qui rend les Pour toujours vacillants et inquiétants…

L’écriture est remarquable, la construction remarquable et la réflexion passionnante.

chainesconjugales.jpg Depuis, j’ai acheté le DVD du film pour vivre une soirée au plus près du personnage… Et je trouve cette incitation à être à son tour la spectatrice du film assez excitante.

Je vous recommande cette lecture-là !

 

 

 


Cantique de la racaille
de Vincent Ravalec

cantiqueracaille.jpg
Au début, j’ai trouvé que le style avait quelque chose d’un peu rétro, je m’imaginais dans les années 50 avec les petits loubards dans un paris un peu titi et malfrat… Et puis ce rythme assez survolté, sans respiration, j’avais du mal à croire qu’il allait tenir la cadence.

Cadence qu’il maîtrise parfaitement jusqu’au bout. Une phrase longue, très longue à chaque fois. Des dialogues qui claquent comme des répliques de film (film que Ravalec a ensuite réalisé, mais que je n’ai pas vu). Et un héros auquel on s’attache vite, touchant et fou, pragmatique et ingénieux, un amoureux des mots et des histoires…

Grand plaisir à le lire, malgré quelque chose d’un peu désuet, hors mode. Un peu Audiard dans les seconds rôles. Et en dessous, une vraie réflexion sur le réel et la perception qu’on en a.

Carrément forcée de le lire ;-) puisque cécile me l’a envoyé dans le cadre du Prix littéraire Quoi de 9, je suis ravie de ce petit livre assez savoureux.

04.02.2010

Petit éditeur = grand écrivain

franketienne.jpg



Avec Haïti et sa catastrophe, un peu de résonnance a été donnée à certaines voix.

Cette semaine, Télérama raconte FRANKETIENNE, "immense écrivain haïtien", et ce texte qu'il répétait au théâtre au moment du tremblement :

"La planète titube. La planète trébuche. La planète vacille. La planète oscille. La planète vire et chavire en tressaillements de frayeur et déraillements de terreur. Pas de lueur. Aucune lueur dans l'effondrement des villes, des bidonvilles, des palais et des châteaux en hécatombes cacophoniques."

De cet auteur-là, un livre est édité par Ana Éditions (ce petit éditeur indépendant parfois malmené qui est aussi le mien…) : Mûr à crever.
Et l'on voit ici que les petits (éditeurs) laissent la parole à des grands (auteurs)

Il est bon parfois de le préciser.

24.01.2010

Suite du débat : après la tendance, la critique

Après le "débat tendance" sur les blogueurs-lecteurs, le débat "tout court" sur la critique…

Je tiens à préciser ici que si je suis abonnée à Télérama, c’est parce que j’y trouve mon compte. Je n’y aime pas tout, je peux m’agacer parfois d’une arrogance qu’ils ont, mais je le reçois dans ma boîte aux lettres comme un cadeau (que je ne paye pas très cher) avec son lot de choses à apprendre et quelque chose de la résistance. Je me régale souvent de leurs enquêtes, des entretiens, et de la qualité des images choisies.

J’avoue aussi que je suis davantage à l’écoute des critiques télé que des critiques livres (mais ça c’est juste parce que je n’ai pas encore eu droit à mon encart…)

Cela m’a amusée que ces deux débats paraissent l’un à la suite de l’autre.

Je résume l’épisode précédent : Nous étions globalement d’accord pour considérer que dans l'article, tout en accordant une visibilité (une reconnaissance ?) aux blogs-lecteurs, il y avait quelque chose dans le ton qui laissait penser que ces nouveaux critiqueurs prescripteurs amateurs n’étaient pas à prendre trop aux sérieux (mais suffisamment pour en avoir un peu peur… La preuve avec cette suite au débat).

Maintenant place aux critiques, aux vrais.

Le ton est nettement plus sophistiqué, avec force citations longues et approfondies.
La critique est un art, avec une histoire et des références, des noms célèbres et des drames. C’est un sacré métier ! (Et je veux bien croire qu’il contient sa part de dangerosité…)

Le problème soulevé est de plusieurs ordres :
D’abord que la critique se perd elle-même quand elle devient un « guide pour consommateur de culture » et certains s’en désolent.

Qu’il y a aussi de la part du consommateur une sorte de méfiance de ce qui nous vient d’en haut (les médias) et c’est là que l'internaute est un peu mis en accusation puisqu’il s’agit de « distinguer le bon grain de l’ivraie… » (il est écrit que le critique  est un solitaire "isolé parmi la foule des anonymes galvanisés par le gigantesque espace d'expression que constitue Internet")

Aujourd’hui, la parole de gens comme soi aurait plus de vérité que celle d’un critique, et ça gène aux entournures…

Il fut un temps où les critiques avaient "les mains dans le cambouis", où leur travail (séparer, choisir, décider) à la fois subjectif et analytique était aussi une recherche sur l’art. Sont cités évidemment les anciens des Cahiers du cinéma (et Truffaut). Les critiques eux-mêmes se désolent que cela ne soit plus le cas…

Télérama de conclure sur son propre compte : ils ont raison de continuer à « grimper aux arbres » (entendre grimper vers le haut) même si la chose n’est pas facile, ou mieux, puisque la chose n’est pas facile (c’est encore plus méritant).

Je suis d’accord avec eux, c’est pour ça que je suis abonnée, pour qu’ils me tirent vers le haut.

Je suis aussi d’accord sur ce travail de critique qui se doit d’être fouillé, quelque chose qui me rappelle les analyses de texte des cours de français. J’aimais ça quand on m’aidait à décortiquer, à voir autre chose que ma première lecture, à creuser et alors le texte aimé (ou pas quelquefois, mais je comprenais pourquoi et je le respectais) prenait encore plus de force.

Ce mépris pour la critique, à mon avis, tient davantage à ce qu’on a mélangé chroniqueur et critique.
(enfin, moi, perso, je ne méprise pas les critiques même s’ils m’agacent quelquefois, et je pense que c’est bien d’être agacé par quelqu’un qui vous montre les choses autrement)

Je déteste par contre assez profondément les bavards qu’on peut voir à la télé (chez Ruquier par exemple) dont je déteste « la musique » hystérique et pré-digérée où là effectivement me semble assez bien représentée la notion de «guide du consommateur de culture ».

Pour conclure, j’ai donc trouvé l’article intéressant parce qu’il explique un métier (qui contient en lui-même son potentiel explosif).

J’ai eu l’impression qu’il sonnait un peu comme la défense d’une espèce en voie d’extinction (ce dont je ne me réjouis pas).

Je crois qu’ils se trompent d’ennemis en pointant du doigt l’internaute lambda…

Et j’aurais aimé que la journaliste creuse davantage les liens d’intérêt qui unissent parfois les critiques (ou leurs journaux-émissions) avec ceux qui fabriquent et qui diffusent.

17.01.2010

PAL et LAL sont dans un bateau…

J’ai mis du temps à comprendre ce qu’était une PAL…

Alors que, une fois qu’on le sait, c’est évident : c’est la Pile (de livres) À Lire.
Et une LAL, c’est une Liste (de livres) À Lire.

Je pratique donc la PAL depuis toujours sans le savoir.
Mes PAL à moi sont désordonnées (ce qui n’étonne personne ici) : s’y mélangent des lus, des à lire plus tard, des en cas d’urgence, des j’ai envie mais c’est pas le moment, etc…

Régulièrement, je trie (c’est-à-dire qu'en fait je prends ceux que j’ai lu et je les range dans mes étagères). Quand je range dans les étagères, je tombe toujours sur un ou deux livres que je pourrais relire et donc je remplis aussi sec la PAL.

Le propre de la PAL est d’être ainsi infinie, vase communiquant, qui se constitue essentiellement par un mouvement perpétuel ascendant.

Quand j’ai découvert que certaines lectrices avaient dans leur PAL des centaines de livres, je suis restée effarée…

Je crois que je ne pourrais pas y survivre.

Cependant, je comprends parfaitement l’engrenage.

Moi-même, malgré l’impossibilité absolue d’être en manque de livres à lire (à cause du stock), j’en achète toujours.

Le lecteur est quelqu’un qui obéit à une pulsion rare : il n’achète pas un livre parce qu’il n’a plus rien à lire, mais il achète un livre parce qu’il a comme un besoin de ce livre-là à ce moment-là. Point.

Être irrationnel, le lecteur non seulement ne raisonne pas au moment de l’achat, mais en plus il ne se raisonne pas. (Il pourrait se dire : non, non, j’ai déjà 25 livres en attente, ce n’est pas utile d’acheter celui-ci) (D’ailleurs, s’il se raisonnait un peu, il n’entrerait même pas dans la librairie. Est-ce qu’on traîne dans les stations services quand on a le plein d’essence dans sa voiture ?)

Donc certains, très fous et gourmands, en arrivent ainsi à 542 livres dans leur Pile à Lire, qui devient de fait une sorte de MAL (Montagne À Lire). Avec leur montagne, sûrement des vertiges aussi…

DSCN1406.JPG Cas Concret : en ce moment je lis La chambre aux échos de Richard Powers (pour l’instant moins bien que "Trois fermiers s’en vont au bal" que j’avais beaucoup aimé). J’ai en gros une quinzaine de lectures possibles en suivant, et j’ai quelques envies en tête. Donc, normalement, je suis interdite de librairie.

(Je sais que certains pratiquent régulièrement cette auto-discipline radicale : s’interdire de passer la porte d’une librairie. Et je sais aussi comme ils craquent dans ces périodes d’interdiction… Ils vont faire leurs courses au supermarché du coin, et hop, un petit poche qui traîne en passant. Rien, pas grand chose, 6,50 € le dernier Kellerman, c’est pas vraiment faire entorse à son programme de désintox. Et bien, si ! Tu as craqué, tu as un livre de plus sur la Pile, et du coup tu seras plus faible la prochaine fois que tu passes devant un vrai magasin de livres !)

Hier, je suis entrée dans la Librairie. Comme ça. Pour regarder. C’était sur ma route, et c’était presque une forme de politesse que d’entrer là…

Je suis ressortie avec Paradis Conjugal d’Alice Ferney.

Pourquoi ?

Parce que j’avais aimé sa Conversation amoureuse. Parce qu’en ce moment, j’essaie d’écrire quelque chose et j’ai besoin de lire des livres denses et parfaitement construits.

Et puis parce que rien. Juste il m’en fallait un.

(en plus, j’étais au bout de ma carte de fidélité et j’ai payé 1,42 €. Donc zéro culpabilité, et même une petite fierté qui me permit d’arriver à la maison sans honte et de déclarer : "tu sais pas, je me suis achetée un livre, et je ne l’ai payé qu’1,42 € ! C’est dingue, non ?!" En mettant ainsi toute l’attention sur cette anecdote incroooooyaaaable, j’évitai toute remarque du style « Tu avais vraiment besoin d’un nouveau livre ? ») (même chose avec ce petit pull noir acheté en solde – comprendre je n’en avais pas besoin – sauf que je ne l’ai pas payé 1,42 €, donc là je l’ai joué discrète…)

Tout ça pour vous dire quoi au fait ?

J’ai perdu mon fil avec ma pile…

14.01.2010

Qu’y a-t’il dans l’article de Télérama sur les blogs littéraires ?

Décryptage…

  • Les prix décernés par des « blogueurs » sont en pleine expansion (Bravo Cécile, grâce à toi, nous voilà au top de la toile)
  • Le blogueur lecteur est en fait une blogueuse lectrice : oui, les femmes lisent… pendant que les hommes écrivent… (êtes-vous capables de citer 10 auteurs femme que vous aimez ?)
  • La blogueuse lectrice est un être passionné, entier, fougueux, intègre, reliée aux autres lecteurs par l’amour et la solidarité, difficiles à approcher, se méfiant de la presse… (cités ici dans le désordre)
    Et elle est approchée, sollicitée, citée et même
    arrosée
  • Elle « fonde des boudoirs » (et oui, c’est une femme toute féminine alors sa bibliothèque est un boudoir…) (je me moque, mais j’aime bien ce mot boudoir), donc elle fonde des lieux intimes et raffinés. Là, dans son blog, elle offre la place à des oubliés (Jane Austen ou Frédéric Dard) et elle offre sa chance aux « primo-romanciers » (ça, j’aime moins comme mot). D’ailleurs, ceux-là sont dans l’ensemble ravis de cette visibilité (j’en fais partie, merci les filles !) (vous pouvez lire ce qu’en disent des écrivains là) (et ce que j’en disais ici).

  • Son plaisir la rend ogresse : 20 livres lus en moyenne par mois. (Ah si le monde était rempli de blogueuses lectrices…)
  • Elle crée des « cascades », oui, des cascades. Et le livre chéri alors commence son voyage, de lectrice en lectrice, envahissant les PAL et les LAL et les écrans…
  • MAIS la blogueuse lectrice a des ennemis :
  • D’abord les critiques, qui les trouvent cash et qui s’agacent de leur manque d’analyse. En gros, c’est le combat amateur VS pro. (comment appeler les vrais critiques qui tiennent des blogs : des blogueurs-critiqueurs ?)
  • Et de faux amis : la presse et les éditeurs. Tentative de séductions et de récupérations, la lectrice blogueuse n’est pas facile à corrompre… Sa liberté, qu’elle a gagnée seule nourrie par sa passion altruiste, est essentielle !

  • Quelque chose dans le ton de l’article donne à penser à une sorte de grande chaîne de l’amitié autour du livre (donc pas tout à fait sérieux…)
  • Je sais, moi, qu’en découvrant ce monde de lectrices affamées et partageuses, j’ai respiré : la littérature n’est pas prête de mourir !
  • Aux armes !
  • (c'est-à-dire lire, écrire, en parler, partager)